Vous connaissez Godard, Chabrol, Rohmer… Mais Moullet ? Originaire des Alpes du Sud, Luc Moullet, avec son sérieux imperturbable et son humour décalé, étudie les causes et les conséquences de ces phénomènes psychiques locaux sous forme d’investigation sensationnaliste. La terre de la folie : « L’arrière-petit-neveu du bisaïeul de ma trisaïeule avait tué un jour à coups de pioche le maire du village, sa femme et le garde champêtre, coupable d’avoir déplacé sa chèvre de dix mètres. Ça me fournissait un bon point de départ… Il y a eu d’autres manifestations du même ordre dans la famille. »

Si j’aime mon Boulevard Saint-Germain, ce n’est pas que pour le Relais de l’entrecôte, le Flore et l’Ecume des pages, s’il n’y avait pas ces cinémas pleins de magie, la saveur du coin n’en serait pas si exquise. Et la magie dans le coin, à part être aveugle, sourd et sans odorat, impossible de la rater.

C’est à l’espace Saint-Michel sur la place du même nom qu’il m’a été donné de rencontrer une merveille, que dis-je, un tour de magie, un moment exquis, une sorte d’expérience tantrique entre un homme et un objet. Le coupable de cette orgie des sens : Luc Moullet, frère spirituel de Godard, de Rohmer, de Chabrol et de toute la fine équipe des cahiers de la bonne époque. Et c’est probablement cette fréquentation qui fait de La terre de la folie une création divine. Ces histoires criminelles saisies dans la région de Moullet, sont autant effroyables que pleines de vie.

Du sensationnel avec des morceaux de la vraie vie, entre folie, réalité et délire hypocondriaque. Une folie douce, très certainement, mais en rien repoussante  – bien au contraire. Et pourtant le sujet n’était pas facile, un peu dur même, un peu coupable, effrayant même. Dans la plus pure tradition surréaliste et du côté des meilleurs.

Et comme d’habitude, tout est dans la simplicité, dans la pédagogie abordable, dans la douceur. Encore une façon de montrer que le génie est simplicité ne font qu’un et que ce statut est non négociable.

Intelligent, drôle avec à la manette un génie au genre unique, impossible donc de passer à côté sous peine de regrets éternels. Et qu’on ne me dise pas que c’est le bordel. Oui, peut-être un peu. Mais réalisé avec ce talent-là, où est le problème ? Et quelle scène finale, un pur moment de folie qui est tout autant un bonheur de jouissance divin.

Depardon n’est pas seul, même si son frère est totalement barré. Cela fait son charme et nous embarque pour un étonnant voyage.

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