Les discussions sur les OGM prennent une tournure définitivement politique au plan européen. Scientifiques indépendants, associations de consommateurs et environnementales semblent avoir été mis au placard, sinon à l’index. Au point que la démocratie française et européenne semble en devenir…génétiquement modifiée.

 

Les OGM ou organismes génétiquement modifiés ont été vendus par leurs créateurs comme le prolongement « naturel » de la sélection des semences par les jardiniers. Il s’agirait d’enlever les défauts des plantes en agissant directement à l’échelle des gènes. Pour les humains, on parle aussi de la thérapie génique. Mais quand on évoque des conséquences de ces modifications, les interactions sont si complexes qu’aucune étude sérieuse ne parvient réellement à confirmer les bienfaits et les dangers de cette invention. Aussi par précaution, beaucoup voudraient les interdire.

Dans l’opinion publique, il est globalement admis que les OGM ne sont pas une bonne chose, si l’on croit les différents sondages consacrés à ce sujet. Au Parlement européen, cette opinion est majoritaire. Mais la décision de permettre la culture d’OGM en Europe n’appartient pas au Parlement européen, mais à la Commission et aux ministres de l’Agriculture.

OGM, Gilles Éric Seralini, biologie, CRIIGEN, Corinne Lepage, Jean-Marie Pelt, Roundup, rats, Gérard Pascal, pro anima, NK603Et voilà que du principe de précaution, on en arrive… à l’inverse. Dernièrement, un vote à la majorité qualifiée (donc pondérée selon le poids démographique du pays) s’est traduit par 12 pays sur 19 votants (et 28 membres) contre l’exploitation de nouvelles semences OGM. Sauf que ces 12 représentent malheureusement moins que les 7 autres pays (abstention comprise). La Commission s’est donc fondée sur ce vote pour faire admettre ces semences modifiés.

Si le Parlement européen reste élu par les Européens, ce n’est pas le cas ni de la Commission, ni des ministres concernés, du moins pas directement. Pas plus tard qu’hier, le Sénat a refusé une proposition d’interdiction de nouvelles semences. Toujours en France, la position favorable des ministres de l’Industrie comme du premier ministre n’est pas représentative de la large majorité de la population.

Tandis que l’impact de ces mesures demande a être mûrement réfléchi dans le temps, le lobbying intense pratiqué dans les commissions comme dans les ministères à l’échelon national, européen et mondial porte visiblement ses fruits. Reste que scientifiquement, malgré de nombreuses enquêtes, un état des lieux prospectif réellement objectif des dangers et atouts des OGM n’a jamais été fait. En attendant, les Monsanto, Dupont et autres mastodontes aux procédés peu louables de cette industrie continuent de faire pression sur les agriculteurs qui refusent d’utiliser leurs semences, voire en accusent certains de vol quand leurs champs ont été contaminés à plus de 10% ! Résultat : en Amérique du Sud, des espèces anciennes contaminées présentent des malformations mettant en danger la biodiversité.

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Graine kokopelli

Bref, le choix du recours aux OGM est une question générale de santé de premier ordre, mais aussi de conception de l’agriculture, de l’alimentation et du rapport de l’homme à la nature. Au lieu de la pondération nécessaire et d’une réflexion démocratique générale, quelques politiciens européens et nationaux la confisquent. Au grand dam des consommateurs et pour le plus grand profit de… Qui déjà ?

Didier Ackermann et Nicolas Roberti 

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