Invité en résidence par le Centre d’Art et de Recherche GwinZegal/Guingamp en 2011, Mathieu Pernot présente pour la première fois au Frac Bretagne de Rennes le fruit de son travail initié en Bretagne du 14 septembre au 24 novembre 2013. Ligne de mire est composée de douze photographies et d’une vidéo, réalisées autour des blockhaus de la seconde guerre mondiale qui parsèment les côtes normandes et bretonnes. Partant de cette architecture de défense militaire, l’artiste mène à la fois une réflexion sur la nature du paysage observable à travers les fenêtres de tir et une expérimentation du procédé à l’origine de la photographie, la camera obscura. Entretien avec Mathieu Pernot.

 U.D. – Moholy-Nagy pensait que « dans cet enchaînement de toutes les parties séparées, mais inséparables, la série photographique peut devenir à la fois l’arme la plus forte et le poème le plus tendre ». Pourquoi avoir choisi ce titre guerrier « Ligne de mire » pour cette exposition ?

Mathieu Pernot
Mathieu Pernot

M.P. La ligne de mire définit une ligne imaginaire allant de l’œil à la visée d’une arme. Dans mon travail, elle est à la fois un écho à l’usage du bunker et sa fonction militaire ainsi qu’à la ligne d’horizon des  paysages du littoral. Le Bunker est un dispositif optique, un œil orienté vers la mer. D’une certaine façon, j’ai fait rentrer la ligne d’horizon dans la ligne de mire de l’image.

 U.D. – Vous tracez une ligne imaginaire esthétique entre le Temps de l’Histoire – ici, le blockhaus – et le temps de la prise de vue du geste photographique qui est, pour sa part, très court. Pour reprendre Roland Barthes, vous semblez dire au spectateur « voyez », « vois », « voici ». Mais que pointez-vous du doigt ?

N.P. – Je voulais montrer sur une même photographie une double couche de représentation. Celle de l’espace contraint et fermé du bunker et celle d’un paysage de bord de mer se projetant sur le mur qui en devient le support. C’est un point de vue sur le territoire traversé par le temps. Nous voyons le même paysage que pouvaient voir les soldats allemands 70 ans auparavant, mais ce qui constituait pendant la guerre un possible espace de conflits est devenu un lieu de loisir et de tourisme aujourd’hui.

 U.D. –  Vous détruisez l’entrée d’un blockhaus à coup de masse afin d’y faire pénétrer votre matériel et transformer cet endroit en camera obscura. Souhaitez-vous donner une forme nouvelle à l’Histoire ou/et niez-vous la réalité du blockhaus comme héritage patrimonial ?

M.-P. – Je me suis servi des bunkers comme d’un médium pour fabriquer une représentation. Ils constituaient une forme d’œil à l’intérieur duquel je rentrais pour observer l’image qui s’y formait.

U.D. – À l’ère du numérique, que pensez vous d’un perceptible retour chez plusieurs d’artistes à la technique pluriséculaire du sténopé ?

M.P. – Je ne sais pas s’il y a un retour à la technique du sténopé chez d’autres artistes. En ce qui me concerne, je souhaitais revenir à une forme de préhistoire de l’image. Fabriquer moi-même le dispositif de vision, retrouver l’émerveillement premier et la dimension magique de l’apparition d’une l’image.

U.D. –  Vous êtes né à Fréjus, vous travaillez à Paris, vous avez été résident au centre d’art Gwin Zegal à Guingamp et vous exposez cette série au Frac Bretagne. Quel a été l’impact de cette région sur votre travail ?

M.P. – Ce travail est peut-être le plus autobiographique que je n’ai jamais réalisé. Lorsque le centre d’art GwinZegal m’a proposé de réaliser un projet en Bretagne, je ne voyais pas trop ce que je pouvais faire. Je connais bien cette région dont je suis en partie originaire et où je passe mes vacances depuis que je suis enfant. Pour autant, la Bretagne n’a jamais constitué une « matière » pour mon travail et je ne voyais guère quel type de projet je pouvais réaliser. Et puis, je me suis souvenu des bunkers qui se trouvaient sur la plage où j’allais me baigner enfant à Morieux. Les paysages inversés qui apparaissent à l’intérieur me sont familiers, ils sont comme un souvenir lointain dont l’image me revient en mémoire.

Entretien réalisé par Nathalie Morice

Ligne de Mire de Mathieu Pernot
14 septembre – 24 novembre 2013
Frac Bretagne
Adresse : 19 Avenue André Mussat, 35011 Rennes cedex

Téléphone : 02 99 37 37 93
Horaires d’ouverture : Horaires du dimanche De 12:00 à 19:00

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