A la fin de l’été 1913, Cécile Brunie, toute jeune institutrice, arrive à Saint-Roch pour y prendre possession de son poste. Dans ce petit village de la basse Corrèze où le curé fait seul la loi et où prospère une école catholique, elle est accueillie comme le diable en personne. Nul doute que, comme ses prédécesseurs, elle ne puisse tenir que quelques mois devant le redoutable abbé Brissaud qui, chaque dimanche, tonne contre l’école sans Dieu et ses suppôts. Mais Cécile fait front, résiste aux injures, aux provocations, aux calomnies et, peu à peu, gagne la confiance du village et voit se peupler son école. Au terme d’une année terrible, sa victoire aura le visage heureux de la petite Malvina Delpeuch, que chacun considérait comme une demeurée et qu’elle aura réussi à conduire jusqu’au certificat d’études.

 Dans ce livre, amour et histoire des campagnes se côtoient. Un roman du terroir qui met en scène une jeune institutrice, Cécile Brunie, et une demoiselle de quatorze ans passant pour simple d’esprit, Malvina. Ces deux êtres que tout oppose vont se trouver et s’apprivoiser tout au long d’une année scolaire.

La narratrice est Malvina Delpeuch à l’âge adulte. Elle raconte une année scolaire de son enfance passée à Saint-Roch, village de Corrèze, en 1913/1914. Considérée comme attardée mentale par la population, on ne s’occupe que très peu d’elle. Elle vit ainsi de façon très libre, à la manière d’un animal.

Lorsque Cécile arrive au village pour enseigner à « la communale » ou école laïque, elle est prise pour cible par le curé et ses partisans. Malvina suit le mouvement et la prend en grippe. Mais une chose va tout changer : Cécile, elle, ne croit pas à la « maladie » de la jeune fille.

En la prenant sous son aile, l’institutrice va changer sa vie et la faire sortir de sa bulle. Cela passe par l’apprentissage du français et la confiance en soi. Petite révolution pour les villageois, Cécile ne s’arrête pas là. Elle va tenir tête au curé, l’abbé Brissaud, qui la dénigre lors de ses offices : le problème étant que Cécile représente l’école laïque.

Ce roman, très simple, doux, sans rebondissement, est très agréable à lire. Mais surtout, il renseigne le lecteur sur la vie dans les campagnes au début du XXe siècle ; notamment, la séparation de l’Eglise et de l’Etat ainsi que l’apparition de l’école laïque dont les représentants sont perçus comme le diable. Un roman du terroir, certes, mais aussi un roman historique. Le personnage de Cécile montre au lecteur la difficulté d’être une femme seule à cette époque. Une femme seule et libre, qui lit des ouvrages interdits par l’Église mais qui n’est cependant pas athée : un duo qui semble impossible. Peut-on enseigner et prôner l’école laïque, l’école sans Dieu, et être toutefois croyante ? Difficile à faire admettre et Cécile devra se battre pour s’affirmer. Sa victoire, pense-t-elle, ne peut passer que par la réussite de Malvina au certificat d’études.

Un roman agréable et intelligent qui ravira les amoureux d’histoire et de littérature du terroir. Michel Peyramaure, réputé dans ce genre littéraire, fait passer beaucoup d’émotions dans son écriture. C’est ainsi qu’un sentiment de nostalgie pourra s’emparer du lecteur à de nombreux passages de cette lecture.

Marylin Millon

Michel Peyramaure L’orange de Noël, Pocket, décembre 1998, 318 pages, 4 €

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