Jusqu’au 15 avril 2012 en l’église de la paroisse saint Yves, sise rue Victor Rault à Rennes (voir notre précédent article), l’Atelier de la Colombe présente une œuvre singulière. Fruit de vingt ans d’un travail artistique et spirituel mené conjointement par Daniel (décédé depuis) et Marie-Françoise, ce triptyque fait écho à « la grande aventure mystique de l’homme ».

La technique convoquée est loin d’une évanescence symboliste abstraite. Au contraire, très figurative (voire démonstrative) et « naïve », elle s’écarte ouvertement des codes d’un art dévot en prônant un point de vue résolument moderne. Plus, elle est tout à fait contemporaine dans son traitement de l’incarnation dans notre époque qui se distingue par des recherches parfois chaotiques et dispersées de « sens », des reprises de contacts avec un autre intimement autre.

Pour les croyants, et en particulier pour les fidèles de la paroisse saint Yves, voilà une initiative et une expérience pertinentes. De fait, il ne s’agit pas seulement de poser une œuvre dans une église, mais bel et bien de vivre l’expérience de la création commune dans un lieu que l’on considère généralement comme voué au silence et à la seule perpétuation de rituels.

C’est ainsi que le mardi 3 avril, Marie-Françoise présentait l’œuvre accompagnée par le choeur et l’orchestre de Brocéliande qui interprétait (en écho ou en réponse) « Les sept dernières paroles du Sauveur en croix » de Haydn. Le mardi 10 avril, à partir de 20h, ce sera au tour de Bernadette, l’épouse du peintre Daniel, de présenter au public l’oeuvre et son histoire (une gestation longue et douloureuse qui n’est pas sans rapport avec les sujets évoqués). Cette fois, ce sera au tour du Père Roger Blot (également un des initiateurs de ce vaste projet) de co-animer cette soirée avec une projection des photos qu’il a réalisées. En perspective, une plongée au cœur de la toile pour découvrir les détails et les nuances…

Avis aux amateurs donc : voilà une belle occasion rennaise de rencontrer une œuvre qui s’inscrit dans la grande tradition de la peinture religieuse. Un art qui s’adresse à tous : à l’homme et ses craintes, ses doutes et ses authentiques sources d’espoir. Toutefois, comme nous le précisions plus haut, cette œuvre est ancrée dans notre époque. La division de chaque partie du triptyque par le biais des interstices du cadre offre au spectateur « à la fois de se centrer sur chaque tableau indépendamment et… de garder une vue d’ensemble de l’oeuvre », explique l’artiste. Ce à quoi nous ajouterons qu’elle offre aussi un surprenant parallèle avec les techniques les plus actuelles de la bande-dessinée.

Enfin, rappelons que l’architecture de Saint Yves, la première église « moderne » de Rennes, conçue par Pellerin, vaut à elle seule le détour. Malgré leurs différences d’époques et leurs divergences de style, les deux œuvres entrent pourtant heureusement en dialogue.

Patrimoine, étonnement et questionnement résonnent de concert en l’église saint Yves jusqu’au 15 avril (entrée gratuite).

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Eglise saint Yves
Rue Victor Rault
(en face du Super U de la rue de Nantes)
à Rennes de 14h30 à 18h30

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La culture est une guerre contre le nivellement universel que représente la mort (P. Florensky) Journaliste, essayiste, musicien, a entre autres collaboré avec Alan Stivell à l'ouvrage "Sur la route des plus belles légendes celtes" (Arthaud, 2013) thierry.jolif [@] unidivers .fr

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