Le Labyrinthe du Silence est le premier long-métrage de Giulio Ricciarelli, acteur de théâtre en Allemagne. Il est à la fois le scénariste et le metteur en scène de ce film dans lequel il reprend en le simplifiant et le dramatisant le processus judiciaire qui aboutit aux procès de Francfort.cinéma film critique

 

labyrinthe du silenceAllemagne 1958. Tout semble sourire à la jeune Bundesrepublik accouchée d’un Reich grand vaincu de la Seconde Guerre mondiale. Les fantômes du passé et les mauvais souvenirs sont déjà loin alors que se profile le miracle économique. Le fruit du travail et du sérieux d’un peuple qui ne demande qu’à rentrer dans le concert des Grandes nations sous l’aile protectrice et anticommuniste des nouveaux alliés américains. Alliés qui se sont chargés avec les autres vainqueurs de dénazifier le pays et de séparer le bon grain (la majorité) de l’ivraie (les condamnés des différents procès de Nuremberg). Dans cette ambiance sereine et laborieuse de la fin des années 50 et du début des « sixties », un certain nombre de magistrats allemands vont courageusement entamer un processus d’enquêtes visant des acteurs de second rang du nazisme : chef du camp d’Auschwitz, adjoints, soldats et même des kapos zélés.

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Fritz Bauer

Ce qui dans l’histoire des grands jugements sera communément appelé les « Procès de Francfort ». Les débats seront conduits par un personnage bien réel qui apparaît dans le film, le Procureur général, Fritz Bauer, qui avait lui-même été interné dans un camp de concentration en 1933 pour ses opinions social-démocrates avant de quitter l’Allemagne pour le Danemark puis la Suède ou il côtoiera un grand opposant au nazisme, Willy Brandt. Bauer qui était juif est reconnu pour avoir informé plus ou moins directement le Mossad quant à la situation de Eichmann ; ce qui conduira à son exfiltration d’Argentine puis au procès de Jérusalem.

le labyrinthe du silenceJohann Radmann, joué par Alexander Fehling, est un jeune procureur plein d’avenir. Il incarne à lui seul ou presque plusieurs personnages réels. Radmann s’ennuie dans des tâches subalternes et découvre complètement par hasard, grâce à un journaliste Thomas Gnielka, l’existence de criminels non jugés et même protégés.
le labyrinthe du silenceThomas Gnielka est lui aussi un personnage bien réel. Jeune lycéen à la fin de la guerre, il est d’abord affecté à la Défense antiaérienne et se retrouvera en fait parmi le personnel militaire du Camp d’Auschwitz : il en tirera un roman « Enfant soldat d’Auschwitz – l’Histoire d’une Classe ».

Soutenu par Fritz Bauer-Gnielka et quelques autres, Radmann va se lancer dans une quête terrible, subissant l’hostilité et le mépris des collègues et des autorités judiciaires : « Que leur reproche-t-on ? Ils n’ont fait qu’obéir à des ordres ». Son enquête ouvre la boite de Pandore, mais permet enfin aux survivants de s’exprimer librement. Les Alliés, eux-mêmes ne sont pas très chauds devant ce déballage en pleine Guerrelabyrinthe du silence Froide. Rappelons que les compétences d’anciens flics et espions (amiral Gehlen) ou tortionnaires (Klaus Barbie) du Reich ont été largement recyclées pour combattre l’ennemi communiste qui lui-même, de l’autre côté du rideau de fer, saura utiliser les mêmes capacités sur le territoire de la RDA… Mais, Radmann ira au bout de sa mission, bien que la vérité ne doive pas l’épargner pas non plus.

le labyrinthe du silenceAu final, vingt-deux prévenus seront jugés à Francfort en 1963, dans ce premier procès organisé par des Allemands. Il faut saluer l’effort historique de cette réalisation, même si le film s’arrête à l’ouverture du procès. Le scénario reste assez convenu dans son processus mais le rendu de l’époque est parfait. On pense parfois aux films de Fassbinder pour la tension dissimulée qu’expriment certains personnages. L’Allemagne de l’époque devait donner d’elle-même, et ce des deux côtés du rideau de fer, une image polie, lisse, débarrassée de toute scorie. La révolte des jeunes Allemands dans les années soixante sera d’une certaine manière le retour du boomerang de cette tension, de ce conformisme, jusqu’à l’acmé terroriste de la RAF (Rote Armee Fraktion), elle-même non dénuée d’un certain antisémitisme…

labyrinthe du silenceL’intérêt du Labyrinthe du silence est bien sûr didactique. Il faut saluer le courage qui consiste à juger son propre passé. Ce film est à rapprocher d’autres oeuvres telles que « La Chute » avec l’excellent Bruno Ganz. Mais là, le courage est double à la fois : regarder le passé ; comprendre les raisons qui ont obscurci (heureusement temporairement) une nécessaire quête de la vérité.

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Il ne s’agissait pas de se rassurer des quelques pendus de Nuremberg mais de comprendre aussi que monsieur « tout le monde » peut devenir un assassin d’État avant de redevenir ce qu’il était. Les guerres coloniales, pour la France, en ont fourni quelques navrants exemples. Cette cure, quasi cathartique, est plutôt un gage rassurant à une époque ou d’aucuns cherchent à faire revivre les miasmes de quelques ultra-nationalismes faisandés. Cette nécessaire recherche de la vérité – à laquelle n’échappent pas les générations postérieures, le « non-dit qui ressurgit toujours » – est à rapprocher à une autre échelle d’un film régional récent « La découverte ou l’ignorance »…

Film Le Labyrinthe du silence Giulio Ricciarelli

Allemand, 2015, 2h30
avec Alexander Fehling, André Szymanski, Friederike Becht

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