Une fois de plus, ce week-end a montré combien la France continue de se diviser à travers des sujets sociétaux comme des débats d’apparence plus anodines. La division n’est pourtant pas le seul fruit d’un débat monté en épingle par l’opposition, mais un mal plus profond qui ronge les partis de droite comme de gauche.

la symbolique du Chaos
la symbolique du Chaos

Notre pays a connu de nombreuses crises qui l’ont divisé avant de déboucher sur des évènements suffisamment graves pour provoquer une réunion : invasions, guerres, crises économiques, religieuses, etc. Ce jusqu’au-boutisme est le fruit en France d’une pauvreté de la culture du débat, malgré ce qu’on nous fait croire depuis des lustres. Le rapport de force et le conflit sont historiquement ancrés dans les gènes hexagonaux.Résultat, l’application de politiques en provenance d’autres pays est bien difficile. La France reste encore un agglomérat de baronnies et petits royaumes qui se font et se défont. Certes, avec un sentiment national qui ressurgit devant le danger. Si toutefois le danger nous touche tous.

De droite…

Cette division est évidemment patente dans ce débat du « mariage pour tous ». Il se voudrait bipolarisé, mais il se révèle en fait multipolarisé. Si 150 000 à 1 million de personnes manifestaient dans les rues ce dimanche, elles étaient de plus en plus scindées en différents cortèges qui ne souhaitaient plus cohabiter. À l’UMP, certains veulent récupérer le mouvement à leur profit (au profit de leur propre royaume) ; d’autres pensent plus à l’unité et l’intérêt collectif. Au FN, deux députés étaient présents, mais la dirigeante du parti était absente ; la présence grandissante dans ce parti de sympathisants qui ne cachent pas leur homosexualité contribue au souhait de la présidente de ne pas coller une image extrémiste à son parti. De fait, les groupes extrémistes ont subverti « la manif pour tous ». Les médias parlent du bloc identitaire, du GUD, de groupuscules royalistes et catholiques « ultra », Civitas, etc. Ils produisent de l’image, font la publicité de leurs idées ; en face, un rejet pur et simple, laquelle alimente encore les divisions. Après la composition, la décomposition.

…à gauche

Le mal se répand à l’avenant après le leurre de l’élection présidentielle qui n’avait pas uni la gauche, mais juste créé un melting-pot anti-sarkoziste. Le parti communiste et le parti de gauche se divisent dans différents territoires en vue des municipales, tout en espérant renouveler leur union d’apparence à travers leur opposition à la politique du gouvernement. Les écologistes en ont assez d’attendre la transition promise et qui ressemble de plus en plus au Grenelle de Sarkozy, utilisant Fessenheim et Notre-Dame-des-Landes comme (faciles) symboles. Les socialistes se divisent sur les promesses oubliées de la campagne (contrôle des banques, fin des exils et paradis fiscaux, limitation du revenu des gros patrons, vote local des étrangers, taxation du capital, etc.). Quant aux syndicats, ils n’en finissent plus de couper le lien avec leur base dans les conflits sociaux. Chaque ténor du PS joue sa partition : entre un Montebourg fanfaronnant qui aimerait sortir grandi de son passage au gouvernement et un Valls qui tente de calmer le feu allumer par le duo Hollande-Ayrault tout en suivant une ligne sécuritaire. Ségolène Royal se fait entendre en pointant du doigt le piège que recelait le terme « mariage » dans cette loi. Hollande, champion de la synthèse, essaye de maintenir la cohésion comme il…ne l’a pas fait durant 10 ans à la tête du secrétariat général du parti. Quant à Jospin, l’arlésienne de Solférino, il se tait. Pas étonnant connaissant ses positions :

Concernant l’homoparentalité, je n’ai pas varié de position. Celle-ci s’appuie sur la construction de la personnalité de l’enfant. Elle se fait dans l’altérité, dans le rapport aux deux genres, masculin et féminin, donc à un père et une mère. Ceux-ci peuvent être absents, ou l’un des deux, par décès ou séparation, cela ne change pas ce rapport. Le Parti socialiste fait une analyse et a pris une position différente. Si les Français lui confient la charge de gouverner le pays, il reviendra au Parlement de débattre de cette question, de changer ou pas la loi. Le président de la République peut avoir une opinion différente, mais il ne lui revient pas de contrarier une volonté qui s’exprimerait par voie parlementaire. Je crois d’ailleurs que, dans une telle occasion, la discipline des groupes politiques devrait être levée. Chaque élu(e) apprécierait selon sa conscience et l’idée qu’il se fait de l’épanouissement d’un individu. (Interview du 12 septembre 2006 sur RTL de Lionel Jospin)

Didier Ackermann et Nicolas Roberti

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