Après une série peu convaincante (notamment Britannicus et Oncle Vania), la programmation du TNB se voit heureusement renouvelée par un spectacle tout simplement parfait. Les Fausses Confidences de Marivaux, mis en scène de Luc Bondy, confine à l’exception.

 

Marivaux, fausses Confidences, isabelle huppert, louis garrel, tnbLes Fausses Confidences est une comédie en trois actes interprétée pour la première fois en 1737 à l’Hôtel de Bourgogne. Le nerf : provoquer l’amour par de fausses confidences. Marivaux a multiplié les obstacles dans la quête du jeune et pauvre Dorante qui souhaite épouser la riche Araminte. Mais le soupirant peut compter sur son valet Dubois, machiniste et machinateur, pour le faire engager à son tour dans la place dont Dorante devient l’’intendant. D’où une intrigue qui développe avec cohérence des enchainements bien huilés, servis par des caractères vifs, au profit de situations teintés d’un humour délicat.

Marivaux, fausses Confidences, isabelle huppert, louis garrel, tnbLa mise en scène de Luc Bondy est-elle au service de cette équation de mathématicien-horloger suisse ? Oui.  L’ensemble est tout à la fois d’une grande sobriété et d’une précision remarquable. Le rythme est rapide, sans être pressé. Aucun blanc ne vient desservir l’attention entre deux scènes. Bref, tout coule. Tout s’articule comme une machinerie bien huilée.

Marivaux, fausses Confidences, isabelle huppert, louis garrel, tnbQuant au jeu des acteurs, il est également exceptionnel. A l’exception, peut-être, d’Arlequin (dont le jeu un peu forcé s’explique peut-être par le fait que son personnage à l’époque n’apparaissait pas en costume de ville et chapeau sicilien). Il faut souligner aussi le travail sur la prononciation, laquelle fait percevoir au spectateur du XXIe siècle, parfois jeune, toute la complexité d’une langue très éloignée de la sienne. Sans que le passé simple et le subjonctif imparfait ne constituent jamais un obstacle à la compréhension ni même une occasion de sourire.

Marivaux, fausses Confidences, isabelle huppert, louis garrel, tnbQue dire du personnage d’Araminte, que joue ou, plutôt, qu’interprète l’immense comédienne Isabelle Huppert ? Elle occupe la place centrale qui est la sienne, mais sans jamais s’imposer. Sa mince silhouette vêtue de blanc exprime la puissance de la femme en situation sociale de pouvoir… peu à peu traversée par la faiblesse d’un sentiment amoureux. Tout est suggéré, rien n’est affirmé. L’intérêt d’une union avec un comte riche et puissant mis à mal par l’arrivée d’un amoureux fou et désargenté que joue avec retenue Louis Garrel, nous introduit dans le théâtre bourgeois où s’expriment toutes les contradictions d’une société en pleine transformation.

Oui, sans conteste, une belle soirée théâtrale dont on sort à la fois ébloui et heureux.

 

avec Isabelle Huppert, Jean-Damien Barbin, Manon Combes, Louis Garrel, Yves Jacques, Bulle Ogier, Bernard Verley

décor Johannes Schütz
costumes Moidele Bickel
production Odéon-Théâtre de l’Europe
coproduction Les Théâtres de la Ville de Luxembourg ; Ruhrfestspiele Recklinghausen ; Célestins-Théâtre de Lyon ; Théâtre National de Bretagne / Rennes

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Photo par Pascal Victor

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