MUNICIPALES LORIENT. L’ÉCOLOGIE GRANDE GAGNANTE ?

Lorient sera-t-elle la « capitale bretonne de la transition écologique » au soir du 28 juin ? C’est en tout cas l’ambition qu’affiche Damien Girard, tête de la liste Lorient en commun, issue du collectif « Pays de Lorient en Transition » et portée par EELV, le PCF, le PS et l’UDB. Arrivé en tête au premier tour, avec 22,9 % des voix, le candidat écologiste se rêve en épigone d’Eric Piolle, le maire de Grenoble. La métropole alpine, conquise en 2014 par une liste verte et rouge, est en effet devenue le laboratoire d’une écologie municipale ambitieuse. L’édile grenoblois, en passe d’être réélu, apporte d’ailleurs son soutien à la liste de Damien Girard dans une vidéo publiée en ligne.

Rien n’est joué. A droite, l’indéboulonnable Fabrice Loher, candidat pour la 4e fois, talonne Girard avec 20,83 % des voix, suivi par deux adjoints du maire socialiste sortant Norbert Métairie : Bruno Blanchard (divers gauche, 18,45 %) et le marcheur Laurent Tonnerre (LREM, 17,8 %).

La liste Lorient en Commun, arrivée en tête au premier tour

Les quatre candidats encore en lice dans ce second tour extrêmement incertain se disputent aussi le maillot vert, en rivalisant de promesses écolos. Lorient ne part pas de zéro en matière de politiques écologiques. La ville et l’agglo ont même obtenu en 2015 le label Cit’ergie, que décerne l’Ademe [Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie] d’après un référentiel valorisant la planification territoriale en matière énergétique et climatique, l’exemplarité des bâtiments publics, la production d’énergie locale, la gestion des déchets, les mobilités décarbonées… Lorient peut s’enorgueillir dans ce domaine de réalisations comparables à celles de Rennes ou de Brest, et fait partie des villes moyennes pionnières à l’échelle nationale, derrière La Rochelle et Vénissieux. (Voir la carte des villes labellisées )

Un consensus vert ?

Quelles sont les mesures aujourd’hui mises sur la table par les candidats au siège de maire ? Tout d’abord, on peut s’en réjouir, tous semblent avoir la main verte : Fabrice Loher promet de « verdir la ville », Bruno Blanchard veut créer un « potager communal », Laurent Tonnerre, 2 hectares de « vergers lorientais » et planter pas moins de 15000 arbres supplémentaires. Damien Girard veut lui créer des « mini parcs urbains » sur les places Alsace-Lorraine et Saint-Louis, aujourd’hui dédiées au stationnement.

Côté alimentation, la nécessité d’un approvisionnement bio et /ou local des cantines scolaires fait apparemment consensus. Si les quatre candidats affichent pour ce sujet le même appétit, seul le programme de Lorient en commun énonce un objectif chiffré : « Atteindre 70 % de bio et/ou local dans les cantines scolaires d’ici la fin du mandat sans augmentation de prix (contre 35 % aujourd’hui) ». Au delà de la restauration scolaire, le programme de Damien Girard brandit un objectif « locavore » ambitieux : passer de 5% à 20% de produits locaux consommés sur le territoire. Pour cela, il promet de veiller à la préservation des terres agricoles dans les documents d’urbanisme (PLU, SCOT) et à l’achat de terres par les municipalités pour les louer à prix abordable à des agriculteurs : « Disons-le clairement : nous souhaitons plus de paysans ! » (Programme Lorient en commun).

Transition énergétique : les sujets qui fâchent

Au delà du cadre de vie et de l’alimentation, les attentes d’une partie des électeurs concernent aujourd’hui la définition d’une stratégie de transition énergétique à la hauteur des problématiques climatiques et sociales que pose l’actuelle dépendance aux énergies fossiles.

Tandis que Fabrice Loher (UDI-Modem-LR) ne consacre à cette thématique que trois brèves pages sur l’ensemble de son livre programmatique « Un nouveau rêve lorientais », le marcheur Laurent Tonnerre se réclame lui de la « transition énergétique par la technologie » et affiche sur ses documents de campagne la promesse ambiguë d’ une « ville 100% renouvelable en 2030 ». Il s’agit en fait de compléter l’approvisionnement des bâtiments municipaux en énergie renouvelable, via la poursuite du déploiement de panneaux photovoltaïques et le chauffage au bois (qui couvre déjà 50% des besoins du patrimoine municipal).

Taclant Damien Girard, Laurent Tonnerre clame haut et fort : « C’est pas le moment d’être dans la décroissance« . Pourtant la transition énergétique ne saurait s’accomplir par le seul miracle technologique. En effet d’après le Plan Climat Air Énergie Territorial approuvé en 2019 par Lorient Agglo : « Il faut réduire la consommation des énergies fossiles. L’accent doit être mis sur la sobriété énergétique. Ce d’autant que le potentiel local de développement des énergies renouvelables est limité. » (PCAET 2019-2025) Le Plan Climat territorial fixe ainsi un objectif de réduction de 16% des consommations énergétiques sur le territoire à horizon 2030 malgré l’augmentation prévue de la population. Il s’agit donc bien d’organiser… la décroissance de la consommation énergétique.

Sur les 900000 tonnes de gaz à effet de serre émises chaque année sur le territoire de Lorient Agglomération, 37% le sont par les transports (PCAET 2019), dont la moitié pour les déplacements quotidiens (hors fret et longue distance). La baisse des émissions de gaz à effet de serre exige donc l’organisation d’un report massif vers les mobilités actives et les transports en commun, alors que 92% des trajets domicile-travail intercommunaux se font en voiture, avec 80% d’automobilistes seuls dans leur véhicule. (Audélor : Données Insee).

L’hypothèse de la gratuité du réseau de transport en commun est ainsi mise sur la table par Girard et Loher, qui tous deux souhaitent lancer une étude et expérimenter. Damien Girard propose par ailleurs de réfléchir à nouveau à la faisabilité d’un tramway à l’échelle de l’agglomération, un équipement qui favoriserait selon lui le « polycentrisme » et valoriserait l’image du territoire. Côté mobilité active, si le nombre de déplacements en bicyclette augmente en valeur absolue, la part modale du vélo dans l’ensemble des déplacements reste néanmoins très modeste : autour de 3% (enquête Mobilités, Audélor 2016).

D’après le Baromètre Villes cyclables issu d’une enquête mesurant le ressenti des cyclistes (358 répondants à Lorient), Lorient se classe pourtant en 4ème position des villes de moins de 100000 habitants, avec une mention « plutôt favorable » au vélo. Comment changer de braquet ? Dans la course aux municipales, Loher, Tonnerre et Blanchard proposent sans plus de précisions de sécuriser davantage les pistes existantes et d’en créer de nouvelles. Girard de son côté prend l’engagement de déployer sur le mandat un Réseau Express Vélo de 60 kilomètres, connectant Lorient et les communes limitrophes.

Les questions qui fâchent ne manquent pas pour pimenter les débats de la future mandature, si d’aventure les Lorientais se choisissaient un maire écolo ce dimanche… Place de la voiture en ville, étalement urbain et artificialisation des sols, avenir de l’aéroport de Lann-Bihoué : autant de dossiers permettant d’éprouver la réalité et la cohérence des engagements « verts » de la future équipe municipale.

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