Le rappeur rennais Lujipeka sortait son deuxième album, Brûler Paris, en octobre 2025. Derrière cette métaphore, il dévoile un moment de vie personnel nourri de colère et de tristesse, mais aussi d’introspection. Actuellement en tournée, il partagera ses derniers morceaux avec le public de La Nouvelle Vague à Saint-Malo, vendredi 24 avril 2026. Rencontre.
Après avoir été membre du collectif Columbine, Lujipeka, Lucas Taupin de son vrai nom, posait en 2021 les bases de son univers musical en solo avec son premier album Montagnes Russes. Fin 2025, le Rennais de naissance revenait sur les ondes, après une année de pause et de voyage en solitaire, avec un nouvel album, Brûler Paris. Un titre percutant pour un voyage intime et introspectif aux couleurs des péripéties de la vie qui lui ont inspiré les textes de ce nouvel opus…

Lujipeka brûle Paris en musique
Trouver un titre d’album alors qu’on se trouve aux urgences après une soirée arrosée qui s’est terminée en bagarre ? Lujipeka peut se féliciter d’avoir une anecdote originale à raconter aux journalistes quand l’incontournable question sur l’origine du titre pointe le bout de son nez. Mais ce titre est avant tout symbolique : le chanteur n’a rien contre la capitale, il brûle en son et en voix ses illusions et ses frustrations.
On rencontre Antonio, son alter ego et le personnage principal qui tend l’allumette, ou plutôt le stylo, à Lucas pour brûler ce que la ville a représenté pour lui pendant un moment de sa vie. « Je me suis retrouvé confronté à des problématiques « de la vraie vie » auxquelles j’étais un peu éloigné à cause de ma vie autour de la musique : les tournées, le studio, etc. », introduit le rappeur. « Je me suis tout pris de plein fouet. Ça m’a donné envie de casser les idées que j’avais sur le succès et la célébrité, mes frustrations amoureuses et sociales, et sur mon rapport personnel à Paris en tant que Rennais aussi. » Et tant qu’à rester dans la symbolique : comme un phénix, Lujipeka brûle tout pour mieux renaître. Il détruit tous ces leurres pour mieux reconstruire.
« J’refais un album, il y a que des sons sad » *
Á l’image de ses précédents projets, le rappeur n’est pas dans les faux-semblants : il se livre sans filtre dans des textes autobiographiques qui expriment des réalités difficiles à encaisser, mais qu’il est nécessaire d’affronter pour avancer. « J’ai toujours eu ce côté impudique. » Cette marque de fabrique, si elle est encore plus présente dans Brûler Paris, Lujipeka la façonne depuis ses débuts, du temps de Columbine. « Dans mes couplets, il y avait déjà cette volonté de rester dans le réel. C’est ce qui touche les gens et fait que chaque projet parle autant. » Teintés de mélancolie, les textes sont personnels, emprunts d’un présent – aujourd’hui passé -, mais aussi générationnels. On suit le fil de sa pensée et de son vécu, mais il nous guide au final dans les fragilités humaines. L’ensemble crée une homogénéité musicale qui frappe par sa sincérité. « C’est peut-être l’album dans lequel on peut le plus facilement lire un fil rouge. Je raconte un moment de vie, mais il y a cet effet thérapeutique : une fois qu’il est écrit, je le laisse derrière moi. Aujourd’hui, quand je joue sur scène, l’ambiance n’est pas morose. J’ai bouclé ce chapitre », exprime-t-il.
Entre rap et pop, instruments et machines, refrains chantés et couplets rap (« Saut Périlleux » ou « Plan échoué« ), il confirme son projet avec des morceaux entêtants qui marquent par leur efficacité. « Ce mélange vient de ce que j’écoute et de la manière dont je conçois la musique depuis le début. J’ai toujours kiffé les refrains chantés et les grandes mélodies, la musique populaire qui embarque tout le monde avec le refrain », explique-t-il. « Et, même si je m’éloigne du rap assez souvent maintenant, ça reste la base. J’utilise les codes liés au genre pour faire et produire ma musique. C’est naturel pour moi. »
A contrario, « Boys don’t cry » – dont le titre reprendre le film de Kimberly Peirce – atterrit comme un missile au milieu de la mélancolie. Dans la vibe des morceaux « Enfants terribles » et « Été triste » de l’époque Columbine, avec un tempo similaire à « Les Prélis » (producton de Foda C), le morceau ressemble à un pamphlet dans lequel Lujipeka déverse sa frustration et sa colère, et effleure toutes les thématiques dans l’album. « C’est le premier texte que j’ai écrit quand j’ai repris l’écriture », nous apprend-il. « Il est dense, sans refrain, mais c’est le type de morceau que j’aime bien. Il permet de poser les bases. » On retrouve le côté spontané et brut de ses débuts. Les phrases s’enchaînent sur un instrumental, presqu’à contretemps, dans un rythme effréné. « Tout ce que j’ai fait à l’époque de Columbine est toujours en moi, j’affine parfois juste le trait. »
Dans ce morceau, il montre une nouvelle fois son affection pour le cinéma, une de ses grandes inspirations, en reprenant un extrait de la BO de Boy’s don’t cry. Mais si ce film a lancé la machine, il cite aussi les films de Greg Araki et de Takeshi Kitano, ou encore Bird de Andrea Arnold. « Je me suis remis à lire aussi », ajoute-t-il. « J’avais déjà le titre, mais le bouquin Je brûle Paris [de Bruno Jasienski, ndlr.]m’a un peu porté dans l’esthétique de l’album. »
« Mon meilleur projet »
Á la sortie de Montagnes Russes, il y a 4 ans, Lujipeka expliquait au journaliste Mehdi Maïzi lors d’une interview qu’il avait tendance à détester ces projets six mois après leur sortie pour les apprécier de nouveau par la suite (source). Mais six mois après la sortie de Brûler Paris, le musicien en est toujours aussi fier. « Je me suis tellement acharné sur la conception pour en faire un album, je sais que c’est un projet solide qui est à l’image de ce que j’aime. Les critiques que je peux avoir sont plus en lien avec la communication autour. » D’habitude avide de faire valoir sa musique et d’en faire la promo, Lucas avoue avoir été renfermé au moment de la sortie, « peut-être à cause du mood de l’album ». « Ce qui peut manquer à l’album, c’est la lumière justement. Je prépare une réédition qui revient à des choses moins pesantes », annonce le rappeur.« Mais l’album en tant que tel, j’en suis toujours super fier. »
« Je considère toujours que c’est mon meilleur projet de manière objective. »

Avec ce dernier projet, Lucas a-t-il au final repris le dessus sur Antonio ? « Si on reste dans la symbolique, ouais », s’amuse-t-il. « Ce personnage représente l’album qui a été écrit en 2024/2025. Une fois que tout est sorti, j’ai pris du recul. J’ai peut-être un peu moins la tête dans le guidon aussi, et j’ai fait la paix avec moi-même sur pleins de choses. » Chaque projet possède son ADN et Antonio est celui de Brûler Paris, il le laisse derrière lui pour le moment. « Je recommence à faire du son depuis un moment, il a une toute autre couleur. La suite sur laquelle je travaille est plus solaire, mais peut-être qu’il reviendra dans d’autres projets. »
Dates de la tournée :
Jeudi 23 avril 2025 : Le 106, Rouen
Vendredi 24 avril 2025 : La Nouvelle Vague, Saint-Malo
Samedi 2 mai 2025 : Les Docks, Lausanne (CH)
Vendredi 15 mai 2025 : L’Aéronef, Lille
17 novembre 2025 : Accor Arena, Paris
- * extrait morceau « Boys don’t cry », Brûler Paris, 2025.
