L’ODEUR DE LA COLLE EN POT D’ADÈLE BRÉAU OU UNE GÉNÉRATION SACRIFIÉE

Ah ce temps de la jeunesse, de l’adolescence des tout jeunes cinquantenaires d’aujourd’hui…

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Cela nous reporte aux années 80, au tout début des années 90, du temps où la France ne s’enfonçait pas encore dans un chômage de masse, du temps où Mitterrand laissait encore croire aux jeunes Françaises et Français qu’ils vivraient une vie d’adulte peut-être plus douce que celle de leurs parents, c’était le temps le temps béni de la rengaine… Et puis on a entendu parler de génération « sacrifiée » avec la montée des guerres, du terrorisme, du sida, de la globalisation, des incertitudes de tous les instants…

odeur de la colle en pot

Septembre 1990. C’est à ce moment que débute le roman d’Adèle Bréau, L’odeur de la colle en pot, qui nous plonge dans le Paris, dans la France de ces années-là. Caroline est une adolescente innocente de tout, coupable de rien. Elle intègre en cette rentrée, un nouvel appartement du XVIIe arrondissement, un nouveau lycée, une institution publique reconnue, car ses parents ont décidé de réinvestir la capitale parce que papa et maman, cadres moyens, travaillent dur et en ont assez de multiplier les allers-retours entre la banlieue et le cœur de la ville. Mais pas toujours évident de quitter ses amis et de se faire de nouvelles connaissances dans le cadre de l’école surtout quand on doit quitter le monde de l’enfance pour celui de l’adolescence, temps des découvertes, des premières questions, des premières amours, d’un regard différent que l’on commence à porter sur les siens, sur l’obligation de se fondre dans des modèles sociaux instaurés pour passer inaperçu parce qu’on a pas encore affirmé sa propre identité.

C’est ce que vit Caroline qui va nous raconter le déroulement de cette année scolaire qui la transformera à jamais. Au fil des semaines, des mois, des saisons, la jeune fille va vivre de multiples événements, souvent pas de son fait. Elle va prendre conscience de qui sont véritablement ses parents, son père en particulier, qu’elle vénérait peut-être et qui va la surprendre parce qu’il mène plusieurs vies en une, une mère qui travaille et ne cache ni ses exigences, ni son mal-être, une sœur encore trop jeune et qui devient une entrave à sa liberté, et une soif d’indépendance grandissante parce qu’elle ressent ses premiers émois. Mais également de nombreuses interrogations tant sur le monde qui l’entoure que sur son corps, son devenir, sur la sincérité de ses amis de classe, qui ne se montrent pas toujours bienveillants à son égard. Une année charnière donc, qui endurcira ou adoucira l’héroïne du récit.

L’odeur de la colle en pot, peint avec légèreté et mélancolie une période bouleversante et intemporelle. Ce roman peut être également un prétexte pour nous proposer de nous rappeler nos propres années adolescentes, celles ou l’on doutait de tout, de tous, et surtout de nous-mêmes et que nous regardons aujourd’hui avec tendresse ou que l’on préfère chasser de nos mémoires sélectives.

L’odeur de la colle en potAdèle BREAUÉditions Jean-Claude Lattès – 260 pages
Parution : mai 2019. 19,90 €.

Couverture : © Studio LGF © Raphaëlle Faguer – Photo auteure Adèle BREAU © Francesca Mantovani

 

adèle bréau

Adèle Bréau est l’auteur de la trilogie inaugurée avec La Cour des grandes. Rédactrice en chef de Elle.fr, elle tient aussi un blog où elle consigne coups de gueule, billets d’humour et moments de vie.

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