Barthes, une puissance intellectuelle radicale, puissante et brillante. Une façon de porter son lecteur dans un monde conjuguant réalisme et recherche de la perfection. La biographie d’un tel homme ne pouvait laisser de place ni au hasard ni à la médiocrité. Pari tenu. Marie Gil est allée au terme de cette aventure humaine et offre à un large public d’en connaitre un peu plus sur ce sémillant sémiologue et intellectuel.

 

La présentation chronologique s’opère logiquement : enfance,  études, envolée vers le raffinement intellectuel, enseignement au Collège de France et… la terrible fin. Au sein des chapitres, l’évocation des œuvres est bien menée, parfois d’une manière inédite.

C’est d’ailleurs au final davantage la cohérence d’une œuvre que d’une vie dont Marie Gil se fait la chantre. Comme pour montrer que l’essentiel ne repose pas dans l’homme mais dans sa production remarquable, voire…démente.

Bien entendu, le portrait d’un homme se brosse aussi à travers les personnages qui ont traversé sa vie. L’auteure convoque ainsi des témoins, des contradicteurs, des fans, des regards neutres pour raconter autrement le personnage. Une approche humaine qui vient heureusement équilibrer la lecture de Gil.

Une biographie brillante, mais intellectualisante. Elle réjouira en premier lieu les connaisseurs avertis.

« Roland Barthes », « Au lieu de la vie » : la conciliation de ces deux paradigmes donne forme à cette biographie. « Roland Barthes » : c’est une figure d’exception parmi les intellectuels français du XXe siècle, tant par son caractère marginal et la qualité inclassable de son oeuvre, que par le succès paradoxal de sa pensée et de son écriture – celles-ci sont parfois mal comprises ou critiquées, ailleurs vénérées, mais toujours au centre, aujourd’hui encore, du « monde des lettres ». Barthes n’a cessé d’aller de l’avant, de chercher du nouveau au sein même des avant-gardes. Figure éclectique s’il en est, mais mue à chaque étape de sa vie par la passion du « neutre », de l’indifférenciation, le maintien de deux postulations opposées. Quel est donc le texte qu’écrit cette vie complexe et mouvante, tendue vers l’avenir et immobile dans son oscillation dualiste, souvent assimilée à l’oeuvre qui s’est constituée en son lieu… au lieu de la vie ? Car « au lieu de la vie », il y a un texte : le texte que dessine la vie de Barthes. Le texte que dessine toute vie : un commencement, un milieu et une fin fondée sur un retournement. Une structure tragique, chez Barthes, qui fonctionne sur un mécanisme de compensation du manque, matrice aussi bien de la formation des actes que de l’écriture. Il a fallu mettre à distance l’apparent, le saillant, pour trouver le secret de ce texte, mettre au jour son mouvement, en faire un système formel. Il a fallu poser sur le même plan l’écriture et le factuel, cette écriture que l’écrivain place « au lieu de la vie », dont il fait la matière même. Il n’y a pas la vie d’un côté, l’écriture de l’autre, mais il y a la seule biographie.

 

Roland Barthes, Au lieu de la vie, Marie Gil, Flammarion,  janvier 2012, 561 p., 27€

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