Lendroit est une maison d’édition, librairie et galerie située sur la place du Colombier à Rennes. Pour lancer sa traditionnelle exposition-vente de Noël, elle invite un artiste rennais… le graffeur WAR.

graff WAR RennesChristmas Prints commencera le 3 décembre à 17 heures. Au programme, la saison 5 du fanzine Jet Lag. L’ensemble des publications de Lendroit Éditions sur treize années, soit plus de 200 artistes publiés, sous la forme de livres, posters, flip books, DVD ou badges ! Un buffet de guerre, sous le signe du noir ! Et la découverte, sur la façade, d’une peinture originale du Rennais WAR ! À l’occasion, le street artist sortira de la rue pour présenter des sérigraphies en édition limitée. Lendroit Éditions se fait passeur et relie pour cette soirée le dedans et le dehors. Portrait et entretien avec WAR, peut-être le plus célèbre des graffeurs de Rennes.

graff WARMais si, vous connaissez WAR ! Boulevard Laënnec, rue Saint-Hélier, rue de Lorient… sans forcément le savoir, vous croisez son bestiaire, des suricates, des hérons, des poissons, ou son célèbre coquelicot. Et surtout, sa signature, WAR, en trois lettres noires. Gigantesques, ses totems jettent sur la capitale bretonne un regard fantasmagorique et décalé. Depuis six ans, ce trentenaire officie dans les recoins de Rennes, parfois les plus inaccessibles. À l’aide d’une grande perche, souvent la nuit, War relâche ses bestioles imaginaires sur les usines désaffectées, les tunnels, les panneaux, les pans d’immeubles.
War GraffeurPeut-être l’avez-vous découvert lors du lancement du festival d’art urbain
(voir notre article) ! L’artiste a répondu à une commande de la mairie de Rennes. Institutionnalisation ? Revirement ? War assume. Le street art constitue une part seulement de son travail. Dessins, sérigraphies, sculptures, coulures sur vitrines… l’homme n’est pas toujours à arpenter les friches et autres ruelles sombres de la ville. La question de la reconnaissance, qui plus est par des institutions, est problématique dans le milieu du street art.

War photoÉphémère, périphérique, apocryphe, les peintures de rue supposent une opposition, un contre-courant. Pourtant, nombre d’entre eux sortent de l’ombre, investissent les salles obscures, les pages blanches ou les galeries. Peut-on vraiment reprocher à un mouvement artistique d’évoluer avec le temps ? Mais ne peut-on pas, inversement, réagir à cette évolution, si elle en dévoie la lettre ou l’esprit ?
Avec cette soirée inaugurale, War et Lendroit Éditions signent un programme cohérent. La galerie invite l’artiste de rue en lui proposant une exposition intérieure. War, lui, offre une peinture sur la façade, entre intérieur et extérieur… et en toute légalité ! Donnant donnant. Confidentiel, inconnu, pour ne pas dire invisible, taiseux selon ces propres mots, le graffeur a tout de même accepté de répondre à quelques-unes de nos questions.
War graffUnidivers : Votre nom est connu à Rennes, tout comme vos peintures : pensez-vous que c’est une ville propice au street art ?

War : J’en ai l’impression, oui.

Unidivers : Depuis quand travaillez-vous sur Rennes et les alentours ? Trouvez-vous encore des spots et de l’inspiration ?

War : Ça va faire 6 ans… Les Rennais m’ont vu trouver ma technique et mon style. Ils ont vu évoluer mes peintures. Nous avons développé une sorte de lien, de familiarité. C’est ce qui me fascine toujours : peindre un mur quelque part c’est agir directement sur l’environnement, c’est modifier la vie des riverains, c’est rendre le béton poétique. L’inspiration est toujours là et ce ne sont pas les murs qui manquent. Néanmoins, j’ai aussi l’envie de sortir un peu plus de Rennes. D’aller voir du pays.

Unidivers : Pourquoi ce pseudonyme, War ?

WARWar : Ça vient du morceau de Bob Marley. J’ai choisi ce pseudo il y a bientôt 20 ans.

Unidivers : Vous écrivez « Je peins donc je suis » : est-ce une activité vitale pour vous ?

War : C’est ce pour quoi je suis fait.

Unidivers : Comment considérez-vous votre travail ? Est-ce qu’il a évolué, selon vous, au fil des années ?

War : Trouver son style, développer son langage demande du temps et du travail. Tout est toujours en mouvement.

Unidivers : Travaillez-vous aussi en dehors de la rue ? Sur d’autres supports ? Et si oui, pourquoi ?

warWar : Depuis un an, je travaille aussi chez moi à produire des œuvres pour vendre. Je peins sur du vieux papier : des dessins techniques de pièces métalliques, de vieilles cartes de navigation, des épures de charpente navale. Les acheteurs me contactent par mail. J’expédie les œuvres ou bien un ami se charge de la livraison.

Unidivers : La ville de Rennes vous met régulièrement à l’honneur : comment négociez-vous cette notoriété ?

War : C’est gratifiant. Ça marque une étape dans mon parcours. Ça m’encourage à continuer.

 War portraitUnidivers : Pensez-vous que le street art peut évoluer vers son institutionnalisation ?

War : Tout dépend toujours de ce qu’on entend exactement par « street art ». Pour répondre rapidement, le graffiti depuis ses origines à New York est pris dans un paradoxe : considéré selon le point de vue comme une pratique artistique et comme une pratique hors la loi (elle s’inscrit sur des supports qui sont la propriété d’autrui). En tant qu’héritier, le street art est pris dans le même paradoxe.

Unidivers : Selon vous, comment un graffeur s’accommode du manque de reconnaissance, de l’ombre ?

 War GraffeurCertains graffeurs cherchent uniquement la reconnaissance des autres graffeurs. Ils peuvent jouir d’une notoriété au sein de la « communauté » des graffeurs (due à leur style, leur longévité, leur productivité, etc.), mais être inconnus du grand public. C’est différent pour ceux qui cherchent à développer une carrière artistique.

Unidivers : Qu’attendez-vous de ce partenariat avec Lendroit Éditions ? Vous avez d’autres projets en cours ?

Je souhaitais faire un petit travail d’édition pour la fin de l’année, dans un lieu identifié à Rennes. D’autre part, je prépare une exposition pour 2016. Et d’autres projets originaux qui j’espère verront le jour…

http://www.lendroit.org/
http://warindawest.fr/

Le graffeur WAR peint la vitrine de Lendroit Éditions (durant une nuit blanche) was last modified: novembre 30th, 2015 by Thibault Boixiere

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