Le lendemain même des aveux de Jérome Cahuzac, de mystérieux documents sur des placements offshore de personnalités politiques et financières arrivaient dans les rédactions des journaux partenaires de Wikileaks. Coïncidence troublante et réactions tout aussi troublantes du monde médiatique et politique.

Comme souvent, dans une telle masse de documents bruts, il faut savoir faire le tri avant de publier des éléments. Ces documents sont-ils tous véridiques ? N’y a-t-il pas manipulation par quelques faux qui pourraient s’y glisser comme dans l’affaire clearstream ? Voilà des questions complexes auxquelles doivent répondre Le Guardian, El Pais ou encore Le Monde. Pourtant, en quelques heures, un premier nom a été jeté à la une pendant que le silence continuait de régner sur les autres.

Ce nom, c’est celui d’un camarade de promo de François Hollande à l’ENA, ex-patron des taxi G7, accessoirement propriétaire du titre de presse Têtu, destiné à un lectorat homosexuel. Cet homme posséderait donc des parts de société dans des paradis fiscaux et se retranche derrière des montages financiers, tout à fait légaux. En effet, tous ces montages de société domiciliés dans des paradis fiscaux sont légaux et permettent aux grands groupes de soustraire certaines de leurs activités aux impôts français. De tels documents avaient été dévoilés il y a 5 ans pour Universal sans que le scandale soit aussi conséquent.

Après Cahuzac, voici donc un autre coupable. Car il faut trouver des coupables surtout lorsqu’un ministre du Budget, garant de la bonne tenue des comptes de la nation, est impliqué. Un homme dont le gestionnaire de fortune était dans les carnets d’adresses de personnalités du PS, de l’UMP et du FN…

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Mais deux coupables pour quoi ? Ne seraient-ils pas là pour masquer le reste et esquiver ainsi ce besoin de moralisation de la vie politique ? Avec sa manière excessive habituelle, Jean-Luc Mélenchon appelle à manifester pour « purifier l’atmosphère politique » le 5 mai. Aussitôt, Libération dégaine une Une agressive contre le leader gauchiste créant un amalgame entre une purification éthique et purification ethnique. Ça vole vraiment bas… Mais plus grave encore, Libération oublie sa mission d’enquête sur ces mêmes documents de OffShore Leaks et sur les enquêtes en cours en Suisse qui dévoilent la collusion entre quelques leaders politiques français et les établissements bancaires et financiers Julius Baer et Reyl & Co (dévoilés dès décembre par Mediapart contrairement à ce qu’annonce Pierre Moscovici). Les Unes contre Cahuzac se multiplient en forme d’appels à un sacrifice expiatoire. Mais peut-être devra-t-on lire un peu plus la presse helvétique pour en savoir plus.

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Alors que Mediapart était accusé de feuilletonner ses informations, voilà que toute la presse se met à égrener les siennes avec des promesses avenantes comme celles du Journal Du Dimanche : le journal fait parler un témoin qui aurait des révélations à nous faire… mais ne les fait pas. Ces différentes révélations et ce climat de rumeurs font grandir l’exaspération des contribuables dans le pays. Cette impression d’impôts à plusieurs vitesses rejaillit sur les discussions que les agents du trésor public peuvent avoir avec ceux qui doivent s’acquitter d’une somme ou d’un redressement. Insultes, violences, la colère gronde, si l’on en croit les représentants de cette administration qui réclame des moyens pour mener à bien ses enquêtes.

Sacrifier momentanément le soldat Cahuzac comme le soldat Woerth précédemment (les deux semblent liés…) risque d’être la solution prônée par notre pouvoir politique qui préfère mettre la poussière sous le tapis. Le PS par l’entremise son secrétaire général, Harlem Désir, appelle à un referendum… Sur quoi et pour faire quoi ? Mystère. Bref, le blabla politicien habituel. Mais redonner des moyens aux organes de l’État capable de traquer des milliards d’euros semble plus difficile que d’en réclamer quelques milliers de plus à chaque citoyen.

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