Mon Premier est un condisciple d’Adolf Hitler à la RealSchule de Linz. Mon Second a travaillé comme brancardier au Guys’Hospital de Londres pendant le Blitz. Mon troisième a participé aux recherches sur le choc traumatique dans un laboratoire du Royal Victoria Infirmary de Newcastle pendant la Seconde Guerre mondiale.
Mon tout est un grand philosophe logicien du XXe siècle. Ludwig Wittgenstein.

 

Et tout ce que l’on sait, que l’on n’a pas seulement entendu comme un bruissement ou un grondement, se laisse dire en trois mots. (Kürnberger, Devise du Tractatus logico-philosophicus)

 

Ludwig Wittgenstein
Ludwig Wittgenstein en 1910

Ludwig Wittgenstein est né en 1889 à Vienne dans une famille très aisée de religion protestante et d’ascendance juive. Son milieu familial est très proche des milieux intellectuels et culturels viennois. Éduqué à domicile, il sera scolarisé à Linz dans la même école qu’un tristement célèbre dictateur. Il étudiera ensuite à Berlin et à Manchester l’ingénierie, souhaitant se spécialiser en aéronautique. Puis son intérêt de détourne vers les mathématiques, puis la base philosophique des mathématiques. En 1911, il s’installe à Cambridge pour étudier la philosophie avec Bertrand Russell. La légende rapporte qu’un jour Wittgenstein demanda à Russell, « Pensez-vous que je suis un idiot absolu? » Russell répondit : « Pourquoi voulez-vous savoir cela ? » Et Wittgenstein : « Parce que si c’est le cas, je deviendrai aéronaute, mais sinon je souhaite devenir un philosophe ».

Ludwig Wittgenstein
Ludwig Wittgenstein en 1920

En 1913, ébranlé par des difficultés conceptuelles, il se retira dans une cabane d’une région reculée de Norvège, exil volontaire qui lui permit de se consacrer entièrement à sa recherche. Pendant le premier conflit mondial, il servit dans l’armée autrichienne. Prisonnier des Italiens, il en profite pour avancer la rédaction de son ouvrage le plus célèbre « Le Tractatus logico-philosophicus » qu’il adresse à Bertrand Russell. Ce dernier reconnait le caractère majeur de son travail et l’aida à le publier. L’après Première Guerre mondiale est pour lui une période incertaine et empreinte d’un mysticisme chrétien : il distribue son énorme héritage à ses proches et à des artistes ; il enseigne quelque temps dans une école primaire, envisage de devenir moine, se consacre à l’architecture. Puis il se décide à revenir à Cambridge ou sa renommée était largement reconnue.

Bertrand Russell
Bertrand Russell

Russell lui fait passer dans l’année son doctorat au regard de l’importance de son traité. Wittgenstein est alors embauché comme assistant et devient membre du Trinity College. Proche des milieux marxistes de Cambridge, dans lesquels on retrouvera plus tard de célèbres taupes des services soviétiques, il envisage un moment d’émigrer en URSS puis retourne en Norvège avant de revenir en 1939 toujours à Cambridge prendre une chaire de philosophie qu’il conservera jusqu’en 1949. Avec le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, en 1939, Wittgenstein prend discrètement un emploi de brancardier au Guys » Hospital de Londres alors en plein Blitz. Un hématologue de l’hôpital, passionné de philosophie le Dr Waterfield le reconnut.

Ludwig Wittgenstein
Tractatus logico-philosophicus

Wittgenstein lui dit : « Bon Dieu, ne dites à personne qui je suis. Wittgenstein ensuite y rencontra les Drs Grant et Reeve qui  travaillaient dans une unité dédiée au “Choc traumatique” sous l’égide du Medical Research Council. Les Anglo-saxons se sont intéressés très tôt au “Wound shock”. La question de savoir pourquoi un soldat blessé qui avait des pertes de sang modestes succombait n’était pas toujours claire. Bien avant les travaux de Walter Cannon pendant le premier conflit du siècle, dès la fin des années 1700, Woolcomb, Hunter, et Latta, entre autres, ont fourni des descriptions cliniques de choc.

Ludwig Wittgenstein
Ludwig Wittgenstein

Le terme de shock attribué au médecin écossais James Latta dérive du mot français choc attribué au chirurgien français, Henri François Ledran (1685-1770), dans “Traité de réflexions tirées de l’expérience avec des blessures par balle” (1731), a utilisé le terme-choc, pour indiquer un impact grave qui conduit fréquemment à la mort. Le terme a d’abord été utilisé pour désigner tout état ​​caractérisé par l’effondrement physique et la détérioration soudaine de l’état d’un patient. L’unité résidait au Guys “Hospital, proche des bombardements et donc susceptible de recueillir des patients à traiter et des pièces anatomiques. A l’arrêt du Blitz, l’unité s’en alla au Royal Victoria Infirmary à Newcastle proche de centres routier ; Wittgenstein partit avec eux comme technicien au salaire de 4 £ par semaine et poursuivit ses cours de philosophie à Cambridge chaque samedi en recommandant à ses étudiants de surtout trouver une activité professionnelle autre que la philosophie…

Ludwig Wittgenstein
Tombe de Ludwig Wittgenstein

Wittgenstein fit usage de ses compétences d’ingénierie au Royal Victoria Infirmary, en produisant des améliorations quant à la préparation fine de pièces d’histochimie fixées par la paraffine. Il a également inventé un nouveau dispositif qui permettait l’enregistrement de la pression pulsée et la recherche du pouls paradoxal (pression pulsée diminuée lors de la respiration) chez le rat. Linguiste exigeant, il tenta vainement de convaincre les médecins de l’unité de trouver une autre dénomination au terme shock qui lui paraissait une confusion entre l’impact et ses conséquences. En 1944, lorsque l’unité de recherche fut transférée en Italie, plus proche des combats, Wittgenstein resta à Newcastle, travailler jusqu’à la fin de la guerre puis il revint à Cambridge à plein temps jusqu’en 1949. Il décéda en 1951. Souvent considéré comme un être excentrique, les avancées philosophiques de Wittgenstein demeurent majeures en ce qui concerne les fondements des mathématiques et du langage.

Ludwig Wittgenstein Tractatus logico-philosophicus, janvier 2001, Poche Tel Gallimard, 8€

Références

Teive HAG, Silva GG, Munhoz RP Wittgenstein, medicine and neuropsychiatry
Arq Neuropsiquiatr 2011; 69:714-716
Stewart JG Wittgenstein and the concept of wound shock NZ J Surg 2007; 77:A82–A83

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