MUSE & MARLOWE : UNE MARQUE ÉTHIQUE INSPIRANTE

Lucie Flochlay et Aline Gibson forment l’équipe de la marque Muse & Marlowe, une nouveauté éco-responsable qui vient d’émerger dans la sphère de la mode éthique en Bretagne. Une marque pleine d’engagements et d’idées créatives, née d’une rencontre entre la mode et l’éco-conçu. Entretien avec Aline Gibson.

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Lucie Flochlay s’occupe de la gestion et la partie commerciale et Aline Gibson de la partie communication et du design des modèles.

Unidivers : La première collection de la marque de vêtements éthiques Muse & Marlowe vient de sortir sur votre site Internet. Comment est né le projet ?

Aline Gibson : Lucie Flochlay et moi travaillions depuis quelques années chez Yves Rocher, dont le siège de la société se situe à côté de la Gare. Après avoir travaillé en tant que styliste, j’ai repris mes études afin de revenir m’installer en Bretagne et travailler dans la communication. La marque Muse & Marlowe est partie d’une envie d’entreprendre. Chacune de notre côté au début, en discuter était un moyen de se serrer les coudes et d’appréhender ensemble la conception d’un projet.

Avec Muse&Marlowe, l’idée était d’entreprendre un projet humble qui nous ressemble.

Muse&Marlowe est en partie née de nos besoins personnels. Nous sommes toutes les deux devenues mères en 2016 et la naissance de nos enfants a changé notre vision sur pas mal de points. Je me suis rendue compte que ma fille commençait sa vie et avait tout à apprendre alors que nous sommes actuellement en pleine transition. Au final, il est possible de recommencer sa vie à n’importe quel âge, et se dire que rien est impossible peut donner des ailes. Lucie et moi essayons de vivre de manière responsable depuis longtemps sans pour autant arrêter d’aller dans les boutiques de fast-fashion… L’alimentation responsable a réussi à mêler le plaisir à la responsabilité, ce qui n’est pas forcément le cas dans la mode. Sans tomber dans la surconsommation, l’offre nous plaisait. Il ne s’agit que de notre ressenti, mais on ne se retrouvait pas dans les styles vestimentaires que proposait la mode éthique. Le but n’était pas de changer de style ou d’arrêter de se faire plaisir en achetant un vêtement. On avait envie de quelque chose de féminin, de joli, qui fasse plaisir à l’achat…

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Unidivers : Pourquoi Muse & Marlowe ?

Aline Gibson : Muse & Marlowe est un choix esthétique avant tout, anglophone car nous aimerions une ouverture à l’international, sur du long terme. Nous recherchions un nom féminin, poétique, avec une belle consonance. Ma fille s’appelle Ellie Muse, comme mon mari est australien donc la liste de prénoms ne contenait que des prénoms anglophones. Lucie a un garçon qui s’appelle Hugo, donc nous ne pouvions malheureusement pas appeler la marque Muse&Hugo (rires).

On interroge régulièrement quelques amies et connaissances féminines – différentes, mais représentatives de notre cible – sur les modèles et la manière dont on construit notre société. Muse & Marlowe a fait l’unanimité

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Robe Canyon Phanie, 129,00€

Unidivers : La mode éthique désigne autant des valeurs sociales qu’environnementales. Comment cela se traduit dans la marque ? Quels engagements sont mis en valeur ?

Aline Gibson : Il n’y a pas de solution zéro impact aujourd’hui, mais on essaie de faire au mieux. Cependant, quand un levier est activé, un autre peut lâcher…

Seules des matières naturelles bio certifiées GOTS sont utilisées dans la conception de nos modèles. Le référentiel Global Organic Textile Standard, ou norme mondiale du textile biologique, constitue la certification la plus complète en matière de textiles. Les tissus sont sans pesticides et compostables par exemple.

Il y a très peu de fournisseurs de tissus certifiés GOTS en Europe et le coton bio ne représente que 10 % du coton utilisé.

Ça peut sembler évident, mais dans la réalité de certains pays, des enfants travaillent, les conditions salariales sont déplorables… Mise en place par Ecocert, GOTS garantit autant la partie environnementale qu’humaine. Toutes les normes de l’OIT, Organisation internationale des employeurs, y sont respectées et un audit est renouvelé tous les ans.

Dans le cas d’une petite entreprise, trouver des partenaires s’est avéré très compliqué, notamment pour notre atelier de conception. Dans l’idéal, nous voulions concevoir du 100 % made in France ou du moins miser sur une matière première et une production locales au maximum. Tous les prototypes sont développés en France : chez Lecarpentier (Toutlemonde, 49) et Alix Roland, une couturière indépendante Brestoise. Ils sont ensuite envoyés au Portugal, chez Esfani, mais on reste en veille permanente afin de se rapprocher au maximum de notre zone géographique et diminuer ainsi notre impact. La réduction de notre empreinte est au centre de notre démarche et à chaque étape de la production : nos ordinateurs son reconditionnés, nous réutilisons les chutes de tissus pour des patchworks, etc.

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Utility Pants Rachel – denim, 115,00€

Unidivers : Avec cette surenchère de prix attractifs dans les grandes industries de la mode, n’est-ce pas compliqué de s’insérer dans cette voie ?

Aline Gibson : De plus en plus de documentaires et d’articles dans la presse tentent de sensibiliser sur les dessous de l’industrie textile. Nous avons vraiment décidé de ne pas avoir de message alarmiste, mais plutôt d’attirer par le positif, l’envie et le beau produit.

Le militant écologiste et réalisateur Cyril Dion (il a notamment co-réalisé avec Mélanie Laurent le documentaire Demain (2015) et la suite, Après Demain (2018), ndlr) cherche à alarmer de la situation depuis des années, mais quand l’impact n’est pas direct, les gens ne se sentent pas concernés. Voir un immeuble s’effondrer au Bangladesh avec des personnes qui confectionnent les vêtements que l’on porte attriste, mais la semaine d’après, l’incident est oublié… Dans son dernier livre, Petit manifeste de résistance contemporaine, Cyril Dion explique qu’il a finalement compris qu’offrir un récit et une projection positive sensibilise plus qu’un discours alarmiste.

L’idée est d’accompagner et sensibiliser les personnes de manière positive en montrant qu’aujourd’hui, il est possible de mieux consommer, sans que cela soit une contrainte.

Si l’argument de l’éco-conception ne séduit pas tout le monde à première vue, on espère séduire avec nos modèles. Des marques comme Sézane et Balzac commencent à avoir une démarche éco-responsable, mais ne se revendiquaient pas comme tel à l’origine. Le but recherché n’est pas le profit donc on s’est aligné au niveau du prix. Notre pantalon coûte 115 €, un prix élevé à première vue, mais de grandes marques avec aucun engagement éthique propose les même prix. Cependant, ce genre de marques a su créer un vrai attachement et un storytelling (l’art de raconter des histoire pour vendre, ndlr) fort. On espère écrire une histoire à laquelle les clientes vont s’identifier et qui rendra notre marque attachante.

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Foulard Lisa, 29,00€ et Blouse Frannie, 86,00

Unidivers : Muse & Marlowe propose une offre exclusivement féminine. À quelle femme s’adresse la marque ?

Aline Gibson : Dans l’idéal, on aimerait que la marque parle à toutes les femmes, même si c’est compliqué. En créant Muse & Marlowe, on a voulu s’adresser à des personnes très différentes et des femmes qui aiment la mode. Certaines clientes se reconnaissent dans les modèles work wear de la collection et d’autres dans les tenues beaucoup plus féminines. Certaines achètent une veste ou un pantalon taille haute très féminin, mais inspiré du pantalon de tailleur, avec un côté masculin et d’autres se tourneront vers les pièces beaucoup plus féminines comme la blouse avec des manches à volants. L’idée est de jouer avec les vêtements et de mixer une pièce féminine avec une plus basique.

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Unidivers : On ressent une réelle volonté d’associer la mode et l’éco-conception dans Muse & Marlowe

Aline Gibson : Plaisir et éco-conception plutôt. On pense le vêtement comme un bel objet que l’on a envie de conserver longtemps plus que comme un objet tendance dont on se lasse rapidement. J’aime bien parler de la durabilité du vêtement par le biais de l’attachement. Un vêtement cousu ne sera pas indestructible, mais on a envie de sensibiliser sur le fait qu’un vêtement peut se réinventer, on peut ne pas s’en lasser au bout d’une saison.

Un vêtement vit, se froisse, s’élime un peu, ce n’est pas pour autant dire qu’il est à jeter à la poubelle. C’est un vêtement à aimer justement à cause de ses petits défauts et de son histoire.

Unidivers : Vous désirez développer un motif à chaque nouvelle collection. Pourquoi avoir choisi le motif Flower Field de l’illustratrice Vanessa Dubois pour cette première collaboration ?

Aline Gibson : Nous avons vraiment envie d’installer une image et un univers Muse & Marlowe, ce qui passe beaucoup par les couleurs. On a développé des couleurs propres à la marque avec notre fournisseur : un pantalon orange brûlé ou une robe couleur canyon.

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À chaque nouvelle collection, de nouvelles couleurs seront développées. En toute transparence, cette méthode coûte plus cher, mais ce genre de décisions constitue la partie plaisir du projet. L’imprimé est dans la continuité de ce choix. Un de nos trois fournisseurs avait un imprimé fleuri, mais il ne nous convenait pas totalement. Nous ne voulons faire de choix par défaut, mais plutôt être hyper satisfaites et à l’aise par rapport à ce que l’on produit. On aime bien l’idée aussi de travailler et s’épauler entre petites entreprises.

Une illustratrice Rennaise travaille actuellement sur le deuxième motif, toujours dans cette ambiance naturelle et fleurie, légèrement féminine. L’imprimé de la collection septembre-octobre sera dévoilé cet été et s’inspirera de la flore australienne. Mo, mari étant Australien, j’ai été en Australie l’hiver dernier et beaucoup d’images m’ont inspiré pour la prochaine collection donc nous avons décidé de faire une thématique autour de l’Australie.

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Blouse Chloé, 96,00€ et Jupe Emma, 99,00€

Unidivers : Un mois après la sortie de la première collection, comment ont été reçu les modèles de la marque ?

Aline Gibson : Globalement, les retours sont très positifs, autant sur le design du vêtement que sur la démarche. Le besoin que l’on avait défini et partagé avec notre groupe de paroles, une meilleure consommation de la mode tout en continuant à se faire plaisir, n’était pas un besoin isolé, mais quelque chose de très présent. Ça ne veut pas dire que Muse&Marlowe plaira à tout le monde, mais la marque propose une nouvelle offre.

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Muse & Marlowe, dans le concept store French Blossom ou sur leur site internet

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