Unidivers

Michel Théron > Réflexion sur les derniers temps

Professeur de lettres honoraire en khâgne et hypokhâgne, journaliste et écrivain, Michel Théron emprunte le leitmotiv de ses réflexions à Paul Valéry : “Mélange c’est l’esprit”. Il nous livre quelques observations autour de la question des tendances apocalyptiques qui traversent notre société.

On nous prédit la fin du monde pour le 21 décembre 2012. Certains en voient un événement annonciateur dans la catastrophe nucléaire qui s’est produite au Japon, à Fukushima. Comme on se basait autrefois sur les prophéties de la Sybille, on invoque maintenant la prédiction d’un calendrier maya. Seul un village de l’Aude, Bugarach, échapperait à l’anéantissement. Les visiteurs en tous genres y affluent et les réservations pour la dernière quinzaine de décembre 2012 ont déjà commencé. Il paraît que le prix des maisons et des terrains y a considérablement augmenté. On voit que le catastrophisme peut rapporter de l’argent.

On oublie que c’est la 183e fin du monde annoncée depuis la fin de l’Empire romain. De tout temps il y a eu des peurs millénaristes, par exemple celle de l’an Mille, ou celle du grand bug informatique qui devait affecter tous les ordinateurs le 31 décembre 1999, à minuit. Évidemment aucune prédiction ne s’est produite, et Paco Rabanne, qui avait prédit la chute de la station Mir sur Paris en 1999, s’est ridiculisé.

Nous sommes ici en pleine eschatologie. L’expression signifie en grec : « qui a rapport aux fins dernières (en grec : ta eskhata). Traditionnellement elle s’associe au messianisme, pour faire espérer pour plus tard un changement radical des choses. Voici comment l’Apocalypse parle de la venue finale de Dieu au pays des hommes qui lui seront restés fidèles : « Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses ont disparu…. Voici, je fais toutes choses nouvelles. » (21/4-5) Cette vision a été relayée et laïcisée au xixe siècle par le marxisme, avec son idée de « Grand Soir », où la lutte des classes enfin disparaîtra, pour voir la victoire finale du prolétariat. L’Internationale est le péan de ce mythe.

Il est vrai que cette espérance du meilleur est en christianisme corrélée aussi à la menace du châtiment pour les méchants lors du Jugement Dernier : le fameux « Jour du Seigneur », qui sera aussi un « Jour de Colère » – le Dies irae du Moyen Âge, où le monde s’anéantira en cendres. Aujourd’hui c’est cette vision sombre qui triomphe, et d’optimiste l’Apocalypse devient pessimiste, sur fond de nihilisme. Je pense ici à certaine eschatologie écologique, qui désespère plus qu’elle ne donne courage.

Dans l’eschatologie réside évidemment une part essentielle du christianisme. – Ce n’est toutefois pas la seule : elle était refusée par exemple par les gnostiques, pour qui l’essentiel n’est pas à attendre pour le futur, mais à retrouver par retour à une perfection déjà connue puis perdue. C’est la vision que j’ai défendue dans ma Source intérieure (Golias, 2008), à partir de l’Évangile selon Thomas : « Les disciples dirent à Jésus : ‘Dis-nous comment sera notre fin ?’ Jésus dit : ‘Avez-vous donc dévoilé le commencement pour que vous vous préoccupiez de la fin, car là où est le commencement, là sera la fin. Heureux celui qui se tiendra dans le commencement, et il connaîtra la fin, et il ne goûtera pas de la mort.’ » (logion 18). Cette position, plus compréhensible et plus à hauteur d’homme, ne me semble pas la plus sotte.

Michel Théron

Blog : www.michel-theron.fr

 

Michel Théron > Réflexion sur les derniers temps was last modified: septembre 19th, 2011 by

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