Dans Machine Soul (« l’âme des machines »), Jon Savage retrace toute l’avancée de la musique électronique, en la resituant dans le contexte socioculturel des pays qui l’ont vu émerger (Allemagne, Angleterre, France, Belgique, États-Unis). Loin des idées reçues, il apparaît que la techno, cet art du bruit, ce « boom boom » sauvage qui a fleuri dans les années 70, est l’aboutissement d’une véritable pensée conceptuelle : celle qui vise l’harmonie entre l’homme et la machine, l’état de transe créé par la répétition des boucles sonores, une projection dans le futur. Des premiers DJ (Kraftwerk, Juan Atkins…) jusqu’à la popularisation de la techno et l’arrivée des autodidactes, de la musique underground à la musique de dancefloor, Jon Savage parcourt l’histoire de la techno comme les rayons de lumière balayent la foule des « teuffers ». Le texte s’ouvre sur la description d’un concert de Orbital, Savage comparant les DJ aux personnages de La Guerre des étoiles… Avant tout, la techno est une performance, au sens artistique.

La musique, tout comme la littérature, est un art éclectique, qui a vu naître des mouvements qui, à leurs débuts, ne convenaient qu’à une minorité de passionnés. La techno en est peut-être l’exemple le plus percutant et le plus récent.

Que l’on aime ou non ce genre musical, tout le monde connaît de près ou de loin la techno, cette musique que beaucoup considèrent comme du bruit inutile et incompréhensible. À travers Machine soul, Jon Savage se pose en sociologue et décide de remonter aux prémices de la naissance de ces nouvelles sonorités.

La musique techno est née à Detroit, aux États-Unis, ville industrielle loin des côtes américaines Est et Ouest, à la fin des années 60, début des années 70. Contre toute attente, ces précurseurs s’exportent, notamment en Angleterre, en Allemagne et en Belgique, où quelques jeunes personnes vont à leur tour se lancer dans la conception de ces sons inhabituels.
Le mouvement techno se base sur les sonorités des machines, c’est pourquoi les groupes émergents vivent principalement dans des cités industrielles, où le bruit ambiant assourdissant et répétitif est une source d’inspiration. Alliée aux lumières des stroboscopes, la techno est un moyen d’atteindre une transe corporelle et mentale.
Peu à peu la drogue fait son apparition dans ce milieu ; d’abord l’ecstasy puis les amphétamines. D’ailleurs, la techno est généralement assimilée à la consommation de ces drogues dures. Pourtant, nous souligne l’auteur, les vrais amateurs et créateurs de musique techno ne sont pas drogués et apprécient ces sons pour ce qu’ils sont et ce qu’ils leur apportent : « 90 % de la techno que l’on entend aujourd’hui est destinée à des dance floors remplis de défoncés » ; « La majorité des gens ne le comprennent toujours pas, mais la plupart des types vraiment bons ne prennent aucune drogue » et, une phrase très intéressante : « La techno était un son, c’est devenu une attitude, un outil pour produire des disques destinés aux amateurs de drogues » (p.50).

En conclusion, voilà face un essai particulièrement concis et intéressant sur la musique techno, de ses débuts à l’année 1993, date de l’écriture de ce texte par Jon Savage.
À conseiller à tous les amateurs de ce genre musical, qui y trouveront une histoire de la techno, une analyse sociologique, ainsi que des noms de groupes et titres de morceaux.

Marylin Millon

2 Commentaires

  1. tout cela paraît intéressant surtout à un moment où la techno s’embourgeoise ou bien ne devient qu’un truc dancefloor standardisé et stereotypé, très loin des explorations et expérimentations des débuts. Parle-t-on aussi des expérimentations sonores moins électroniques mais qui ont nourri également certaines mouvances de la techno, comme l’ambient, par exemple ?

    • Bonjour,
      Effectivement, l’auteur traite également de « l’ambient » et des divers mouvements précurseurs. Et ce livre est d’autant plus intéressant qu’il replace la techno comme un genre et une mouvance musicale à part entière, a contrario de ce que les néophytes pensent (assimilation drogue/techno par exemple).
      Il y a beaucoup de références musicales, de noms de groupes et de titres de morceaux que les adeptes reconnaîtront certainement.
      Bonne journée et merci de votre commentaire.
      Marylin

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