En 2009, Michel Onfray a écrit Le crépuscule d’une idole, l’affabulation freudienne son livre qui a engendré une polémique sur la place réelle à accorder à Sigmund Freud dans le champ scientifique. Onfray, le professeur de philosophie, a pu démasquer le docteur viennois, non pour la première fois dans l’histoire de la pensée, mais enfin aux yeux de tous. Le grand public a découvert les analyses de Michel Onfray, l’intellectuel médiatique concernant le fondateur de la psychanalyse. D’autres hautes personnalités télévisuelles, à défaut d’être de réelles éminences, ont critiqué ce livre. Leurs raisons ? Elles sont ici explicitées.

D’abord, Michel Onfray mérite d’être remercié pour son travail de plus de 600 pages, résultat de la relecture de l’œuvre complète du Viennois et en particulier, pierre angulaire de son analyse, de celle de la correspondance entre Wilhem Fliess et Sigmund Freud, récemment publiée. Cependant, ces félicitations doivent s’accompagner d’une critique aussi juste que possible, qui se dégage de la « haine » qu’Elisabeth Roudinesco attribue à Michel Onfray. Gérard Miller, autre psychanalyste et personne de télévision, a reproché sur France 2 à Onfray d’être un « bourgeois » lui aussi tandis que, pour G.Miller, Sigmund Freud mériterait bien le panthéon puisqu’il aurait « écouté ses patients comme personne ne l’avait fait auparavant. »

Implicitement, Onfray fut accusé d’être d’extrême-droite et antisémite puisque Freud était israélite. Le philosophe normand s’en est agacé, retournant l’accusation de haine à ses contempteurs, les psychanalystes d’aujourd’hui. S’il s’agit là d’un point important de la réception médiatique de cet ouvrage, il convient de dire que l’essentiel n’est pas là. Pour éviter une critique stérile et haineuse comme celle que je mentionnais, il me paraît utile de mettre en rapport le commentaire acerbe d’Onfray avec un livre écrit il y a fort longtemps, Freud a menti, ouvrage du Dr Jean Gautier, fondateur de l’endocrino-psychologie. N’oublions pas que Freud était docteur en médecine et prétendait éclairer comme guérir des pathologies psychiatriques, hystériques.

Pour jeter les bases d’une telle approche comparative, mentionnons d’abord une constatation essentielle, ignorée par Freud comme par Michel Onfray : des violeurs ayant subi une castration physique (de leurs testicules donc) sont susceptibles de recommecner rapidement leurs méfaits après l’opération qui précédait leur remise en liberté. Parallèlement, les individus ayant subi une ablation de la thyroïde sont sujets à de grandes dépressions vitales et n’ont plus de stimulation sexuelle (sauf compensation par extraits naturels ou par médicaments de synthèse).

Sur l’occultisme

Michel Onfray évoque l’intérêt de Sigmund Freud pour d’obscures disciplines, infondées, estime le commentateur. Freud se serait passionné pour la numérologie, le spiritisme. Inutile sur ce point de convoquer le docteur Gautier. Quoi qu’il en soit, Onfray fait ,ici comme ailleurs, prévaloir ses conceptions personnelles. Si Freud s’est intéressé à l’occultisme, il n’est pas en cela un savant isolé. La « Society for psychological research » fut fondée par F.W.H Myers, docteur britannique qui fut observateur des faits cliniques fort frappants d’outre-Manche. Il était par ailleurs un précurseur de l’inconscient même s’il pensait à un noyau indestructible de la conscience survivant à la mort clinique. Cette société attira d’éminents individus de l’époque comme Charles Richet, prix Nobel de Physique 1905, Sir Arthur Conan Doyle ou des savants Allemands parmi lesquels…Carl-Gustav Jung ! Cette société de recherche incluait les faits spirites dans ses approches, ce qui suffit à prouver que l’intérêt du docteur viennois de la Berggasse n’était pas inédit.

Aussi, un autre précurseur de l’inconscient est lui mentionné par Onfray même si des éléments importants le concernant sont omis ; Théodore de Flournoy qui, à la fin du XIXe siècle, travaillait avec la médium Hélène Smith. Il figure lui aussi au rang des précurseurs oubliés de l’inconscient et fut d’ailleurs abondamment cité par Jung. Michel Onfray estime lui que Freud a hérité sa conception de l’inconscient de Schopenhauer et surtout de Nietzsche, dont le penseur normand se réclame. Ces quelques précisions ne remettent pas en cause toute l’analyse de l’auteur, à l’évidence. Soulignons toutefois que Michel Onfray souhaite au passage égratigner son adversaire de toujours, le Christianisme. Il assimile ainsi Sigmund Freud à un prêtre exorciste. Pour Michel Onfray, l’intérêt pour l’occultisme est un intérêt pour le vide puisque, à ses yeux, il équivaut à un intérêt pour le vide. À ce sujet, il convient de dire deux choses :

a) Onfray devrait se souvenir de la démonstration d’Emmanuel Kant dont il se réclame et de sa préface à la critique de la raison pure dans laquelle le penseur allemand prétend démontrer l’impossibilité de preuves de l’existence comme l’inexistence des choses ne relevant pas du monde des phénomènes (comme Dieu, « non-objet de jugement scientifique » selon Kant)
b) Nous savons l’intérêt de très hautes personnalités de l’Histoire pour les sociétés secrètes, les mystères, l’ésotérisme ; et ce notamment dans les civilisations anté-bibliques comme les Égyptiens, traditions pourtant valorisées par Onfray. Citons enfin François Mitterand qui disait avant sa mort « croire aux forces de l’esprit ». Certains n’en ont fait absolument pas mystère, justement.

Enfin, sans accepter a priori les catégories kantiennes, nous pourrions rétorquer à Michel Onfray qu’un grand scientifique (certes conservateur.. ) avait raconté les miracles qu’il avait observés à Lourdes. En 1903, en effet, Alexis Carrel, devenu prix Nobel de Médecine neuf ans plus tard, avait écrit un miracle à Lourdes. À Michel Onfray, qui reprend implicitement les anciennes analyses de David Hume sur les miracles, nous pourrions opposer la constatation de l’incorruptibilité des corps observée chez de nombreux sacerdotaux. Sur les antennes de télévision, le philosophe normand affirmait lui que la cure psychanalytique ne pouvait être efficace que par l’effet placebo (ce qui est d’ailleurs pertinent…) comparant illégitimement cette cure à celle de Lourdes.

Sur Auschwitz

Michel Onfray pensait se dédouaner des accusations d’antisémitisme en évoquant la dédicace à Mussolini par le fondateur de la psychanalyse. Par ailleurs, le commentateur souligne l’absence de critique de « l’austro-fascisme » du chancelier Dolfuss et du régime hitlérien tandis que S. Freud aurait été très sévère envers le bolchévisme. Michel Onfray en profite d’autre part pour détruire le mythe du « Freud de gauche » puisque le psychanalyste aurait été méprisant du peuple, carriériste. Onfray ne nous dit pas ,dans son livre, s’il faut in fine oui ou non critiquer le bolchévisme ; pourtant, Michel Onfray a dénoncé le « stalinisme » d’Elisabeth Roudinesco tandis que le penseur normand se revendique encore et toujours d’une gauche libertaire. Dans la réponse à Elisabeth Roudinesco, cette dernière ayant écrit « Pourquoi tant de haine ? » à l’encontre de M.Onfray, l’auteur se définit comme « goy terroir du bocage de Basse-Normandie ». Michel Onfray exècre pourtant l’extrême-droite et veut montrer que Freud était un « facho » ennemi de la liberté individuelle, sexuelle etc. Aussi, dans sa préface, le philosophe normand, en puisant dans ses souvenirs de jeunesse, invalide un vieux mécanisme pseudo-intellectuel qui consistait à dire que tous les adversaires de la psychanalyse l’étaient pour des raisons fort contestables : le « révisionnisme » écrit Onfray « fleurant bon le compagnonnage d’extrême-droite. » Freud n’aurait pas su prévoir Auschwitz alors qu’il aurait anticipé les Goulags staliniens.

Pour Michel Onfray, les choses étaient pourtant claires lorsqu’il écrivait son livre : Freud serait un rigoriste, conservateur et ennemi des révolutions libératrices, un sympathisant des dictatures de l’Axe, une personne hostile à la pratique religieuse juive et dont les analyses confinaient parfois à l’antisémitisme bien que le docteur viennois détestait l’antisémitisme contre lequel le père du psychanalyste n’aurait su se défendre. En même temps, Onfray soulignait les aspects communautaristes de Freud, ce dernier ayant souhaité la collaboration d’ « Aryens » pour apporter du crédit à la psychanalyse commençante. Si je comprends bien Michel Onfray, Sigmund Freud aurait été en même temps un prêtre chrétien tenté par l’exorcisme, un ecclésiastique castrateur et ami des totalitarismes politiques comme moraux et mentaux et aussi un Juif athée communautaire. Cette analyse est un peu curieuse et, nous espérons le montrer plus loin, paradoxale.

Dans ce passage, Michel Onfray propage beaucoup de ses propres conceptions et nous offre la cerise sur le gâteau : Freud aurait été un des prophètes et un des responsables d’Auschwitz, la déportation et la persécution de ces personnes constituant pour Onfray l’achèvement de la civilisation « christo-barbare ». Rappelons à Michel Onfray deux éléments :

a) l’existence d’une résistance aux totalitarismes au nom du Christ (la Rose Blanche par notamment) et l’extermination des chrétiens résistants comme Nicolas de Jitcha  déporté à Auschwitz puis sanctifié par les Orthodoxes.
b) la conversion du grand rabbin d’Italie de l’époque au christianisme par respect pour la résistance anti-hitlérienne du pape Pie XII. Curzio Malaparte voyait lui la Seconde Guerre mondiale comme « une immense chasse au Christ ».

Sur la physiologie

Michel Onfray le rappelle assez bien, Sigmund Freud n’a tenu compte d’aucune donnée physiologique, ce qui « ôte toute valeur scientifique à son œuvre » estime le docteur Gautier, expliquant ainsi l’intérêt exclusif pour la psychologie qui ne pouvait être que la conséquence de ce détachement. Pourtant, Freud était médecin de formation et Gautier estime qu’il a été proche d’une découverte concernant la cocaïne. De ce produit, Michel Onfray aime à écrire qu’il a été consommé longtemps et abondamment par le fondateur de la psychanalyse.
L’auteur du crépuscule d’une idole s’amuse à souligner les curieuses études de Freud, montrant de l’inconstance plutôt que d’éclectisme. Sigmund Freud a travaillé sur la sexualité des anguilles, sur la cocaïne donc, a pratiqué l’électrothérapie. Onfray raille au passage un tel intérêt pour l’électricité médicale sans avoir semble-t-il effectué de recherches précises à ce sujet. Certes, la thérapie par électrochocs est un des aspects les plus contestables de l’électricité à des fins thérapeutiques, mais il ne s’agit pas là de l’unique méthode, tant s’en faut. L’éminent Eugène Darsonval, inspiré par le célèbre Nicolas Tesla, a mis au point une technique portant son nom (la Darsonvalisation) tombée certes largement en désuétude aujourd’hui, mais que le docteur Gautier avait lui abondamment pratiqué à Bordeaux dans la clinique qu’il dirigeait alors que sa clientèle disait en tirer de grands bienfaits. L’électricité médicale est aujourd’hui encore utilisée hors de nos frontières même si l’officialité médicale française l’a délaissée.
Darsonval, électricien renommé (fondateur de l’actuelle grande école Supéléc), s’est intéressé tardivement aux glandes endocrines et a constaté en accord avec les observateurs médecins que celles-ci réagissaient particulièrement aux ondes électriques. Il s’agit là d’un autre tabou de Freud. Jean Gautier avait souligné que l’endocrinologie s’était développée lorsque Freud écrivait. À cette époque se pratiquaient les premières greffes. Or, Freud n’a tenu aucun compte des constatations sur les ablations thyroïdiennes par exemple et s’est par conséquent interdit de comprendre l’ensemble psychophysiologique de la personne humaine.
La diversité des études freudiennes, non arrimées à un axe directeur, montre le côté versatile et inconstant du personnage. Pourtant, Onfray aurait pu en tirer d’autres conclusions. De l’étude de la sexualité des animaux, Freud aurait pu procéder à une opposition rigoureuse entre la sexualité animale et la sexualité des humains. Les anguilles n’ont guère de sexualité dans la même acception que la sexualité humaine, elle est chez ces êtres destinée simplement à perpétuer l’espèce. Chez les animaux, on retrouve une sorte d’« instinct », mais qui ne peut être appliqué comme tel en propre à l’homme. Le rut correspond chez l’animal à une période où les autres fonctions corporelles passent au second plan. L’être humain peut lui agir sur sa sexualité, s’en rendre maître, mais aussi perdre son libre arbitre par un mésusage de celle-ci. Gautier fait de son côté remarquer que l’absence de conception claire a empêché Freud de caractériser de façon pertinente la sexualité, de même que l’ensemble de la personnalité humaine.

 Freud est-il libéral ou conservateur ?

Michel Onfray développe une critique à juste titre polémique, mais le fait à travers le prisme qui est le sien, celui de l’anti-christianisme rageur. Ses livres portent l’empreinte de ces sentiments, issus de son enfance nous explique-t-il dans la préface du crépuscule d’une idole puisque dans l’internat catholique où il a été éduqué, certains prêtres étaient « pédophiles » écrit-il, et espéraient dans les confessions obtenir les aveux d’onanisme. Il s’agit d’un vieil argument nietzschéen, ce que ne nous dit pas l’auteur (« le prêtre a besoin que l’homme pèche »). D’après Michel Onfray, Sigmund Freud aurait été le tenant des vieux obscurantismes de son époque, notamment concernant l’onanisme. Freud aurait manqué, nous explique M.Onfray, le grand dessein qui incombe aux grands savants, celui d’un progrès historique. En dédouanant la masturbation de tous les maux qu’on lui attribuait, il aurait enfin réussi quelque chose de bien et aurait pu réellement prétendre à un grand statut.

Pis encore, Sigmund Freud aurait osé lier homosexualité, masturbation et criminalité. Sans entrer dans ce débat de fond, bornons-nous à dire que les masturbations réciproques entre gens du même sexe peuvent être légitimement comprises comme des points de départ possibles de l’homosexualité. Michel Onfray nous fait croire, par ignorance ou malhonnêteté, que le Dr.Freud se situerait dans l’unique filiation d’un médecin du XVIIIe, Samuel Tissot. Il oublie ou feint d’ignorer que les docteurs Carrel, Rogues de Fursac, Surbled (le vice sexuel) ,Lamert et Retau (préservation sexuelle). Ces individus avaient tous remarqué que les malades mentaux étaient des masturbateurs, mais la plupart d’entre eux pensaient que le vice solitaire était précédé par la maladie mentale :Le docteur Jean Gautier partage les scepticismes de ses collègues, mais estime que c’est bien la masturbation qui est un point de départ des démences. Freud avait de bonnes raisons de s’interroger de temps à autre sur cette pratique condamnée par les institutions religieuses, par les savants depuis la nuit des temps. Les sportifs également ont remarqué la grande déperdition physique engendrée par cette pratique. Les éleveurs de chevaux également placent une plaque de fer incrustée de points de fer sur le ventre de l’animal pour ne pas que ce dernier tombe, disent-ils, dans la débilité. Michel Onfray avait lui parlé de « pratique inoffensive » et estime même que la masturbation n’a pas à être méprisée puisqu’elle ferait intervenir des représentations sexuelles élaborées.

Le philosophe normand donne ici le bâton pour se faire battre car ce sont précisément ces scenarii forgés par les individus qui sollicitent à outrance la thyroïde des individus. Jean Gautier est précis sur ce point : « L’image verbale participant à la jouissance sexuelle, qui est un complexe physique, physiologique et intellectuel, perd dans la masturbation toute sa partie émotionnelle et sentimentale, autrement dit la thyroïde agit sur les organes sexuels et le cerveau fort peu sur les organes végétatifs et l’ensemble endocrinien. »(Révélations sur la sexualité, p.239) Michel Onfray a donc tort de valoriser cette pratique et tort également de croire que Sigmund Freud en était un radical contempteur puisqu’Onfray lui-même cite des passages où Freud reconnaît bon gré mal gré des bienfaits à l’onanisme. D’autre part, les psychanalystes freudiens Allendy et Laforgue avaient argumenté contre un médecin adversaire de la masturbation, Rogues de Fursac afin que ce dernier minimise ses conclusions sur l’onanisme.

Jean Gautier résume la position variable et paradoxale des freudiens sur cette question : « Freud et les psychanalystes prétendent qu’ils luttent contre cette mauvaise habitude. Bien entendu chez leurs malades, parce qu’ils savent bien que cette forme anormale de la jouissance les empêchera de guérir. Mais à ceux qu’ils ne soignent pas, ils préconisent toutes les libertés sexuelles » (Freud a menti,p.286)

*

Michel Onfray soulève des points importants que nous n’avons pas l’occasion de développer ici. Par l’étude des lettres de S.Freud, Onfray est parvenu à démontrer l’inanité du « complexe d’Œdipe », concept dont l’universalité fut acceptée par presque tous les intellectuels ou prétendus tels du vingtième siècle. Le professeur normand évoque aussi l’absence de caractérisation précise de l’inconscient, ce qui est juste, mais Onfray aurait pu faire remarquer l’absence de stimulation sexuelle des gens qui ont perdu conscience (les comateux, les somnambuliques). Michel Onfray complète, pourrait-on dire, la critique de Jean Gautier dans Freud a menti même si les deux critiques divergent en de nombreux aspects. Si Michel Onfray souhaite voir rétablies des hypothèses fiables formulées à la lumière des études endocriniennes, celles de Freud ayant été écartées par lui également, il pourra lire cet ouvrage, Freud a menti.

Ainsi, peut-être Onfray ne verrait pas en Freud un chantre de la « révolution conservatrice », mais bien un destructeur des institutions humaines et divines, qui a animalisé l’homme comme la femme, qui a vu dans l’enfant un pervers multiforme. Car enfin, Michel Onfray démontre longuement en quoi l’auteur de Totem et Tabou est du côté du Mal (Orgueil, Jalousie, Perversité, Toxicomanie…), mais ne prononce pas les mots qui lui font horreur et qu’il reproche au Viennois d’avoir employé (les « déviances », « maladies mentales »). L’auteur du crépuscule d’une idole souhaite voir enfin se dessiner une « révolution sexuelle » dont il nous dit peu de choses, si ce n’est que Freud n’en est que le père apparent et le contempteur secret. On sait aussi que l’incitation à la masturbation ou du moins le blanchissement moral de cette pratique serait une pierre angulaire de cette « révolution sexuelle ».

Force est de constater que cette pratique qu’évoque souvent le penseur normand est largement démocratisée. Onfray a sans doute raison d’en faire une question importante, mais il est, d’après les travaux du docteur Gautier, entièrement dans l’erreur. De son côté, Jean Gautier préconise une lutte contre les instigations sexuelles systématiques et un refoulement, mais cette fois pris au sens précisément non-freudien car la continence sexuelle apporte un surplus énergétique et « influence positivement l’encéphale » (Freud a menti). Les professeurs chinois ne sont pas chrétiens, mais ils déconseillent pourtant ouvertement à leurs élèves de se livrer à cette pratique solitaire plus d’une fois par semaine.

Remarquons que Jack Lang aussi appelait à une révolution sexuelle dans le magazine Gay Pied en 1991 : « La sexualité puérile est un continent interdit du XXe siècle. Aux découvreurs du XXIe siècle d’en aborder les rivages. »  Souhaitez-vous une telle révolution sexuelle, Michel Onfray ? Vous qui feignez de croire dans la préface de votre livre que les sacerdotaux catholiques sont les seuls pédophiles potentiels…

 Mathieu Gougay

3 Commentaires

  1. Sur la partie « auschwitz » du récit, je voudrais souligner, comme j’aurai l’occasion d’en parler prochainement pour un autre ouvrage, l’importance de la pensée Eugénique des années 20-30 et qui n’ont pas grand chose à voir avec Freud. En effet, ce sont par les pays anglo-saxons que ce mouvement eugénique a progressé avant de trouver une résonnance en France, en Allemagne,….avec des conséquences que l’on connaît.
    Une des illustrations de l’eugénisme de l’époque est lisible par exemple dans Meilleur des Mondes d’Huxley, sortie en 1931, et dont le frère en était un farouche partisan.

    • La théorie freudienne repose esentiellement sur le souvenir qu’avait Freud d’avoir à l’âge de 4 ans éprouvé une exitation sexuelle à voir sa mère dévétue, c’est-à-dire sur bien peu de chose, pour ne pas dire sur du vent. Il vaudrait mieux appeler le complexe d’Oedipe « le complexe de Freud » (voir la définition qu’en donne lui-même Freud en 1938 dans son « Abrégé de psychanalyse »). Franck Sulloway commet une erreur à la fin de son savant ouvrage parce qu’il croit pouvoir dire que Freud a malgré ses erreurs et sa mauvaise foi découvert le « complexe universel » d’Oedipe. Ce complexe était propre à Freud, à sa condition d’enfant né d’inceste, à son « équation personnelle » en racine de moins 1, une équation qu’il n’aurait pas su résoudre, disait Jacques Lacan. Les psychanalystes freudiens (les lacaniens font exception) sont tenus pour tenir pour réelle et incontournable l’existence du complexe d’Oedipe (dixit Alain de Mijolla). A suivre ce que dit Elisabeth Loftus des souvenirs induits par la psychanalyse, on peut, et même on doit contester la fidèlité du très lointain et très incertain souvenir de Freud (il s’agit de la fabrication d’une colle faite pour que tienne sa théorie du refoulement de la sexuelité infantile – voir le site-Web « L’affaire Freud »). Mais à partir du moment où l’on admet qu’il correspond à la réalité, il convient de s’interroger sur la personnalité d’Amalia Nathansohn, la jeune mère de Freud. N’aurait-elle pas de façon perverse cherché à séduire (à exiter sexuellement) son fils après qu’elle-même a été séduite et excitée par son père, et a eu des relations sexuelles avec lui (consenties ou non – quoique que la psychanalyste Françoise Dolto ait prétendu qu’elles étaient consenties quand elles avaient lieu) jusqu’à en obtenir réellement un enfant. C’est ce que, fine mouche, la psychanalyste Gabrielle Rubin laisse entendre dans son exégèse intitulée « Le roman familial de Freud », inspiré des solides recherches de la sociologue Marianne Krüll (« Freud fils de Jacob ») et de Marie Balmary (« L’homme aux statues, la faute cachée du père » ) menées dans les années 1970 ? Le Dr. Gérard Lopez, psychiatre et fondateur d’un Institut de Victimologie, dans son livre « Enfants violés, enfants violentés, le scandale oublié » (Dunod 2013) commet presque la même erreur que Sulloway page 58 de son livre, quand il confond le complexe d’Oedipe avec le « tabou de l’inceste », mais cette conclusion est en soi « psychanalytiquement » significative. Le Dr. Lopez ne tarit pourtant pas d’éloge sur l’ouvrage de la psychanalyste Marie Balmary, qui à propos de ce complexe parle de « parabole », pour ne pas avoir à parler de « fantasmes ».
      Le directeur de thèse de Marie Balmary, le Dr. Jean Laplanche , lui avait refusé l’onction psychanalytique, au prétexte qu’elle avait dans sa fait œuvre de « sociologue », et non pas de psychanalysterecherche (« L’homme aux statues » est la publication en 1979 de son Mémoire refusé).
      Le gros livre de Franck J. Sulloway « Freud, biologiste de l’esprit » (Fayard 1979) est trop peu souvent connu en France alors qu’il apporte des informations essentielles à connaître sur la personnalité de Freud, qui se disait hystérique alors qu’il était surtout un mégalomane paranoïaque.
      Mais on sait que l’hystérie est dans sa causalité et dans ses aspects cliniques voisine de la paranoïa. Adolf Hitler (Adolfus, dans la biographie de Joachim Fest), est un des meilleurs exemples, qui fut diagnostiqué « hystérique » par le psychiatre Edmund Forster lors de son hospitalisation à l’hôpital de Pasewalk en novembre 1918. Freud avait comme Adolfus Hilter supprimé deux lettres à son prénom. Il prénommait en réalité Sigismund.
      Jacques Lacan avait compris que la famille Freud était, comme la sienne, une famille « yau de poêle » (Cf. Elisabeth Roudinesco, 1994 et Gabrielle Rubin). Freud serait ainsi le fils de son grand-père maternelle, d’où la « pertinence » de ses théorisations par rapport à lui-même et par rapport à son ex-patient secret (A.H.), sa problématique se situant elleaussi en « racine carrée de moins un », comme le professait Jacques Lacan (Cf. ses séminaires, notamment son commentaire sur « la lettre volée »). Sigismund F. avait donné des conseils à Adolfus H., des conseils qui se sont révélés aussi dangereux qu’inopérants, mais qui rendent compte non seulement de certains aspects de ses spéculations théoriques (l’invention du « roman familial du névrosé » paru seulement en 1909, c’est-à-dire après qu’il a eu A.H. comme patient et compte tenu de ce que A.H. lui avait raconté, qui l’avait plus tard – après que son ex-patient est devenu le führer autrichien des l’Allemands – conduit à écrire son « Moïse et le monothéisme » (Moïse égyptien conduisant des Hébreux) , mais aussi pourquoi Adolfus H. avait fait preuve de bravoure et risqué sa vie en s’engageant dans l’armée allemande en 1914 pour se montrer « digne » de se faire reconnaître par sa « prestigieuse famille originaire ». Il s’en été dit et s’en croyait, à bon droit semble-t-il, issu (d’où son prénom, initialement Adolfus, comme celui de Freud, amputé de deux lettres trop signifiantes – lire Joachim Fest et Ron Rosenbaum). C’est probablement ce qui a fait que Claude Lanzman ne tient pas à ce que cela puisse se savoir. Contrairement à George Steiner, Claude Lanzman interdit toute essai compréhension psychologique du personnage, sur ce qui a motivé le renversement de ses sentiments vis à vis de sa famille originaire « en racine carré de moins un » (lire aussi le « Hitler » de François Delpla, Grasset, décembre 1999, préfacé par Alexandre Adler). Quoiqu’il en soit Freud avait à l’encontre des « malades mentaux » les conceptions d’A..H.. Il confessait en privé que les malades l’insupportaient, qu’ils n’étaient que de « racaille », du « matériel » ne servant qu’à ses recherches à le faire vivre. Que le mieux serait d’en faire des cargaisons pour les couler. Freud et A.H. étaient non seulement proches spirituellement, via leur commune lecture de Schopenhauer et de Gustave Le Bon, mais aussi géographiquement, via leur commune villégiature à Berchtesgaden. Mêmes causes mêmes effets ? Je n’irais pas jusque là : la stérilisation des « malades mentaux » étaient à la mode, pratiquée en Suède dans les années 1930 !

  2. Correction d’une erreur : Freud aurait eu 2 ans et non quatre quand il a vu sa mère « nudam » dans le train qui l’a ramenait de Leipzig à Vienne.

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