dim 22 mai 2022

NANTES. TIME DOESN’T EXIST ? : DANS LA CHAMBRE AUX SORTILÈGES DE NAÏA COMBARY

Quoi de mieux que l’espace hybride d’Askip, à la fois galerie, café et laverie, pour exposer le travail tout aussi expérimental de Naïa Combary ? Entre lumières multicolores, cuves vaporeuses et hiéroglyphes, la joyeuse alchimie de ses œuvres convie les quatre éléments et opère sur tous nos sens. Une exposition inspirée et foisonnante qui fait un pont entre monde numérique et monde réel. Tout un univers à explorer jusqu’au 7 avril 2022.

Naïa Combary, Combary, Time doesn't exist, Askip
Vue d’ensemble de l’exposition Time doesn’t exist ?

Chambre d’adolescente ou laboratoire de scientifique fou ? Pour son exposition Time doesn’t exist ?, la réalisatrice et plasticienne Naïa Combary nous invite dans le repaire d’une sorcière 2.0, où chaque œuvre ressemble à un objet rituel dont l’activation reste à deviner. Peut-être qu’un indice se cache dans les pictogrammes qui jalonnent l’exposition ? Cœur, toile d’araignée, larme, bougie, sablier, matiasma, smiley, clé et clef de sol… Omniprésents, ces hiéroglyphes contemporains invitent le monde virtuel à rejoindre le monde réel. Parlant aux enfants comme aux adultes, ce langage standardisé et universel tend à se déformer, à inviter de nouveaux venus moins reconnaissables. Les emojis sortent de nos écrans pour se fondre dans de nouveaux matériaux, dans de nouvelles associations de sens. De cet univers virtuel, Naïa Combary a testé la réalité virtuelle, et trouve qui ne lui manque plus que le goût et l’odorat. Aussi souhaite-t-elle faire de chacune de ses expositions une expérience totale, c’est-à-dire qui sollicite tous nos sens.

Naïa Combary, Combary, Time doesn't exist, Askip
Détail d’une œuvre de Naïa Combary.

C’est chose faite dans cette exposition, où l’idée de réseau est primordiale : les symboles se répètent, résonnent et font que chaque œuvre entre en correspondance. Dans la généreuse alchimie de Time doesn’t exist ?, l’air s’injecte dans les cuves, se consume dans les flammes ; l’eau s’évapore, se condense en petites larmes sur les objets magiques au milieu de symboles disposés en cercle… Les interactions chimiques mais aussi électromagnétiques happent nos cinq sens. À leur tour, néons, lumières douces et contre-jours incarnent un répertoire qui interroge comment dessiner le monde par la lumière, quel message caché peut-on y faire passer. Un intérêt qui va de pair avec celui de la transparence. Voir à travers l’image, révéler ce qu’il y a derrière, sous sa peau, formule des désirs récurrents dans le travail de Naïa Combary. En clin d’œil au fil d’actualité des réseaux sociaux, ses œuvres sont imprimées sur plexiglas et éclairées de l’intérieur à la manière d’écrans géants.

Naïa Combary, Combary, Time doesn't exist, Askip
Détail d’une œuvre de Naïa Combary.

Un intérêt pour la science qui s’exprime déjà à partir du titre de l’exposition Time doesn’t exist ?. Si ce dernier évoque des théories sur l’espace-temps, il n’est pas sans rappeler des considérations mystiques, religieuses ou philosophiques sur notre perception du temps. Grande fan de littérature scientifique, Naïa Combary est obsédée par l’étirement du temps ou au contraire, son rétrécissement, et comment les œuvres peuvent modifier sa perception. Chose amusante, elle a toujours porté un regard scientifique sur les jouets pour enfants :

« J’ai toujours trouvé qu’on pouvait faire des schémas de physique quantique avec un élastique à cheveux. c’est pour ça que je trouve fascinant de me dire : Comment je pourrais tirer du savoir et avoir l’impression de faire des expériences scientifiques avec des objets en plastiques de basse qualité ? C’est un peu reprendre une forme de pouvoir sur des objets qui sont ingrats. »

Ces objets ingrats, ce sont les jouets destinés au public des jeunes filles en tant que cible commerciale. Issus de la production de masse, leur surcharge de couleurs saturées, paillettes et effets lumineux sont ici transmués par l’artiste. Celle-ci y reconnaît leurs formes géométriques complexes, leurs longueurs d’ondes… Des outils improvisés pour étudier les bases de l’optique, de la diffraction et de la réfraction de la lumière. Ainsi voit le jour un jeu de manipulations d’objets et de formes pour découvrir leurs pouvoirs. Une magie qui se cache dans le profane. La figure de la sorcière pointe alors le bout de son nez, et discrètement derrière elle, celle d’un féminisme psychédélique. Inspirée par les écrits de Starhawk et de Monique Wittig, Naïa Combary propose un féminisme plus spirituel, proche de la nature et intuitif, plutôt qu’un féminisme qui nous divise dans des définitions réductrices de classes sociales et de genres. Sensible aux énergies du cosmos, la métaphore de la sorcière ou de l’alchimiste nous invite à jouer avec les quatre éléments, à la recherche de ce qui nous unit plutôt que de ce qui nous différencie.

Vue de son exposition What Goes Around comes back Around au centre d’art Voiture 14, Marseille, 2022.

Travaillant en ce moment sur l’écriture de nouveaux films, Naïa Combary exposera bientôt à Londres. Mais avant de quitter le territoire, elle exposera du 21 au 24 avril 2022 à Biarritz dans une exposition collective au centre d’art Encore Le Lieu.

  • Naïa Combary, Combary, Time doesn't exist, Askip
  • Naïa Combary, Combary, Time doesn't exist, Askip
  • Naïa Combary, Combary, Time doesn't exist, Askip

Jusqu’au lundi 7 avril 2022, Exposition Time doesn’t exist ?, à la galerie-café Askip

2 Allée Frida Kahlo, 44200 Nantes

Ouvert du lundi au jeudi de 9 h 30 à 22 h, fermé du vendredi au dimanche.

Entrée libre

Pour suivre l’actualité de la galerie

Pour suivre l’actualité de l’artiste

Benjamin Julienne
Benjamin Juliennehttps://www.unidivers.fr
Métal expérimental, littérature russe, art contemporain, Yu-Gi-Oh!, chant bulgare et septième art tourbillonnent dans ma tête. J’écris principalement pour faire connaître les lieux d’exposition indépendants de Nantes.

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Quoi de mieux que l’espace hybride d’Askip, à la fois galerie, café et laverie, pour exposer le travail tout aussi expérimental de Naïa Combary ? Entre lumières multicolores, cuves vaporeuses et hiéroglyphes, la joyeuse alchimie de ses œuvres convie les quatre éléments et opère sur tous nos sens. Une exposition inspirée et foisonnante qui fait un pont entre monde numérique et monde réel. Tout un univers à explorer jusqu’au 7 avril 2022.

Naïa Combary, Combary, Time doesn't exist, Askip
Vue d'ensemble de l'exposition Time doesn't exist ?

Chambre d’adolescente ou laboratoire de scientifique fou ? Pour son exposition Time doesn’t exist ?, la réalisatrice et plasticienne Naïa Combary nous invite dans le repaire d’une sorcière 2.0, où chaque œuvre ressemble à un objet rituel dont l’activation reste à deviner. Peut-être qu’un indice se cache dans les pictogrammes qui jalonnent l’exposition ? Cœur, toile d’araignée, larme, bougie, sablier, matiasma, smiley, clé et clef de sol… Omniprésents, ces hiéroglyphes contemporains invitent le monde virtuel à rejoindre le monde réel. Parlant aux enfants comme aux adultes, ce langage standardisé et universel tend à se déformer, à inviter de nouveaux venus moins reconnaissables. Les emojis sortent de nos écrans pour se fondre dans de nouveaux matériaux, dans de nouvelles associations de sens. De cet univers virtuel, Naïa Combary a testé la réalité virtuelle, et trouve qui ne lui manque plus que le goût et l’odorat. Aussi souhaite-t-elle faire de chacune de ses expositions une expérience totale, c'est-à-dire qui sollicite tous nos sens.

Naïa Combary, Combary, Time doesn't exist, Askip
Détail d'une œuvre de Naïa Combary.

C’est chose faite dans cette exposition, où l’idée de réseau est primordiale : les symboles se répètent, résonnent et font que chaque œuvre entre en correspondance. Dans la généreuse alchimie de Time doesn’t exist ?, l’air s’injecte dans les cuves, se consume dans les flammes ; l’eau s’évapore, se condense en petites larmes sur les objets magiques au milieu de symboles disposés en cercle… Les interactions chimiques mais aussi électromagnétiques happent nos cinq sens. À leur tour, néons, lumières douces et contre-jours incarnent un répertoire qui interroge comment dessiner le monde par la lumière, quel message caché peut-on y faire passer. Un intérêt qui va de pair avec celui de la transparence. Voir à travers l’image, révéler ce qu’il y a derrière, sous sa peau, formule des désirs récurrents dans le travail de Naïa Combary. En clin d'œil au fil d’actualité des réseaux sociaux, ses œuvres sont imprimées sur plexiglas et éclairées de l’intérieur à la manière d’écrans géants.

Naïa Combary, Combary, Time doesn't exist, Askip
Détail d'une œuvre de Naïa Combary.

Un intérêt pour la science qui s’exprime déjà à partir du titre de l’exposition Time doesn’t exist ?. Si ce dernier évoque des théories sur l’espace-temps, il n’est pas sans rappeler des considérations mystiques, religieuses ou philosophiques sur notre perception du temps. Grande fan de littérature scientifique, Naïa Combary est obsédée par l’étirement du temps ou au contraire, son rétrécissement, et comment les œuvres peuvent modifier sa perception. Chose amusante, elle a toujours porté un regard scientifique sur les jouets pour enfants :

« J'ai toujours trouvé qu’on pouvait faire des schémas de physique quantique avec un élastique à cheveux. c’est pour ça que je trouve fascinant de me dire : Comment je pourrais tirer du savoir et avoir l’impression de faire des expériences scientifiques avec des objets en plastiques de basse qualité ? C’est un peu reprendre une forme de pouvoir sur des objets qui sont ingrats. »

Ces objets ingrats, ce sont les jouets destinés au public des jeunes filles en tant que cible commerciale. Issus de la production de masse, leur surcharge de couleurs saturées, paillettes et effets lumineux sont ici transmués par l’artiste. Celle-ci y reconnaît leurs formes géométriques complexes, leurs longueurs d’ondes… Des outils improvisés pour étudier les bases de l’optique, de la diffraction et de la réfraction de la lumière. Ainsi voit le jour un jeu de manipulations d'objets et de formes pour découvrir leurs pouvoirs. Une magie qui se cache dans le profane. La figure de la sorcière pointe alors le bout de son nez, et discrètement derrière elle, celle d’un féminisme psychédélique. Inspirée par les écrits de Starhawk et de Monique Wittig, Naïa Combary propose un féminisme plus spirituel, proche de la nature et intuitif, plutôt qu’un féminisme qui nous divise dans des définitions réductrices de classes sociales et de genres. Sensible aux énergies du cosmos, la métaphore de la sorcière ou de l’alchimiste nous invite à jouer avec les quatre éléments, à la recherche de ce qui nous unit plutôt que de ce qui nous différencie.

https://www.youtube.com/watch?v=qhE2csSPS9Y&t=1s
Vue de son exposition What Goes Around comes back Around au centre d'art Voiture 14, Marseille, 2022.

Travaillant en ce moment sur l’écriture de nouveaux films, Naïa Combary exposera bientôt à Londres. Mais avant de quitter le territoire, elle exposera du 21 au 24 avril 2022 à Biarritz dans une exposition collective au centre d’art Encore Le Lieu.

  • Naïa Combary, Combary, Time doesn't exist, Askip
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Jusqu’au lundi 7 avril 2022, Exposition Time doesn’t exist ?, à la galerie-café Askip

2 Allée Frida Kahlo, 44200 Nantes

Ouvert du lundi au jeudi de 9 h 30 à 22 h, fermé du vendredi au dimanche.

Entrée libre

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