Juin 1950, Washington. Accusée d’assassinat et d’espionnage, Maria Apron risque la chaise électrique. Pour se défendre, elle n’a que sa beauté et ses souvenirs. Telle Schéhérazade, elle va raconter son histoire pour sauver sa tête. Maria Apron, de son vrai nom Marina Andreïeva Gousseïev, commence par une révélation fracassante : en octobre 1932, étoile montante du théâtre moscovite, elle se laisse séduire par Staline. Mais, ce soir-là, l’épouse du tyran se suicide, et Staline veut effacer tous les témoins. La vie pleine de promesses de Maria se mue en une fuite éperdue. Réfugiée au Birobidjan, le petit pays juif créé par Staline en Sibérie, Marina découvre l’incroyable vitalité du répertoire yiddish. Elle renoue avec le travail d’actrice, oublie la folie stalinienne et devient juive parmi les Juifs, alors que les nazis les massacrent partout en Occident. Puis elle tombe amoureuse. Il s’appelle Michael, il est médecin et américain. Marina croit enfin au bonheur. Mais qui peut échapper au maître du Kremlin ? Michael, accusé d’espionnage, est condamné au Goulag. Pour le tirer du camp où il doit mourir, Marina brave l’enfer sibérien.

Depuis fin janvier 2012, le dernier né de Marek Halter, L’inconnue de Birobidjan, trône dans les librairies. Cet auteur connu et reconnu, écrivain du judaïsme, est attendu à chaque parution.
Je découvre son écriture pour la troisième fois. Et pour la troisième fois, c’est un bonheur de se laisser porter par son talent de conteur.

Dans ce livre, Marek Halter nous entraîne dans deux univers. Le premier est l’URSS de Staline, de 1932 à 1945, en plein conflit mondial ; le second est le Washington des années 1950. Au sortir de la guerre, un autre affrontement débute : la Guerre Froide, entre les États-Unis et l’URSS.
Maria Apron, alias Marina Andreïeva Gousseïev, comparaît devant la Commission de l’HUAC (commission des activités anti-américaine) : elle est accusée d’espionnage et d’assassinat sur la personne de Michael Apron, espion à la solde de l’OSS (future CIA). Nous sommes en juin 1950 ; c’est l’époque de la loi sur la sécurité intérieure aux États-Unis et de nombreux acteurs hollywoodiens sont entendus. Sur fond de politique américaine, les procureurs et attorneys dirigeants la Commission ne souhaitent pas connaître la vérité. Ils veulent condamner. Marina le comprend et n’a d’autre arme que de raconter son histoire, depuis sa soirée avec Staline en 1932 jusqu’à son arrestation en 1943 avec Michael, en passant par son arrivée fortuite au Birobidjan.
Dans le huis clos du « procès », un homme va la croire. C’est un journaliste, il est juif, il s’appelle Al Kœnigsman. Dès le premier jour, il va s’attacher à cette condamnée et n’aura de cesse de vouloir l’innocenter.

Une histoire prenante, où le contexte historique est parfaitement maîtrisé et conté par l’auteur. Une écriture fluide, où chaque mot a sa place. La narration choisie est la suivante : le roman alterne les dialogues et interactions de la Commission en 1950 sous forme de procès et l’histoire de Marina, tels des flash-back. C’est astucieux et tout à fait pertinent. Le lecteur peut se faire sa propre opinion sur Marina, tout en se demandant si elle ment ou si tout cela lui est réellement arrivé.

Marina est un personnage charismatique auquel on s’attache très facilement. Sa vie reflète différents aspects de la Seconde Guerre mondiale : exclusion des juifs, Goulag, totalitarisme de Staline, réseau d’espionnage américain et russe, Guerre froide, suspicion. Cette femme, contrainte d’immigrer dans le premier état juif, le Birobidjan, va devoir jouer de son talent d’actrice pour devenir juive. Étonnamment pour elle, la sympathie et l’accueil chaleureux qui lui seront réservés là-bas faciliteront cet exil forcé. Elle va ainsi découvrir une culture et une langue, le yiddish. Puis l’amour aussi.
Le second personnage est Al, ce journaliste américain juif. Un homme avide de justice et partisan de la « Russe » malgré tous les éléments que l’on veut utiliser contre elle. Se fiant à son intuition, sa vie va être bouleversée durant les quatre jours de l’audience. Il est ambitieux, généreux, avec un brin d’inconscience.
Ces deux personnages sont les seuls que l’auteur à inventer. En fin d’ouvrage, une des annexes nous indique tous les personnages réels, que le roman met en scène. Une attention de Marek Halter que j’ai beaucoup apprécié.

Grâce à ce livre, j’ai découvert l’existence du Birobidjan, créé en 1928 par Staline. Situé en pleine Sibérie, il était destiné à être une terre d’accueil pour les Juifs. La vie dans ce petit état permet à l’auteur de nous conter son amour pour sa culture, le judaïsme. Avec cette belle histoire vraisemblable et une connaissance poussée de la géopolitique de cette époque, Marek Halter nous prouve à la fois son talent de raconteur d’histoire, mais aussi de véritable historien.
Une lecture vivement conseillée.

Marylin Millon

Marek Halter L’inconnue de Birobidjan, Robert Laffont (26 janvier 2012), 435 pages, 21,50€]

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