Le constructeur Louis Renault était un amoureux de Chausey, situé en face de Saint-Malo. Dans l’archipel où il n’avait que des amis, les Chausiais avaient fait visiblement un choix. « Il était le bienfaiteur de l’île, » assure Bernard Pichard. Mais dans la grande histoire avec un grand H, le chef d’entreprise était perçu comme un collaborateur industriel. Aujourd’hui, sa famille veut défendre sa mémoire.

Loin de la ferveur îlienne, les descendants de l’industriel ont tenté mercredi 14 décembre de réhabiliter la mémoire de leur aïeul devant la première chambre du tribunal de grande instance de Paris. Ils ont contesté la légalité de la nationalisation de Renault en 1945 dans le but d’obtenir une indemnisation. « L’ordonnance de confiscation des biens est contraire aux principes fondamentaux du droit de la propriété », a déclaré l’avocat des héritiers, Me Thierry Lévy.

Si l’ordonnance est inconstitutionnelle, le tribunal pourra dire que la nationalisation constituait une « voie de fait ». Ce jugement serait une première. « Aucune autre entreprise n’a fait l’objet d’un pareil traitement, même parmi celles dont les dirigeants ont été condamnés par la justice pour des faits de collaboration », poursuit Me Levy, dans les colonnes du Figaro.

Arrêté en septembre 1944, Louis Renault est mort un mois plus tard en prison. Sans avoir été jugé. Sans chiffrer son éventuel préjudice, sa famille dresse aujourd’hui la liste des biens confisqués sans aucune indemnisation. Le fondateur possédait 96,8% de sa société, qui, outre « les usines dites de Billancourt et du Point-du-Jour », comprenait des terrains et bâtiments en Savoie, des « brevets, licences d’exploitation, procédés de fabrication », une succursale à Vilvorde, en Belgique, des immeubles sis aux 51 et 53 avenue des Champs-Élysées et des usines au Mans, pour ne citer que les principaux biens.

Pour Henry Rousso, directeur de recherche au CNRS, toujours dans les colonnes du Figaro, « Renault a indéniablement fait l’objet d’un traitement particulier. C’est la seule nationalisation-sanction prononcée. Les autres répondaient à des motivations économiques ou ont donné lieu à des indemnisations ». Et de poursuivre, « Renault a travaillé pour l’économie de guerre allemande. Avec quel degré d’enthousiasme ou de contrainte ? Cela reste largement à étudier, » estime encore l’historien.

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