LE FOU DE HIND. PREMIER ROMAN : QUAND UNE PASSION BRIDEE CONDUIT AU PIRE …

Dans le Fou de Hind, c’est un véritable parcours du combattant dans un labyrinthe où aucun fil d’Ariane ne semble en vue pour en sortir auquel est confrontée Lydia à la mort de son père, Mohsin.

LE FOU DE HIND DUTHEIL

L’émigré algérien s’était installé dans les années soixante dans une maison faite de bric et de broc dans la région parisienne. Avec des amies, des amis. Une sorte de communauté où plusieurs familles tentaient de s’en sortir et essayaient non sans difficulté de donner un sens à leur existence alors qu’à quelques centaines de mètres en courant un peu, on pouvait discerner les cités modernes telles des champignonnières sortirent de terre. On sait ce qu’elles sont devenues, on sait comme elles ont mal vieilli. On sait qu’une fois les uns les autres accédant à des ressources plus généreuses, ses habitants ont migré à leur tour vers des banlieues plus sélectes.

Mohsin Abbas, ton père, était un misérable et un fou, mais c’est par amour qu’il devint fou.

Lydia, donc, hérite d’une lettre laissée par son père. Mais elle peine à déchiffrer ce qu’il aurait voulu transmettre dans un dernier souffle à celle qu’il laissait derrière lui. D’aucuns parleront d’un vieux fou, d’un homme accusé du pire ; d’autres diront tout le bien qu’ils pensaient de lui ; d’autres encore ne pourront répondre, car ils l’ont précédé dans la mort.

banlieue parisienne années 60

Alors Lydia, non sans courage et sans pugnacité, va remonter le temps, va interroger non sans subtilité celles et ceux qui ont côtoyé, connu Mohsin. Grâce aux quelques photos éparpillées de-ci de-là, aux témoignages souvent grimés par le temps et les mémoires qui muent, qui s’estompent, qui se déforment, se froissent, on espère pendant près de 400 pages qu’elle rencontrera enfin cet homme qui représentait cette figure paternelle qui participe de son patrimoine.

Avec une plume à la fois sûre et empreinte de doutes (de ceux qui nous assaillent quand on tente de comprendre quelqu’un sans voix parce qu’absent), Bertille Dutheil, dont c’est le premier roman, approche la question de la mémoire, de la curiosité qui nous pousse à savoir d’où l’on vient, de qui l’on vient pour tenter de comprendre qui l’on est, où l’on va. Vaste sujet de roman en forme d’enquête et qui conduit cette héroïne souvent silencieuse de surprises en illusions sinon en désillusions. Et si le passé n’était pas celui qu’on nous raconte ? Et si le présent n’était pas nécessairement une résultante du passé ? Et si on rebattait les cartes parce que la vérité est bien au-delà de quelques babils. Bien dissimulée derrière des jeux de miroirs. Et si celui ou celle qu’on tente de démystifier ou démythifier recelait de lourds secrets ? Est-ce que le pire peut venir nous toucher ? Est-ce que tous les actes de nos aïeuls sont condamnables, sont répréhensibles, sont inavouables ? Faut-il obligatoirement lever le voile sur la vie de nos ancêtres pour donner du sens à la nôtre ? Quelques questions existentielles qui taraudent l’esprit et la plume de cette jeune romancière.

Et puis… Ce serait une erreur considérable d’oublier combien Bertille Dutheil s’investit pour traiter de la question de l’immigration et de l’intégration en France.
Un premier roman remarquable qui sera nécessairement remarqué.

Le fou de Hind. Bertille Dutheil. Éditions Belfond – 398 pages. Parution : août 2018. 18,00 €.

Couverture : © Anton Lenoir – Photo auteur Bertille DUTHEIL © DR

Bertille Dutheil est née en 1991 et vit à Paris. Étudiante en histoire, elle a vécu à Beyrouth pour les besoins de ses recherches.

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