Un chat capable de se transformer en homme, qui  traverse les siècles et l’histoire, et tout cela dans le seul but d’obéir à sa maîtresse, la déesse Aphrodite !  Ces MéChatmorphoses pourraient furieusement ressembler à un conte de Perrault ou d’Andersen. Même si la filiation n’est pas douteuse, c’est pourtant à la plume de Tami Troman et de Héloïse Gaillard que nous devons cette rafraîchissante adaptation de contes de notre enfance.

mechamorphoses

A Rennes, il n’est pas si rare de voir l’opéra investi par les enfants et c’est réellement ce qui s’est à nouveau passé, le samedi 14 avril. L’horaire de la séance, 18h, permettait cette petite sortie vespérale et les tètes blondes ne s’en sont pas privées. Il faut dire que cette création de l’ensemble Amarillis leur est destinée et c’était pour beaucoup d’entre eux, l’occasion de découvrir les fauteuils au velours cramoisi, les dorures des stucs et cette particulière ambiance de cathédrale qui s’installe, lorsque les appliques de bronze renoncent à la lumière.

Charmant mélange d’excitation et de gravité, les yeux brillaient de plaisir dans la pénombre à l’entrée de nos quatre musiciennes.Le quatuor formé par Héloïse Gaillard à la flûte à bec et au hautbois baroque, Marie Van Rhijn, au clavecin, Marie Rouquié au violon, et enfin Annabelle Luis au violoncelle, a été le plus grand sujet de satisfaction de cette soirée. De François Couperin à Marin Marais, sans oublier les noms prestigieux de Marc-Antoine Charpentier, Jean-Baptiste Lully, André Campra ou Louis-Nicolas Clérambault, tout fut exécuté avec sérieux, talent et, ce qui sied bien à cet ensemble aussi jeune que féminin, une touche de subtilité du plus parfait aloi. Rapidement le spectacle est pris en main par un chat virevoltant sur scène avec sa patinette au plus grand plaisir des enfants présents.

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A la question « voulez vous que je vous raconte des histoires ? », c’est d’un élan commun que surgit des baignoires et des balcons un unanime « oui ». C’est plutôt bon signe et dans un spectacle pour enfants la qualité des interactions se mettant en place entre un ou plusieurs personnages et un jeune public, est synonyme d’intérêt. Dans le rôle du chat, le comédien Jean-Paul Mura n’économise pas ses efforts, il fera preuve de bout en bout d’une inépuisable énergie.Son bonnet noir aux oreilles en pointes, ses lunettes de soleil comme ses «santiags» rouge vif, tout est bon dans les jeunes imaginations, à faire de lui un chat, aux bottes de sept lieues, des plus acceptables.

Le félin donne plusieurs fois la réplique au baryton Benoit Arnould, qui vient chanter des airs aux sonorités clairement baroques et nous donne de ceux-ci une agréable interprétation.Notre chat pour les besoins de la déesse de l’amour devient tour à tour Sancho Panza, le dévoué serviteur de l’émouvant Don Quichotte de la Manche, il enfile ensuite la livrée de Sganarelle, l’infortuné serviteur de Don Juan, que nous connaissons mieux à l’opéra sous les noms de « Don Giovanni et Leporello», mais qu’importe. Il nous conte enfin l’histoire de l’infortuné Pygmalion, amoureux de la statue qu’il a sculptée, s’étiolant de tristesse comme mourut  Narcisse, amoureux de sa propre image.

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Un personnage désincarné tient un rôle tout à fait important dans ce spectacle, et c’est la lumière, à la présence presque palpable, qui insuffle une véritable vie. Il est juste de rendre hommage à Nathalie Perrier et à son excellent travail puisqu’elle installe cette lumière comme un véritable protagoniste qui répond avec sagesse aux objurgations d’un chat un  peu magicien.

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La seule remarque, largement partagée avec Tami Troman lors d’une rencontre après le spectacle est peut être celle d’un léger problème d’identité de cette création. Clairement destiné aux enfants au début, le spectacle, lors de son déroulement, se dirige un peu plus vers les adultes et de ce fait, le contact avec le jeune public s’en trouve rompu. La meilleure façon de vérifier cette impression fut donc d’interroger des enfants à l’issue de la représentation. Pour Alix, fan d’opéra de 6 à 7 ans et habituée des couloirs de cette vénérable maison….tout est « trop bien ». Bon, sans commentaire.

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Pour Alban, 10 ans, venu un peu à reculons avec sa sœur aînée Bleuenn, le début lui a beaucoup plu, mais il confesse s’être peu à peu détaché, allant jusqu’à s’ennuyer un peu à la fin. Même remarque pour les deux, ils ont connu quelques difficultés à comprendre ce que disait le chanteur Benoît Arnould, dont la diction ne prête pourtant pas le flanc à la critique. Mais cela, c’est un point de vue d’adulte et les enfants, venus écouter de belles histoires, exigent de n’en rien perdre. Si l’on excepte ce léger décrochage, le spectacle est dynamique, coloré et plein d’une juvénile énergie.

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En conclusion, le point essentiel, la musique, portée par l’excellent quatuor Amarillis et Héloïse Gaillard est digne des louanges les plus sincères et les plus méritées, et puis, ne faut-il pas s’incliner devant celles et ceux qui sont capables d’emplir un opéra d’enfants de 5 à 15 ans… A méditer !

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