NOUS NOUS SOMMES TANT AIMÉS LE NOUVEAU ROMAN DE MONA AZZAM

Dans son roman Nous nous sommes tant aimés, Mona Azzam, tape en plein coeur. Dans un tableau digne du cinéma d’Ettore Scola, Saint-Germain-des-Prés voit naître et passer, au fil des saisons, la relation d’Océane et d’Emmanuel.

Nous nous sommes tant aimés

Paris, 10 mai 1981, Mona Azzam ouvre le bal. La jeune Océane débarque à Paris le jour de ses dix-huit ans pour ses études. Elle se retrouve rapidement au café de Flore, une institution du Quartier latin. C’est là qu’Océane rencontre Emmanuel, un personnage singulier, qui promet bien des surprises, bien des illusions, comme quelques déconvenues. Ce sont les derniers moments d’une forme d’insouciance générale qui marquent le début de ces années-là.

De Saint-Germain-des-Prés à Rome, l’auteure de Nous nous sommes tant aimés nous emmène pour un voyage littéraire dans deux de ses lieux de prédilection. Des lieux, chers à la littérature, à une certaine forme de romantisme comme d’existentialisme. Lieux de tous les possibles, artistiques, littéraires, philosophiques, historiques et politiques.

 

Café de Flore
Café de Flore à Saint-Germain-des-Prés.

Le roman ne cesse de recommencer chaque année pendant plus de trente ans, comme un écrit circulaire nécessaire. En déroulant les saisons, sans jamais s’empêcher des retours dans des temps où les grands noms faisaient leurs armes littéraires boulevard Saint-Germain (Mona Azzam ne s’interdit pas de convoquer de célèbres auteurs dans son roman – Duras, Aragon, Camus, Rimbaud…), on suit l’évolution de ces deux jeunes gens dont la relation ne semble être basée que sur des actes manqués. D’ailleurs est-ce réellement une relation ? L’absence devient omniprésence, mais n’empêche en rien les sentiments. En apparence ? En profondeur ? Tout est écrit dans une forme de clair-obscur qui permet au lecteur de s’identifier et reconnaître que nous avons tous entretenu des relations basées sur une forme d’ambivalence… Pour avoir moins mal ? Par refus souvent de se colleter à la réalité. Je l’aime plus qu’elle. Il m’aime moins que moi…

« Entre le rien et le tout, il n’y a qu’un vide banal et qui se nomme routine. »

Et pourtant… Au fil du temps, l’un comme l’autre n’ont rien oublié de ces instants-là. Mais les protagonistes de ce huis-clos passionné, au cœur même d’une ville incandescente culturellement et politiquement, n’ont rien gommé. Non je n’ai rien oublié, pourrait fredonner Océane lorsqu’elle retrouve plus de trente ans après ce 10 mai 1981, l’appartement de la rue Dante, qui abrita sa première fois et le début d’une grande passion jamais démentie (décidément, on n’est pas sérieux quand on a dix-huit ans). Des instants romanesques très visuels, dignes d’un cinéma français ou italien de la fin des années 70.

Rue de Dante
Rue Saint Jacques et Rue Dante à Paris

Ainsi, « les choses visibles sont éphémères, les invisibles sont éternelles », écrit Saint Paul. C’est avant tout dans le cœur comme dans l’esprit que résident la force des sentiments, l’attachement à l’autre, aux autres, mais à soi-même également. Mona Azzam, nous permet, à travers ce roman, de comprendre toute la force de la littérature.

Elle est le reflet de nos vies, de nos attentes, de nos ressentis, de nos espoirs même quand ils sont déçus voire déchus. La littérature nous a précédés, elle nous accompagne… Et nous survivra… La littérature c’est la vie, l’amour, la mort… Il ne faudra pas oublier non plus le regard porté par l’auteure, sur un lieu, un quartier, une ambiance, des époques, des fragrances, des personnages hauts en couleur, qui ont participé et participent, de la richesse littéraire française.

Nous nous sommes tant aimés – Éditions La Trace – 85 pages. 18,00 €. Parution : octobre 2019.

Couverture : © Florence France © Philippe Huchet

 

Mona Azzam
Mona Azzam

Mona Azzam, professeur de lettres, est l’auteure d’un premier roman : Sur l’oreiller du sable (Editions l’Harmattan, 2017), puis d’ouvrages littéraires tels que : Nerval dans le sillage de Dante et Dans le silence des mots chuchotés (Edition La Trace, 2018)
De la Côte d’Ivoire à Beyrouth, puis Paris… Les mots sont pour elle une patrie autre, en perpétuelle re-création. Nous nous sommes tant aimés est son dernier roman.

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