LOVE, TEARS & GUNS : LE RETOUR DE MALTED MILK

Né il y a maintenant plus de 20 ans, le groupe Malted Milk, mené par Arnaud Fradin, a réussi à s’imposer sur la scène blues et soul européenne. Cinq ans après l’album Milk & Green et une série de concerts menés avec la chanteuse américaine Toni Green, le septuor nantais s’apprête à dévoiler son septième album studio, Love, Tears & Guns le 24 mai prochain.

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Malted Milk sera en promotion de leur nouvel album samedi 25 mai à la FNAC de Nantes pour un mini concert et une séance de dédicace.

Cela fait désormais quelques décennies que les artistes européens se prennent de passion pour les musiques populaires afro-américaines, notamment les styles du blues et de la soul. Parmi les groupes français qui s’illustrent actuellement dans cette dynamique, figurent entre autres des personnalités bien connues comme Ben L’Oncle Soul, ou d’autres plus émergents tels que Kimberose et Théo Lawrence avec son groupe The Hearts. Il en est un autre qui, depuis maintenant une vingtaine d’années, célèbre lui aussi ces répertoires avec un talent indéniable : Malted Milk.

Fondé en 1997 par le guitariste et chanteur nantais Arnaud Fradin, il prit tout d’abord la forme d’un duo acoustique appelé Delta Blues, l’autre nom du blues rural qui les influence depuis plusieurs années. Puis le groupe prend son nom définitif après la découverte par son leader du disque de la chanson « Malted Milk » (1937), interprétée par le fameux bluesman Robert Johnson.

Après deux albums sortis en auto-production entre 1999 et 2005, deux événements furent décisifs dans leur carrière : ils rencontrent tout d’abord le chanteur américain Karl W. Davis, avec lequel ils enregistrent l’album 2 en 2005, puis partagent une tournée commune. Cette expérience les amène à s’orienter vers un registre davantage tourné vers les esthétiques soul et funk qu’ils continueront d’exploiter par la suite et qui feront leur marque de fabrique. Puis, deux ans plus tard, ils participent à l’International Blues Challenge de Memphis, duquel ils seront finalistes et qui leur permettra d’accompagner des pointures du blues telles que Big Joe Turner. C’est ainsi qu’en 2010, ils publient l’album Sweet Soul Blues qui fait connaître au grand public leur identité musicale, alliant blues, soul et funk.

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Photo: Renaud Defoville

Leur dernier album studio en date sorti en 2014, Milk & Green, est né de leur collaboration avec la chanteuse Toni Green qui fut notamment choriste pour les productions du label Hi Records, pour lequel enregistrèrent entre autres Al Green, Don Bryant et Ann Peebles. Cinq ans plus tard, les voici de retour avec leur nouvel opus Love, Tears & Guns, dont la sortie est attendue le 24 mai prochain sur le label Mojo Hand Records créé en 2017 par Arnaud Fradin. Cet opus s’ouvre en douceur par « Some Tears You Need To Shed », qui captive immédiatement par le jeu éloquent de Damien Cornelis à l’orgue, ainsi que les rythmiques relâchées et « groovy » assurées par le batteur Richard Housset et le bassiste Igor Pichon. Cette entrée en matière donne le ton général de l’album, car ce sont effectivement des rythmiques assez modérées, mais néanmoins très efficaces et sensuelles, qui marquent la plupart de ses chansons. Parmi elles, figure cependant le tonique « Branded By Your Love », au tempo résolument énergique qui semble réaffirmer la fonction première des chansons up tempo de soul et de funk : la danse.

À travers Love, Tears & Guns, on retrouve avec plaisir le style développé par Malted Milk depuis ses débuts. Celui-ci emploie des éléments tirés des chansons de funk et de la soul sudiste popularisée par les artistes des labels Stax et Hi Records ou encore de Muscle Shoals : par exemple, un jeu de batterie marquant le backbeat (accentuation du 2e et 4e temps de la mesure binaire) avec une grosse caisse et une caisse claire généralement en premier plan, ainsi que des sections de cuivres percussives et servant souvent de ponctuation dans le discours musical. De même, elle s’appuie sur des lignes de basse dont le rôle mélodique est central. Celles-ci s’affirment entre autres pendant la chanson « Children Of The World », dont le très beau solo de guitare électrique est interprété par Arnaud Fradin et sublimé par sa pédale « wah-wah ». Le guitariste et leader du groupe ne manque pas non plus de fougue dans des chansons plus énergiques, par exemple dans « Branded By Your Love », dans laquelle certains de ses licks (courts motifs utilisés dans les solos, les lignes mélodiques et l’accompagnement) rappellent ceux de Steve Cropper, musicien du label Stax qui accompagna notamment Otis Redding et Sam & Dave. On y savoure également les interventions mélodiques du second guitariste Max Genouel lors des refrains. Notons également que sur le plan harmonique, la musique de Malted Milk se rapproche ici davantage de la musique soul et du funk que du blues, du fait de ses parcours tonaux diversifiés et donnant souvent lieu à des modulations plutôt habilement amenées.

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Photo: Jean-Marie Jagu

Parallèlement à ce fort ancrage dans la musique soul et funk des années 60 et 70, le blues qu’affectionnent Arnaud Fradin et ses compères n’est pas absent pour autant. En témoigne la chanson « Your Daddy Has A Gun », à l’ostinato hypnotique articulé sur le mode de mi pentatonique et dans laquelle la guitare électrique du frontman occupe un rôle de premier plan. Dans un registre assez différent, la chanson « Pay Day », seul morceau acoustique de cet album, s’oriente vers une esthétique plus posée et apparentée à celles du revival folk des années 60. Elle nous permet d’apprécier le timbre chaleureux de la guitare acoustique, en même temps que l’on apprécie la rythmique discrète de la batterie de Richard Housset et le jeu d’orgue placide de Damien Cornelis.

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Photo: Jean-Marie Jagu

La présence des sections de cordes sur les arrangements de nombreuses chansons apparaît comme un élément nouveau dans la musique de Malted Milk. Cet aspect la rapproche ainsi de celle des artistes du label Stax pendant les années 70 et de la Philly soul (soul de Philadelphie) de la même période. Cette dimension orchestrale occupe par moments une place très importante dans l’espace sonore, ce qui atténue parfois celle des autres instruments comme la guitare électrique, notamment dans « To Build Something ». Cependant, ces parties de cordes offrent tout de même une texture instrumentale qui, bien que classique, reste plaisante. Elles s’avèrent même subtiles et savoureuses à l’écoute de « Children Of The World », dans laquelle leur timbre s’allie de façon harmonieuse avec celui de la guitare électrique en pédale « wah-wah » et celui plus percussif de la batterie.

Outre l’instrumentation, l’influence des grands interprètes de blues et de soul est bien évidemment perceptible à travers la voix légèrement nasillarde d’Arnaud Fradin, qui bénéficie par moments du soutien des choristes Laurence Le Baccon et Julie Demoulin. Dans la ballade nostalgique « More And More », la voix de tête du chanteur rappelle par moments celle d’artistes comme Al Green et Curtis Mayfield, autre éminent guitariste de soul qui fut le leader et le compositeur du groupe The Impressions. Cette chanson fait également entendre de délicats accords de piano électrique joués par Damien Cornelis et des sections quasi chorales de cuivres assurées par Vincent Aubert au trombone et Pierre-Marie Humeau à la trompette. Leurs interventions, tantôt en unisson, tantôt polyphoniques, évoquent immédiatement celle des Memphis Horns du label Stax. Dans « Pay Day », au contraire, la vocalité d’Arnaud Fradin adopte un timbre plus grave et une prosodie parfois légèrement irrégulière qui peut rappeler celle de Leonard Cohen.

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Photo: Jean-Marie Jagu

Comme le souligne le titre Love, Tears & Guns, les chansons de l’album de Malted Milk traitent de l’amour, des joies, des peines et des violences qui lui sont associées, des thèmes plus que centraux dans l’immense majorité des chansons soul et blues. Ainsi, tandis que « The Best in Me » met en scène un amour salvateur et que « To Build Something » retranscrit l’allégresse qui caractérise très souvent le sentiment amoureux, « Branded By Your Love » exprime la notion d’abandon et de perte de contrôle qu’il peut parfois susciter. De même, d’autres chansons expriment davantage les affres de la jalousie (« It Ain’t Time For A Change ») ou la tristesse ressentie suite à la fin d’un amour (« Pay Day ») dont le souvenir peut parfois revenir nous hanter tel un fantôme (« More And More »). Sur d’autres aspects, elles abordent aussi de façon juste notre approche parfois difficile des troubles qui agitent le monde contemporain et choquent les plus jeunes générations. C’est notamment le propos au centre de « Children Of The World », qui raconte le désarroi et l’impuissance d’un père en réponse aux questions inquiètes de son fils face à l’état du monde moderne. Monde qui est menacé notamment par le capitalisme exacerbé, dérive que dénonce explicitement la chanson « Money ».

Avec ce septième album, les musiciens de Malted Milk confirment une fois de plus leur habileté à s’approprier des références soul, blues et funk, en une synthèse personnelle qui fait leur identité musicale propre. Elle s’incarne ici dans des chansons inspirées et sensibles qui, à l’égal du visuel de la pochette de l’album réalisé par la graphiste Nakissa Ashtiani, devraient toucher les cœurs de leurs auditeurs. À mettre donc dans toutes les mains et toutes les oreilles…

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Visuel: Nakissa Ashtiani

L’album Love, Tears & Guns de Malted Milk sortira le vendredi 24 mai sur Mojo Hand Records.

Leur tournée passera le 24 août prochain au Snap Jazz Festival de Pont-Labbé (29).

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