jeu 19 mai 2022

MON HISTOIRE AVEC LA MANU EXPO PHOTO DE VALÉRIE COUTERON À MORLAIX

Mon histoire avec la Manu : Valérie Couteron expose les photos des ouvriers et des ouvrières de la Manufacture des tabacs à Morlaix initialement prévue jusqu’au 2 janvier 2022, l’expo est prolongée jusqu’au 30 janvier.

valérie couteron MANU

Mémoire vivante de la Manu

Alors que sa démarche est généralement la production de portraits en séries, Valérie Couteron dévoile à chaque fois la singularité des personnes photographiées, un jeu entre une multitude homogène se rapportant à une communauté et la personne dans son rapport affectif à cette communauté. Elle part souvent de travailleurs et travailleuses invisibilisé·e·s où les stigmates de l’usure du travail sont apparents dans les portraits.

valérie couteron MANU

L’aspect documentaire de ses œuvres côtoie le mouvement allemand de La Nouvelle objectivité, consistant à représenter le réel, frontalement, sans fard, sans affect. Mais chez Valérie Couteron, la complicité qui se crée avec les modèles apporte souvent un certain décalage : portraits de trois-quart, un léger sourire qui s’esquisse, un détail qui contraste… On retrouve ce jeu entre portrait hiératique et pas-de-côté dans la double série de La Manu.

Alors que les photographies noir et blanc de 1998 révèlent un écosystème où les ouvrier·e·s sont en osmose avec la machine, les portraits en couleur de 2018 créent un certain trouble. Réalisés 20 ans après dans la manufacture en plein chantier, 4 ans après la fermeture de l’entreprise, ils donnent à voir les personnes sur leur ancien lieu de travail désossé, décharné. Les fonds sont sombres et flous : le lieu est fantôme de lui-même.

valérie couteron MANU

Les ouvrie·re·s ont quitté leurs blouses ; leurs vêtements civils évoquent l’extérieur de La Manu, leur vie après la fermeture. Se sont des subjectivités qui se révèlent. La précision photographique marque les traits du temps, exacerbe les couleurs d’une écharpe ou d’un manteau. Les regards sont systématiquement orientés vers la photographe. Que traduisent-ils ? Mélancolie, tristesse, nostalgie, colère, résilience…? Cela reste à leur discrétion. Ce qui est certain, c’est qu’ils les ancrent dans ce lieu qui porte encore les marques d’une activité éteinte. J’ai proposé à Valérie Couteron de ponctuer l’exposition de phrases enregistrées lors des entretiens avec les ouvrier·e·s pendant les prises de vue. Sa présence de longue durée dans l’entreprise a créé de la confiance, puis de la confidence. Ces témoignages sont précieux, parfois anecdotiques, tour à tour drôles et saisissants, au même titre que les portraits, ils sont surtout vivants !

Éric Foucault, commissaire de l’exposition.

valérie couteron MANU

Valérie Couteron : Mon histoire avec la Manu

En février 1998 je pénétrais dans l’enceinte impressionnante de la Manufacture de Morlaix. D’atelier en atelier j’ai rencontré et photographié des salariés à leur poste de travail. Au-delà des portraits je me suis intéressée aux attitudes et gestes des uns et des autres… Je me souviens de Jacqueline Lejeune à « l’atelier poupée » qui travaillait depuis 29 ans à la Manu avec enthousiasme, qui m’avouait que « travailler à la Manu c’était presque le paradis ! ». Et puis je me souviens de la rencontre avec Maryse Troadec, à l’atelier du tabac à chiquer, qui officiait depuis 1976 à ce poste et qui « pour rien au monde n’aurait voulu changer de poste » ; de Jeanine Salaün, au capage manuel, qui travaillait en écoutant la radio dans son casque ; de Michel Queguiner pour qui travailler à la Manu était une histoire de famille car son père et son grand-père l’y avaient précédé, une histoire de famille parmi beaucoup d’autres à la Manu. Tant de personnes rencontrées qui m’ont fait confiance en participant à mon projet, qui ont partagé avec moi certaines confidences, m’ont confié quelques bribes de leur vie intime sans oublier les petites histoires qui circulaient dans l’usine mais surtout la rumeur récurrente et angoissante de la fermeture probable de la Manu. Cette rumeur s’avèrera être une histoire vraie puisque trois ans plus tard, en 2001, le journal Libération faisait paraître une de mes photographies pour illustrer un article relatif à la fermeture de la Manufacture de cigares de Morlaix. 20 ans plus tard, en 2018, mon histoire avec la Manu continue…

Valérie Couteron, 2020.

1998, un reportage des ouvrier·e·s de la Seita

Les projets naissent souvent du hasard des rencontres. Alors que la troupe Catalyse joue Ludwig un roi sur la lune, en décembre 2016 à Saint-Denis, une photographe, Valérie Couteron, vient voir la représentation. À l’issue du spectacle, elle rencontre Thierry Séguin responsable du Centre National pour la Création Adaptée et au fil de la discussion sur le projet SE/cW à la Manufacture, elle évoque un reportage photographique réalisé en 1998 sur les ouvrier·e·s de la Seita de Morlaix.

valérie couteron MANU

2018, un reportage en début de chantier

Naît alors le projet de retrouver ces ouvriers et ouvrières, vingt ans après, pour les photographier à nouveau au démarrage du chantier du SE/cW. Grâce à l’association des anciens de la Manufacture et à l’implication de Valérie Couteron, ce sont ainsi cinquante portraits d’hommes et de femmes qui sont réalisés. Parallèlement, Valérie Couteron s’entretient avec chacune des personnes photographiées, apportant ainsi un témoignage sonore exceptionnel sur la mémoire ouvrière du site. Une exposition pour l’ouverture du site réhabilité Les photographies et les enregistrements sont restitués à l’occasion d’une grande exposition à la Manu, grâce à la collaboration de plusieurs structures : le SEW, le CNCA et le soutien de Morlaix Communauté. Cette première grande exposition, qui établit un dialogue entre passé et présent de ce bâtiment emblématique de Morlaix, préfigure un programme d’expositions que le CNCA souhaite mettre en place, en collaboration avec des structures de l’agglomération, des galeries et de grands musées, pour les six prochaines années.

valérie couteron MANU

La Manufacture des tabacs de Morlaix

Cette industrie a été l’une des activités les plus importantes de Morlaix jusqu’au début du XXIe siècle. Si l’histoire de la Manufacture est indissociable de celle du tabac, elle l’est aussi pleinement de celle de Morlaix, où l’on a coutume de la dénommer familièrement et affectueusement “La Manu”. Édifiée au XVIIIe siècle, l’imposante bâtisse a accueilli dans ses ateliers pas loin de deux mille ouvrier·e·s, lorsque l’activité battait son plein au XIXe siècle, et majoritairement des femmes. Une grande partie des éléments la constituant ont fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques en 2011. Aujourd’hui, La Manu bénéficie d’une réhabilitation globale par les architectes Loïc Julienne, Alice Périot, Giulia Tellier (Construire / Paris) et Amélie Loisel (Laab / Lannion), pour accueuillir L’Espace des sciences, le SE/cW et d’autres activités culturelles, sociales…

VALÉRIE COUTERON présente mon histoire avec la Manu portraits des Anciens de la Manu – 1998 & 2018 jusqu’au 30 janvier 2022.

Manufacture des Tabacs, Morlaix : exposition ouverte du 19 nov 2021 au 30 janv 2022 les vendredis, samedis et dimanches, de 14h à 18h et en semaine sur rendez-vous.

Le SEW, Manufacture des Tabacs 39 ter quai du Léon, Morlaix Exposition organisée par le SEW et le CNCA, avec le soutien de la Drac Bretagne, de la Région Bretagne, du Département du Finistère, de Morlaix Communauté et de la Ville de Morlaix.

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valérie couteron MANU

Mémoire vivante de la Manu

Alors que sa démarche est généralement la production de portraits en séries, Valérie Couteron dévoile à chaque fois la singularité des personnes photographiées, un jeu entre une multitude homogène se rapportant à une communauté et la personne dans son rapport affectif à cette communauté. Elle part souvent de travailleurs et travailleuses invisibilisé·e·s où les stigmates de l’usure du travail sont apparents dans les portraits.

valérie couteron MANU

L’aspect documentaire de ses œuvres côtoie le mouvement allemand de La Nouvelle objectivité, consistant à représenter le réel, frontalement, sans fard, sans affect. Mais chez Valérie Couteron, la complicité qui se crée avec les modèles apporte souvent un certain décalage : portraits de trois-quart, un léger sourire qui s’esquisse, un détail qui contraste... On retrouve ce jeu entre portrait hiératique et pas-de-côté dans la double série de La Manu.

Alors que les photographies noir et blanc de 1998 révèlent un écosystème où les ouvrier·e·s sont en osmose avec la machine, les portraits en couleur de 2018 créent un certain trouble. Réalisés 20 ans après dans la manufacture en plein chantier, 4 ans après la fermeture de l’entreprise, ils donnent à voir les personnes sur leur ancien lieu de travail désossé, décharné. Les fonds sont sombres et flous : le lieu est fantôme de lui-même.

valérie couteron MANU

Les ouvrie·re·s ont quitté leurs blouses ; leurs vêtements civils évoquent l’extérieur de La Manu, leur vie après la fermeture. Se sont des subjectivités qui se révèlent. La précision photographique marque les traits du temps, exacerbe les couleurs d’une écharpe ou d’un manteau. Les regards sont systématiquement orientés vers la photographe. Que traduisent-ils ? Mélancolie, tristesse, nostalgie, colère, résilience...? Cela reste à leur discrétion. Ce qui est certain, c’est qu’ils les ancrent dans ce lieu qui porte encore les marques d’une activité éteinte. J’ai proposé à Valérie Couteron de ponctuer l’exposition de phrases enregistrées lors des entretiens avec les ouvrier·e·s pendant les prises de vue. Sa présence de longue durée dans l’entreprise a créé de la confiance, puis de la confidence. Ces témoignages sont précieux, parfois anecdotiques, tour à tour drôles et saisissants, au même titre que les portraits, ils sont surtout vivants !

Éric Foucault, commissaire de l’exposition.

valérie couteron MANU

Valérie Couteron : Mon histoire avec la Manu

En février 1998 je pénétrais dans l’enceinte impressionnante de la Manufacture de Morlaix. D’atelier en atelier j’ai rencontré et photographié des salariés à leur poste de travail. Au-delà des portraits je me suis intéressée aux attitudes et gestes des uns et des autres… Je me souviens de Jacqueline Lejeune à « l’atelier poupée » qui travaillait depuis 29 ans à la Manu avec enthousiasme, qui m’avouait que « travailler à la Manu c’était presque le paradis ! ». Et puis je me souviens de la rencontre avec Maryse Troadec, à l’atelier du tabac à chiquer, qui officiait depuis 1976 à ce poste et qui « pour rien au monde n’aurait voulu changer de poste » ; de Jeanine Salaün, au capage manuel, qui travaillait en écoutant la radio dans son casque ; de Michel Queguiner pour qui travailler à la Manu était une histoire de famille car son père et son grand-père l’y avaient précédé, une histoire de famille parmi beaucoup d’autres à la Manu. Tant de personnes rencontrées qui m’ont fait confiance en participant à mon projet, qui ont partagé avec moi certaines confidences, m’ont confié quelques bribes de leur vie intime sans oublier les petites histoires qui circulaient dans l’usine mais surtout la rumeur récurrente et angoissante de la fermeture probable de la Manu. Cette rumeur s’avèrera être une histoire vraie puisque trois ans plus tard, en 2001, le journal Libération faisait paraître une de mes photographies pour illustrer un article relatif à la fermeture de la Manufacture de cigares de Morlaix. 20 ans plus tard, en 2018, mon histoire avec la Manu continue…

Valérie Couteron, 2020.

1998, un reportage des ouvrier·e·s de la Seita

Les projets naissent souvent du hasard des rencontres. Alors que la troupe Catalyse joue Ludwig un roi sur la lune, en décembre 2016 à Saint-Denis, une photographe, Valérie Couteron, vient voir la représentation. À l’issue du spectacle, elle rencontre Thierry Séguin responsable du Centre National pour la Création Adaptée et au fil de la discussion sur le projet SE/cW à la Manufacture, elle évoque un reportage photographique réalisé en 1998 sur les ouvrier·e·s de la Seita de Morlaix.

valérie couteron MANU

2018, un reportage en début de chantier

Naît alors le projet de retrouver ces ouvriers et ouvrières, vingt ans après, pour les photographier à nouveau au démarrage du chantier du SE/cW. Grâce à l’association des anciens de la Manufacture et à l’implication de Valérie Couteron, ce sont ainsi cinquante portraits d’hommes et de femmes qui sont réalisés. Parallèlement, Valérie Couteron s’entretient avec chacune des personnes photographiées, apportant ainsi un témoignage sonore exceptionnel sur la mémoire ouvrière du site. Une exposition pour l’ouverture du site réhabilité Les photographies et les enregistrements sont restitués à l’occasion d’une grande exposition à la Manu, grâce à la collaboration de plusieurs structures : le SEW, le CNCA et le soutien de Morlaix Communauté. Cette première grande exposition, qui établit un dialogue entre passé et présent de ce bâtiment emblématique de Morlaix, préfigure un programme d’expositions que le CNCA souhaite mettre en place, en collaboration avec des structures de l’agglomération, des galeries et de grands musées, pour les six prochaines années.

valérie couteron MANU

La Manufacture des tabacs de Morlaix

Cette industrie a été l’une des activités les plus importantes de Morlaix jusqu’au début du XXIe siècle. Si l’histoire de la Manufacture est indissociable de celle du tabac, elle l’est aussi pleinement de celle de Morlaix, où l’on a coutume de la dénommer familièrement et affectueusement “La Manu”. Édifiée au XVIIIe siècle, l’imposante bâtisse a accueilli dans ses ateliers pas loin de deux mille ouvrier·e·s, lorsque l’activité battait son plein au XIXe siècle, et majoritairement des femmes. Une grande partie des éléments la constituant ont fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques en 2011. Aujourd’hui, La Manu bénéficie d’une réhabilitation globale par les architectes Loïc Julienne, Alice Périot, Giulia Tellier (Construire / Paris) et Amélie Loisel (Laab / Lannion), pour accueuillir L’Espace des sciences, le SE/cW et d’autres activités culturelles, sociales...

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Le SEW, Manufacture des Tabacs 39 ter quai du Léon, Morlaix Exposition organisée par le SEW et le CNCA, avec le soutien de la Drac Bretagne, de la Région Bretagne, du Département du Finistère, de Morlaix Communauté et de la Ville de Morlaix.

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