Mais pourquoi est-ce donc votre pauvre servante que l’on a envoyée au Mondial de l’Automobile 2014 ? 70 à 80% de public masculin est passionné par ce simple moyen de locomotion dont les médias font les choux gras chaque année pendant deux semaines. Et puis ma morphologie étant ce qu’elle est, impossible de confondre mon entrecuisse avec un piston, contrairement à certains fous du volant bien huilé. Alors, vous vous demandez pourquoi Unidivers a fait la route ?

Un logo de plus en plus gros
Un logo de plus en plus gros

Parce que l’automobile et son marché sont un miroir socio-esthétique de notre société. Et une fois entrée dans le hall du Mondial de l’automobile 2014, elle apparaît pas jolie jolie, notre société… En particulier pour mes consoeurs femmes.

Affublées de robes plus ou moins courtes, des hôtesses d’accueil standardisées accueillent les mâles avec un sourire au charme commercial. Voilà que tomber sur une… cliente les déstabilise. Elle se rattrape à leur discours formaté par un apprentissage express d’une fiche de communication. N’espérez pas beaucoup mieux de leurs homologues mâles, engoncés dans des costumes sérieux (c’est juste pour donne l’apparence qu’ils le sont…). À peine avez vous approché de la zone de détection du véhicule qu’ils se jettent sur vous pour vous demander si vous aimez leur petit bijou, leur précieux… Une vraie meute de (jeunes) loups affamés, aspirants à quelque école de commerce sans grandeur.

« Mais non, je ne l’aime pas votre trésor ; je viens juste d’arriver, je ne l’ai même pas encore regardé ! », leur répondis-je. Ça les calme d’emblée. Sur ce, je balance une ou deux questions un peu techniques ; voilà les jeunes aspirants requins qui balbutient des données apprises par cœur ou tentent maladroitement de dévier vers un autre sujet. Pathétique. Pour opérer un rapide parallèle qui vaut ce qu’il vaut, imaginez qu’à Unidivers nous n’avions pour tout bagage afin de vous parler de la vie culturelle que les 5 saisons de Secret Story (Ah, on me souffle qu’il y en a plus… Honte à moi, je vais réviser pour la prochaine fois).

Bon, les mannequins de chez Citroen font de jolies chorégraphies. Chez Dacia, ils ont pris un styliste qui n’avait le droit qu’à deux couleurs pour réaliser quelque chose de po(r)table. Chez Alfa Romeo, la mode est toujours courte, image latine oblige semble-t-il. Bref, de ce côté, rien ne change.

Mais passons aux voitures ! Qu’apprend-on de ce salon ? Et bien que le futur est aux abonnés absent avec une continuité dans le classicisme et surtout un retour de la voiture statuaire. Renault a définitivement enterré ses « voitures à vivre » en faisant de son Espace un gros mélange de SUV (la tendance générale, à l’opposé de l’économie d’énergie) et de monospace, sans aucun aspect pratique, en dehors d’un écran tactile (autre tendance). Il faut montrer que c’est gros, que c’est le top de la marque Renault.

– Chez Peugeot, après s’être cherché 4 ans, ils ont remis le logo en avant. C’est une constante comme dans le prêt-à-porter : le Logo doit se voir, se décliner et briller. Bling bling ! Mate mon logo, je te dirai qui je suis !

– Chez Citroen, c’est DS qui brille de mille feux dans un écrin noir sombre.

– Chez VW, on optimise la Passat, on fait du classique qui ne choquera personne, en soignant les équipements valorisants, bien que souvent gadgets.

– Chez Audi, le designer continue de reprendre ses calques, puisque ça marche toujours aussi bien.

En temps de crise, on cherche des valeurs sures.

– Même Lamborghini avec son Asterion (hybride pour s’accommoder des normes) ressert un peu les lignes de la mythique Miura mais avec le talent de Gandini en moins.

– Chez Aston Martin, on décline aussi la ligne de Ian Mc Callum en berline, coupé, cabriolet.

– Les Coréens se cherchent encore : Hyundai change une nouvelle fois sa calandre après avoir trouvé qu’elle ressemblait à celle de Ford, Audi, Peugeot…ça sera maintenant VW.

– Kia est un peu plus en verve avec un Soul amélioré dans les détails, mais reste globalement figé.

– Infinity, la marque de luxe de Nissan, se décide enfin à renouveler son style dans un somptueux prototype, bien plus épuré que par le passé, mais gâché par une calandre trop…Mazda, une marque en plein renouveau autant esthétique que technique.

Enfin, il faut noter un gros changement qui montre que les constructeurs désirent assoir leur image statutaire : les constructeurs premium laissaient souvent les véhicules haut de gamme accessibles au public même s’il fallait faire la queue chez les plus mythiques d’entre eux.

mondial de l'automobile
L’Asterion de Lamborghini

Mais en matière technologique, on reste carrément sur sa faim !

Chez Tesla, le public découvrait enfin le « model S » sous toutes les coutures puisque l’on pouvait monter dedans…et s’extasier sur les deux coffres avant et arrière. Sinon, les autres proposaient quelques châssis à nu peu évocateurs et des moteurs passés au chrome pour faire croire qu’ils sont propres – voilà ce qu’on pouvait en dire.

Les électriques sont assez peu mises en valeur, les hybrides sont timides (l’Eolab Renault était exposée non au centre mais sur le côté). Les piles à combustibles sont rarissimes (Toyota, Hyundai..). Étant donné la faiblesse générale des exposants, il n’était pas opportun de leur demander des explications sur l’Adblue, généralisé sur tous les diesels. Mais qui ça intéresse tout ça, de toute façon ! On est là pour vendre de l’économie de carburant… Donc encore du diesel. Sans aborder les problèmes posés par les nouvelles normes Euro VI et l’incompatibilité avec la conduite urbaine. Bref, ça stagne, voire régresse, en matière d’innovations futuristes bien pensées et raccord avec les transformations des conduites des conducteurs et de la fonte de la banquise ! C’est sûr, comme les quelques rares autres visiteuses, dans deux ans, je passe mon tour. Un jeune requin bling-bling sans conscience (environnementale) y sera plus à son aise.

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