La saison 2017-2018 de l’opéra de Rennes devra égaler, voire surpasser, les performances de l’année passée. Vaste programme. Aussi nous sommes-nous penchés avec un œil des plus scrutateurs sur les promesses à venir. Première raison de se réjouir, la perspective d’un grand opéra classique avec Norma de Vincenzo Bellini en clôture, mais avant cela, et c’est toujours un moment particulier avec l’Opéra de Rennes, un ensemble de découvertes et de retrouvailles qui mettent l’eau à la bouche.

Dans cette sélection, la première œuvre à nous stimuler est « Maddalena ai piedi di Cristo » de l’Italien Antonio Caldara. Même si son nom ne vous est pas totalement familier, il fut considéré comme un des plus grands musiciens de son temps, allant jusqu’à influencer Jean-Sébastien Bach et Joseph Haydn. Cet oratorio en deux parties daté de la seconde moitié du 17e siècle met en rapport deux notions de l’amour, le profane et le sacré. Marie-Madeleine devient donc le personnage central et les airs qui lui sont destinés atteignent des sommets de sensibilité et d’expression. Damien Guillon et le banquet céleste nous invitent à une découverte particulièrement bouleversante.

C’est ensuite « Le médecin malgré lui » de Charles Gounod d’après la pièce éponyme de Molière qui nous fera renouer avec la satire et l’opéra comique, comme nous l’avions fait précédemment avec « les amants magnifiques » ou « Monsieur de Pourceaugnac ». C’est d’ailleurs Vincent Tavernier qui, comme dans les productions précédentes, élaborera un format facilement transposable d’un lieu à l’autre de la Bretagne. Ce type d’œuvre, très visuelle et divertissante, est l’occasion idéale de permettre à un jeune public de faire connaissance avec l’opéra et de balayer toutes les idées préconçues qui accompagnent parfois la jeune génération.

Opéra de RENNES

Cendrillon, de Sergueï Prokofiev, marquera le retour du ballet à l’opéra de Rennes. C’est également l’occasion de passer un beau réveillon puisqu’une des dates se situe le 31 décembre en soirée et sera suivie de quatre autres représentations. L’approche volontairement marquée d’humour du chorégraphe Thierry Malandain rend ce spectacle divertissant sans le priver en rien de grâce et de merveilleux. En février, c’est l’opéra en trois actes de Leos Janacek, Katia Kabanova, qui tiendra l’affiche. Créé en 1921, il n’est pas souvent représenté en France et c’est sans doute regrettable, car c’est une œuvre intense, douloureuse, à ne pas dire tragique, qui raconte la solitude d’une femme coincée entre un mari falot et une marâtre haineuse. Une aventure extra-conjugale ne fera qu’intensifier sa détresse et la précipiter vers le trépas. Basée sur une pièce du dramaturge russe Alexandre Ostrovski, « L’orage », l’œuvre sera chantée en tchèque et bien sûr sous-titrée en français. Autre opéra peu connu du public, « Le nain » de Zemlinski sera pour le public rennais l’occasion de retrouver l’excellente Julie Robard-Gendre, notre Carmen des derniers jours. Le livret de Georg C. Klaren basé sur la nouvelle d’Oscar Wilde : L’anniversaire de l’infante raconte comment un nain laid et contrefait est offert en cadeau à une jeune princesse qui ne se prive pas de se moquer de lui cruellement. Négligeant la noblesse de son cœur et la délicatesse de son âme, elle le renvoie en permanence à son physique et le conduit vers une issue fatale. Quelque peu autobiographique, cet opéra évoque l’échec de Zemlinsky à conquérir le cœur de celle qui deviendra Alma Mahler. Émigré aux États-Unis en 1938 pour cause de judaïsme, il y mourra à l’âge de 70 ans, injustement oublié. L’opéra de Rennes lui rendra hommage à l’occasion de trois représentations.

Opéra de RENNES
Catherine Saint James, Benoît Careil, Alain Surrans, Damien Guillon, Gildas Pungier

Nous opérerons un retour à l’époque de Louis XIV avec les musiciens Louis Nicolas Clérambault, André Campra et Jean-Baptiste Morin. Spectacle à envisager en famille, « MéChatmorphoses », est une création de l’ensemble Amarillis sous la direction de Héloïse Gaillard. Empruntant la forme de la cantate profane, ces divers récits mettent en scène Pygmalion, sculpteur, à la recherche de la perfection féminine pour la statue qu’il est en train de créer.

À supposer que la découverte de ces différents opéras exigent un particulier effort, c’est à la fin de la saison que viendra en forme d’apothéose une récompense méritée. « Norma », de l’Italien Vincenzo Bellini est l’opéra par excellence et offre à la cantatrice qui tient le rôle, la partition la plus brillante qui soit pour une chanteuse. Impossible de ne pas évoquer l’air sublime « Casta Diva », porté si haut aux nues qu’il apparaît presque iconoclaste de le chanter après la divine Maria Callas. C’est à cette tâche périlleuse que devra se consacrer Daniella Schillaci qui a déjà interprété ce rôle en 2016 au théâtre Di San Carlo à Naples et au Théâtre Massimo Bellini à Catane. Autre interlocuteur essentiel, le chœur qui accompagne les protagonistes, celui de l’opéra de Rennes dirigé par Gildas Pungier. Il aura, avec cette partition une véritable opportunité de briller. Nous ne sommes aucunement inquiets. Puisque nous évoquons cet ensemble, le lien est facile à faire avec « Mélismes », également dirigé par G. Pungier, qui nous proposera de découvrir deux compositeurs, le Hongrois Tibor Harsanyi et le Tchèque Bohuslav Martinu, ce sera en mars. Quelques semaines plus tôt , ne manquez pas d’aller entendre cet ensemble pour un programme entièrement dédié à l’école de Vienne avec Arnold Schoenberg, Anton Webern, Johannes Brahms, Alexander Zemlinsky, et cerise sur le gâteau, l’adagietto de la cinquième de Gustav Malher, monument de sensibilité et de subtilité immortalisé par le film, la mort à Venise de L. Visconti.

Ces deux concerts seront accompagnés par l’ensemble « Pont supérieur » , pôle d’enseignement supérieur, spectacle vivant pays de Loire Bretagne.

Opéra de RENNES
Benoît Careil, Alain Surrans, Damien Guillon, Gildas Pungier

En janvier, un concert attire particulièrement notre attention, celui qu’offrira Damien Guillon et l’ensemble Le banquet Céleste accompagné de la maîtrise de Bretagne. C’est à la musique de Henry Purcell, « Odes and Welcome songs » que les deux formations rendront hommage. Riche idée, après sa remarquable prestation dans Carmen, que de mettre en avant ce chœur d’enfants que la qualité de ses interventions donne envie d’entendre plus souvent.

Continuant son périple musical, la série de concerts « Les divas du monde » nous entraînera cette année au Cameroun, au Portugal, au Chili et en Turquie. Si toutes nous tentent, il est cependant difficile de ne pas céder à l’appel de Kareyce Fotso à laquelle on prête le divertissant sobriquet de « Mésange de Yaoundé ».
Dernier élément digne d’être signalé, à l’occasion du concours Voix nouvelles 2018, de nombreuses maisons d’opéra regroupées autour du centre français de promotion lyrique sélectionneront ceux qui seront peut-être les grands interprètes de demain. La finale inter-régionale Bretagne-Pays de Loire aura lieu le 4 décembre à l’opéra de Rennes et il est plus que conseillé de réserver sa place dès l’ouverture des locations à partir du 18 novembre. Voilà, le ciel semble dégagé pour ce programme 2017-2018 et nous promet d’intéressantes découvertes. L’opéra de Rennes de plus en plus grand par sa réputation de qualité ne peut cependant repousser les murs aussi notre ultime conseil sera de vous précipiter dès le samedi 24 juin à 13h à la billetterie pour établir votre programme de réjouissances.

Voilà vous savez presque tout, il ne nous reste plus qu’à vous souhaiter de bonnes vacances en espérant vous retrouver l’année prochaine.

 

 

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