La fête des Mères, puis celle des Pères, approche. À cette occasion, les Presses du Châtelet publient deux petits manuels destinés aux parents du XIXe siècle. Les parents d’aujourd’hui pourront en faire leur délice…

Blanche StaffePetit aparté : on se demande d’ailleurs bien pourquoi j’ai choisi de lire ces deux recueils… Ne suis-je pas déjà une mère parfaite, ou presque ? Mes chers petits, qui ont vu les livres traîner sur mon bureau, ont commenté : « ah tu veux prendre des cours pour t’améliorer ? (ado numéro 1) », « Eh bien dis donc, ils ont l’air petits, ces livres, pour tout apprendre (ado numéro 2) » et « Ah maman d’amour, tu es déjà parfaite ! (petit dernier toujours amoureux de sa maman, et qui voulait la permission de jouer sur l’ordinateur…) »…

Bref, même si, cher lecteur et chère lectrice, vous vous sentez exemplaire et parfait(e), vous pouvez malgré tout vous plonger dans ces petits ouvrages, car il y a quelques conseils à glaner… Et en tout cas matière à s’amuser, car ces deux recueils écrits au début du XXe siècle par la Baronne Staffe, « papesse du savoir-vivre », sont à croquer. Tout jolis déjà, avec leur petit format et leur couverture rouge, et surtout délicieusement désuets… un régal !  Ils sont, cela va sans dire, à lire avec un peu de recul, puisque la condition des femmes de nos jours n’a plus grand-chose de comparable à celle de l’époque…

Amusons-nous tout d’abord du fait que la Baronne (qui était Baronne comme vous et moi, elle s’appelait en fait Blanche Soyer et était issue d’un milieu tout à fait quelconque) n’avait pas d’enfants, ce qui semble être un comble quand on écrit des livres sur le fait d’être parent ! Mais elle a des tas d’idées sur l’éducation de nos chères têtes blondes… On évite ainsi d’emmener en visite de jeunes enfants qui dérangent par leurs bruits et leurs jeux, et peuvent de plus casser le mobilier, abîmer les marqueteries ou les tapisseries anciennes. Le jeune enfant se doit d’être discret, bien éduqué par sa mère, et maintenu dans un état calme par la mère ou la nurse… Plus tard, les filles « chics », c’est-à-dire les jeunes filles bien élevées, doivent apprendre à manier l’aiguille (pour s’occuper avec des ouvrages décoratifs, car une femme ne doit jamais être désœuvrée), ainsi que connaître « les soins du ménage », ce qu’il faut décrypter par : savoir donner des ordres au personnel de maison ! Elles doivent en tout cas rester discrètes et ne pas trop connaître du monde avant d’y faire leur entrée, de craindre d’altérer leur fraîcheur et leur innocence. Les garçons, eux prendront l’air autant que possible, pour s’aguerrir par des jeux masculins…

Le lecteur ne peut s’empêcher de sourire à tant de préceptes obsolètes, mais il sera cependant surpris en bien, car la Baronne Staffe était malgré tout étonnement moderne pour son époque : elle prône une éducation intelligente, demande à ce que les mères allaitent leur enfant (impensable à l’époque dans les milieux bourgeois), supplie de ne pas enfermer les enfants pour les punir ni de les effrayer avec de stupides histoires de croque-mitaine… Comble du modernisme, et là, la Baronne pourrait presque être taxée de féministe avant l’heure, elle prône également l’égalité des sexes, ou presque, dans l’éducation des enfants, et même au sein du couple. Car même si l’épouse est soumise à son mari, son bien-être et ses désirs, on parle ici d’échanges d’idées au sujet des enfants. De plus, l’éducation a fortement évolué, elle devient intelligente, mêlant : « tendresse et vigilance, douceur et fermeté, patience et indulgence pour tout ce qui n’est que bévues enfantines et ardeur juvénile » (on notera que bien malheureusement, vigilance et fermeté ont été abandonnées depuis par de nombreux parents, avec les conséquences que l’on sait).

Le père parfait doit de son côté savoir faire une demande en mariage en bonne et due forme, et avant se comporter correctement pendant les fiançailles en respectant sa future épouse. On apprend plus dans cet ouvrage sur les détails techniques du mariage que sur le rôle du père : dot, bonne ou mauvaise manière de traiter son épouse, ou – horreur à l’époque – divorce. Mais la Baronne conclut heureusement par « Les pères d’autrefois étaient surtout craints et redoutés. Les cœurs s’étant adoucis, le père moderne a voulu être aimé et il a bien fait. »

Bref, voici une lecture très rafraîchissante. Un joli cadeau à faire aux mamans et aux papas !

Pour être une mère parfaite, Baronne Blanche Staffe (2 mai 2013), Presses du Châtelet, 96 pages, 7,50€ – Pour être un père parfait, sortie 5 juin 2013

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