A RENNES REGIS MASCLET REDONNE VIE AUX MANEGES ANCIENS

Place Hoche, centre Alma et plus récemment au marché de Noël à Colombier. Vous avez forcément croisé un des manèges de Régis Masclet à Rennes, à Nantes ou même à New York. À 62 ans, il se lance dans le projet le plus fou de sa vie : réunir tous les carrousels qu’il a restaurés en un seul endroit pour en faire une fête foraine permanente à l’ancienne.

Régis Masclet
Régis Masclet devant le petit train à Colombier. « Il n’avait jamais été présenté malgré sa rénovation »

Au bout de l’allée des chalets, à quelques pas de la fête foraine à Charles de Gaulle, un petit train tourne au son des musiques de Noël. Les Rennais s’arrêtent, prennent quelques photos, et certains enfants montent dans le véhicule. « Cela fait trois fois que je viens. J’y emmène mon petit-fils. C’est original ». Ce petit train datant de 1950 a été rénové par Régis Masclet et son groupe de 25 personnes. Ce passionné des manèges et des objets des foires des années 50, en a fait son métier et livre des carrousels anciens dans tout Rennes, mais aussi dans toute la France. « Ce train vient de Tours. Il y en avait trois à la base. Mais il ne reste plus que celui-ci, on ne sait pas où sont les deux autres. On retrouve le même bruit sur les rails qu’autrefois », se félicite Régis Masclet.

REGIS MASCLET
Le petit train de Noël qui ajoute un peu plus de féérie au marché de Noël de Colombier.

« Lors des premières foires à la fin du 19e siècle, c’était les adultes qui montaient sur les manèges. On présentait les nouveaux véhicules de l’époque ».

Les manèges, et leur rénovation, c’est la passion de Régis Masclet depuis ses 3 ans. Né d’un père président des Ducasses, les champs de foire dans le nord, il a toujours vécu dans cet univers. Pourtant ça n’a pas toujours été son occupation principale. Avant d’en vivre, il était dans la publicité et la création. Mais quelque chose ne lui allait pas : « il y avait trop d’informatique. Je ne me sentais bien que quand je tenais mon manège ». Il se trouve sur l’île de Groix, là où Régis Masclet y passait ses vacances.   Il faisait sensation. Tous les ans, il est toujours très attendu. « Je m’occupais avec mon manège. Je ne sais pas pourquoi il a autant de succès. C’est quelque chose de tout simple ».

Régis devant la maquette de la grande roue installée à Cambrai dans les années 50 qu’il a récupéré. « Beaucoup de chanteurs ont utilisé cette grande roue en décor pour leur jaquette de CD ».

Il décide alors de tout laisser tomber pour retrouver sa passion et en faire son métier : la restauration de vieux modèles pour en faire des manèges ou des décors de cinéma. « Chaque forain qui construit sa machine a sa signature. Grâce à des détails, on reconnaît le créateur », décrit Régis. Les modèles avec une histoire, les peintures sur les manèges… c’est tout cela qui rend magique son activité selon lui. « Moi je n’apporte pas vraiment de signature. Je suis plus un faire-valoir. C’est peut-être ça qui fait qu’on reconnaît ma marque de fabrique ».

« Les foires étaient la distraction de l’époque. C’était l’instant des rencontres et des échanges dans les villes ».

REGIS MASCLET
Au cœur du hangar de Régis, un hommage à Martine utilisé pour une exposition.

Ce succès, il le doit aussi à un soupçon de chance. « Ce que je fais arrive pile au moment de la mode du vintage. Les gens se mettent à chercher toutes les vieilleries des années 50, 60. Pour moi, c’était déjà ma passion avant ». Depuis le cinéma, les villes, les centres commerciaux s’arrachent ses rénovations. Cette singularité lui a permis de voyager partout en France, mais aussi à Barcelone, le temps d’un festival, et à New York.

« Nous sommes restés un mois et demi là-bas », se souvient Régis. Sur une île, non loin de la statue de la Liberté, les organisateurs souhaitaient recréer une fête foraine à l’ancienne. Avec 13 manèges, son périple en 2013 lui a valu une reconnaissance internationale. « Toutes les chaînes américaines ont parlé de nous ». Cette foire, lui a donné une idée : pourquoi ne pas reproduire une fête foraine, mais de façon permanente et à Rennes ?

Dans son hangar, plusieurs pièces particulières, comme ce petit camion de pompier de l’île de Groix que Régis ressort chaque été.

« Ça avance bien, on a une idée d’un potentiel endroit pour exposer ». Le projet, regrouper tous ses manèges pour en faire un lieu unique. « Ça ne serait pas un musée. Mais vraiment une place pour se rassembler et redécouvrir les foires qu’on avait dans les années 50. À mi-chemin entre le loisir et le culturel », décrit Régis. La date n’est pas encore annoncée. « On veut prendre le temps pour bien faire les choses ». Et pourquoi pas plus tard, réunir tous les manèges du monde afin de montrer « un savoir-faire européen, voire mondial ? »

À quelques mètres de la fête foraine de l’esplanade Charles de Gaulle, Régis observe les nouveaux manèges plus modernes, plus hauts, plus spectaculaires avec un œil dubitatif. « Chaque époque à son évolution. Mais je pense que les constructeurs suivent les modes parce que c’est la demande aussi ».

Dans un coin du garage, on y découvre de vieux flippers, très présents dans les foires, avant de se retrouver dans les bars ou les maisons comme élément décoratif

Mais pour l’instant, il se concentre sur les premières maquettes d’un carrousel qu’il va livrer à Saint-Anne en 2020. Pour l’aider, il peut compter sur ses deux fils. « Si les forains ont confiance en moi pour donner une seconde vie à leurs structures, c’est parce qu’ils savent qu’il y aura de la continuité dans l’entreprise avec mes fils ». Régis sait que la passion a été transmise. « J’espère que le manège ancien sera encore à la mode pour quelques décennies ».

 

Le petit train de Régis Masclet : à découvrir jusqu’au 25 décembre au marché de Noël de Colombier. 

Photos : Alex Hodicq

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