« Premier long-métrage hésychaste », œuvre liturgique, l’Île conte l’histoire du Père Anatoli, starets et fol en Christ, qui dans sa minuscule île-monastère de la Mer Blanche, vit écartelé entre ses remords et ses dons. Histoire d’un Salut à la lumière de la Prière du cœur.

 Première image : un moine, seul, ramant dans sa barque perdue au milieu d’une mer glaciale et comme immense du Nord de la Russie. Dernière image : ce même moine en son cercueil transporté dans une barque pourvue d’une petite veilleuse, où ont pris place quelques moines dont un porte debout une grande croix en bois. L’Île raconte une histoire de Salut.

Celui d’un jeune marin qui pendant la guerre, en 1942, tire sur un de ses compatriotes par lâcheté et qui, recueilli par des moines, se transforme en starets et en fol en Christ, taraudé par le remords, mais animé de dons qui attirent des êtres en détresse.

 Face au malheur du monde et de son cortège de maux, maladies, mort et misères, l’Homme tente d’entrer dans le Temps de Dieu instillé à travers sa nature y compris la plus désolée. Oui, face à la cruauté hallucinée des hommes, du climat et de la vie, comment ne pas répondre par une autre folie, parfois illuminée, dans tous les sens du terme. Celle de Dieu. Comment au gong de la pénitence ne pourrait répondre le son des cloches qui délivrent ?

 Jamais dans ce film le sentiment que le réalisateur « trahit ». Après le si prodigieux et méditatif Grand Silence des Chartreux français, la spiritualité monastique montre qu’elle peut passer par le cinéma sans être dénaturée ou simplement documentarisée. Pour cela, sans doute la foi, la profondeur, le génie du réalisateur. De la lenteur, tant la prière s’y loge. De la nature, tant la voix des hommes est aussi l’écho du ciel, des pierres et des forêts. On y retrouvera pareillement la parole souveraine de la neige et de sa blancheur.

 Pavel Lounguine, auteur de plusieurs films à succès sur la société russe récente a voulu faire œuvre de Foi « pour contrer le matérialisme ambiant ». Et en tout cas, à sa sortie, L’Île a connu un grand retentissement  en Russie.

 On louera dans ce film sa puissance et sa prégnance. Le lyrisme épuré des images rappellera Tarkovski, Bresson, Dreyer… Le jeu inspiré de l’acteur, Piotr Mamonov, ex-chanteur punk-rock, converti au christianisme orthodox, fera date. On se dira que L’Île évoque les tourments des Possédés de Dostoïevski, que les Fous de Dieu appartiennent à une longue tradition russe bien que présente sous diverses formes dans toutes les religions.

 L’Île laisse en nous une trace profonde. De neige et de charbon, de feu et de glace, d’eaux gelées et d’incendies, mais au-delà, de possession et de grâce, de martyre et de pardon.

Ce film nous interroge sur le jeu terrible de la perte et du gain spirituel, sur la qualité de notre foi et de l’amour que nous disons porter aux autres ou à nous-mêmes.  Dans le donjon de l’âme, qu’est-ce qui se joue là ? Face au péché qui nous oppresse y a-il une rédemption ? La vie demeure une interrogation.

 Hervé Colombet

L’Île de Pavel Lounguine. 2008.

 

 

 

 

 

 

 

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