Oh les beaux jours résonne dans le paysage théâtral comme une pièce détonante. Détonante donc novatrice. Par sa forme, mais aussi et surtout par son fond. Au lever du rideau, Winnie apparaît, à moitié enfoncée dans un gros mamelon, déblatérant un magma de paroles à son avis importantes. Et, rapidement, quelque chose s’étiole. Le spectateur ne sait quoi. Si ce n’est que cette pièce incarne le questionnement, le détournement insoluble des choses de la vie.

Catherine Frot, théâtre, Winnie,mamelon,  Marc Paquien, Oh les beaux jours, Samuel Beckett, Pierre Banderet, Madeleine Renaud, thomas louis Mais Winnie, par sa fraîcheur insolente, son ton juvénile – presque naïf – emporte le texte avec elle. Madeleine Renaud – mise en scène par Roger Blin en 1963 – est la grande créatrice du rôle. C’est elle qui le porta, qui l’incarna comme elle n’en incarna jamais un autre. Ce rôle scella sa carrière et reste dans les annales du théâtre contemporain. C’était donc un réel défi que de mettre en scène une telle pièce, une telle actrice et un tel style de jeu.

Marc Paquien signe ainsi une nouvelle vision de la pièce. Willie – dont les répliques sont peu nombreuses, mais dont le rôle est fondateur dans l’approche psychologique de Winnie – est interprété par un très bon Pierre Banderet, dont les courtes interventions portent une réelle densité psychologique. Winnie est, quant à elle, incarnée merveilleusement par Catherine Frot. C’est donc elle qui sera le fil conducteur de la pièce. C’est elle qui tiendra les ficelles de la représentation, du symbole beckettien : attendant quelque chose, sans réellement savoir quoi.

Le texte original est chargé de didascalies, laissant à Marc Paquien un éventail de possibilités restreint, et surtout pas le droit à l’erreur. Pari réussi. Comme le décor retenu pleinement onirique qui se nivelle à l’évolution de la journée contée par Winnie. Il peut tout représenter, sans pour autant signifier quelque chose. C’est typiquement le symbole de cette représentation déconstruite, de cette pièce délabrée, raturée. Le ton inspiré par le metteur en scène est empli de contemporanéité. On ne peut s’empêcher de le comparer à celui de Madeleine Renaud. C’est alors que l’on se rend compte combien Marc Paquien se démarque et impose son style. Et la comédienne en est brillamment le marqueur. Catherine Frot se place en comédienne de talent, portant haut et fort la pièce.

Catherine Frot, théâtre, Winnie,mamelon, Marc Paquien, Oh les beaux jours, Samuel Beckett, Pierre Banderet, Madeleine Renaud, thomas louisLe ton que nous lui connaissons ne tombe pas ici au hasard. Il confère à l’interprétation une tout autre dimension. Une dimension tonique, mais incertaine. Beckett, en somme. Le rire est présent, ni amer ni étouffé. Catherine Frot emporte le spectateur dans ses rires, ses gestes, ses pensées, et il n’en ressort pas indemne. De plus, ce jeu langagier, fondé sur les répétitions, dont le théâtre beckettien est jonché, est déclamé avec un ton qui frise la perfection. Tout est placé au bon moment, de la manière la plus simple et naturelle possible. C’est un vrai travail d’orfèvre qu’a dû mener là la comédienne, tant au niveau du timbre que des gestes. Le mamelon lui sied merveilleusement, tel le prolongement d’une robe de soirée ; rien ne semble anormal, dans cet univers où rien n’est acquis.

Marc Paquien signe là une réelle vision de Oh les beaux jours. Arrimé par Madeleine Renaud, Catherine Frot fait écho à ce rôle et s’empare de Winnie en la rendant on ne peut plus vivante. Pleine de courage, de grâce et de candeur, elle offre une autre dimension au texte de Beckett. Mettre en scène cette pièce, lui trouver une comédienne et de la jouer était un vrai pari, un vrai défi pour le metteur en scène. Pari réussi, sans aucun doute. On ressort de la pièce hanté par son ambiance si particulière et rassasié par le caractère jouissif que procure ce théâtre.

Thomas

Oh les beaux jours

De Samuel Beckett
Mise en scène : Marc Paquien
Avec Catherine Frot et Pierre Banderet
Scénographie : Gérard Didier
Lumière : Dominique Bruguière
Costumes : Claire Risterucci
Maquillage : Cécile Krestschmar

 

Un commentaire

  1. Je suis incapable de voir la beauté d’une pièce absurde, quelle qu’elle soit. je le déplore moi-même, parce que je suis certaine de passer à côté de chefs-d’oeuvre !

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