La Compagnie Générale Aéropostale plus connue sous le nom d’Aéropostale est l’une des grandes aventures de l’Aviation Française, elle sera intégrée avant la Seconde Guerre mondiale à ce qui deviendra Air France.

LOUIS LARMOR AEROPOSTALE
Crédit Photo : Pierre JARRIGE. www.aviation-algerie.com

La renommée de la Compagnie tiendra bien sûr autant à l’exploit technique de vols longues distances qui relieront la métropole à ses colonies africaines qu’à la personnalité courageuse voire héroïque d’une majorité de ses pilotes dont certains sont aujourd’hui des légendes de l’aviation (Mermoz, Guillaumet, Saint Exupéry) et de la littérature pour le dernier. Nombre de films et de livres retracent ces vies souvent données dans l’accomplissement de leur mission. On citera : Antoine de Saint-Exupéry (Courrier Sud, Vol de nuit et Terre des hommes), Joseph Kessel (Vent de sable, Mermoz), Fabian Grégoire (Les disparus de l’aéropostale) ; et pour les films, Tête brûlée (John Ford 1932), Seuls les anges ont des ailes (Howard Hawks 1939), Mermoz (Louis Cuny 1943), mais aussi Saint-Exupéry, La Dernière Mission (Robert Enrico 1994) et Guillaumet, les ailes du courage (Jean-Jacques Annaud 1995). Louis Proust, député d’Indre-et-Loire qui visita toutes les escales de la ligne de Toulouse à Dakar, raconte : « Une cour qui n’a rien d’enchanteur. Une casemate battue par les flots ; de petits lits de camp ; comme nourriture perpétuellement des conserves, et comme boisson, une eau jaunâtre qu’on apporte des îles Canaries », « J’y ai vu à l’œuvre cette phalange de jeunes pilotes civils dont on ne dira jamais assez le courage, l’endurance et le désintéressement, mais qui paient trop souvent de leur vie le désir de respecter les horaires qui leur sont par trop rigoureusement imposés ».

louis larmor aeropostale

La Compagnie Générale Aéropostale fut fondée à la fin du premier conflit mondial par un industriel Pierre-Georges Latécoère (1883-1943) basé à Toulouse et fabricant de matériel militaire (obus, éléments d’avion). Il se passionne rapidement pour les hydravions qui ne nécessitaient pas de terrain adapté à un atterrissage, et la firme développera pendant plus de trente ans des modèles de plus en plus grands qui céderont la place aux grands quadrimoteurs de l’après Seconde Guerre mondiale.

La liste des pilotes pionniers de l’Aéropostale est relativement impressionnante parce qu’elle ressemble plus à celles qui figurent sur nos monuments aux morts qu’à un simple listing d’une amicale. On imagine mal aujourd’hui ce qui se passerait pour une Compagnie quelconque ou le taux de mortalité serait identique à celui des Pionniers de L’Aéropostale. Les exploits de Mermoz ou Guillaumet font rêver, mais la mort par accident ou du fait des Maures était fréquente. On « cassait beaucoup de bois », mais pas que du bois…

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Louis Larmor, qui nous intéresse, est né au début du 20e siècle à Camlez (Côtes d’Armor) dans une famille d’agriculteurs. Il entre à la Compagnie en 1926. Peu d’éléments biographiques persistent, et aucune photo. Ne participant pas à la guerre, il fera cependant comme beaucoup sa formation de pilote en passant par l’armée. Il est intéressant de noter qu’à peu de distance de Camlez, la Marine Française avait installé pendant la Grande Guerre, sur la commune de Plouguiel, au confluent du Guindy et du Jaudy qui forment la rivière de Tréguier, une base d’hydravion destinée à lutter contre les sous-marins allemands. Cette base passera même à la fin du conflit sous le commandement de l’US Navy. À une époque où l’aviation était le nec plus ultra de la modernité, le lieu facilement accessible attirait les curieux des alentours. C’est peut-être là qu’est née sa vocation.

LOUIS LARMOR AEROPOSTALE
Crédit Photo : Pierre JARRIGE. www.aviation-algerie.com

Sa carrière sera malheureusement courte comme le raconte Albert Chaillot qui fera une longue carrière dans l’aviation (du Bréguet 14 à la Caravelle) :

« Nous allons avoir sur la ligne Marseille-Alger des hydravions Laté 21, des monoplans en bois à ailes entoilées avec des petits plans en bois de chaque coté de la coque. Ces plans, appelés nageoires, assurent la stabilité sur l’eau et remplissent le rôle de flotteurs utilisés sur d’autres appareils en général. Ces Laté 21 sont munis de deux moteurs en tandem Jupiter de 420 ch chacun. La vitesse de croisière est de 160 km/h. Début avril 1927, premier vol Marseille-Alger par Achille Enderlin. L’appareil dut se poser en mer à court d’essence à environ 100 km de l’arrivée et il fallut aller le dépanner par bateau. Nous avions dans le port un bateau-dépanneur, le Colonel-Casse, ancien chasseur de sous marins pendant la guerre 14-18. Le second vol quelques jours après n’eut pas de chance non plus, le pilote Henri Goalard, avec le mécanicien Emile Béral et le radio François Urvoy, fut obligé d’amerrir dans l’avant-port par mer grosse de nord-est et il endommagea la coque qui se plia légèrement à hauteur du poste de pilotage. Après réparation par les menuisiers, je confectionnais une pièce de renfort en tube en forme de croix de Saint-André (X) qui fut fixée à la partie supérieure de la coque entre les couples avant et arrière destinée à renforcer la réparation en menuiserie. Au décollage du vol d’essai piloté par Charles Poulin, un panneau en contreplaqué du fond de coque s’arrache partiellement et il faut amerrir dans l’avant-port. L’amerrissage est dur et la coque est à nouveau endommagée près de la réparation précédente et, sous le choc, le renfort en tube s’est plié. Arrêt de l’appareil pendant une dizaine de jours pour une révision plus importante de la coque. On s’aperçoit que le clouage et le rivetage des panneaux du fond de coque de cet appareil tout neuf sortant de fabrication avaient été très mal montés. Après un vol d’essai pour confirmer la réparation, l’appareil fut remis en ligne. Début mai 1927, un autre hydravion prototype, le SPCA Météore, est mis en essai sur la ligne. Biplan en bois à coque et ballonnets, trimoteur Hispano de 180 ch. Mais il manque de puissance. Au départ d’Alger, le 2 mai, c’est le drame. Après plusieurs tentatives de décollage, un ballonnet s’engage et c’est le capotage. Le pilote Louis Larmor est tué, le radio Vincent Riera grièvement blessé. Seul le radio Pierre Ducaud s’en tire indemne » (Mémoires d’Albert Chaillot, du Bréguet 14 à la Caravelle). On était le 3 mai 1927.

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Aujourd’hui un petit monument, une colonne brisée, au cimetière de Camlez rappelle son engagement.

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