En quelques lignes, les faits divers referment des concentrés de vie qui se suffisent à eux-mêmes. Avec Le Coup du Lapin, le peintre Didier Paquignon nous présente sa collection des histoires les plus extravagantes croisées dans la presse, et illustrées par des dessins qu’il imprime lui-même.

C’est l’histoire d’un chat, que la CIA a transformé en espion. « Ils l’ont éventré », témoigne Victor Marchetti, un ancien de l’agence. À l’intérieur, on lui a placé des piles, un émetteur. La queue, elle, servait d’antenne. En pleine guerre froide, le félin avait pour mission de s’infiltrer auprès des responsables soviétiques, pour leur dérober leurs secrets. « Ils ont emmené l’animal dans un jardin public, l’ont sorti de la camionnette », poursuit l’ancien agent. Un taxi, qui passait par là, l’a fauché. Écrasé.

C’est l’histoire, aussi, d’adolescents qui, pour ne laisser aucun témoin sur leur scène de cambriolage, ont assassiné à la moutarde le poisson rouge.

C’est l’histoire d’un homme qui aimait une éléphante, et d’un autre qui aimait un âne.

C’est l’histoire d’un lapin, un énorme lapin, qui a terrorisé une famille, et la police appelée à la rescousse.

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Cette dernière bête donne justement son titre au recueil de Didier Paquignon. Dans le Coup du lapin et autres histoires extravagantes (éditions Le Tripode), le peintre parisien offre une galerie de ces récits absurdes, surréalistes.

Depuis des années il collectionne ces faits divers qu’il repère dans la presse francophone ou étrangère, Certains sont peut-être des légendes urbaines, colportées d’oreilles en oreilles. Mais comment en être certain ? Ces histoires sont à la fois tellement insensées et tellement ordinaires qu’on ne saurait se prononcer. C’est là tout ce qui fait leur saveur.

Le fait divers est « une information totale », écrivait le philosophe Roland Barthes en 1964. « Il contient en soi tout son savoir : point besoin de ne connaître rien du monde pour consommer un fait divers, il ne renvoie formellement à rien d’autre qu’à lui-même », le cite l’éditeur du livre en préface. Ils referment en eux-mêmes aussi bien la beauté que la cruauté, la raison que la folie. Les passions et les morts ne prennent que quelques lignes, un unique paragraphe à chaque fois. Ils n’en sont que plus efficaces.

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On rit d’un rire incrédule, cruel ou bon enfant selon les histoires, avec toujours ce voyeurisme du fait divers qui fait qu’on ne peut se détacher du meurtre le plus atroce ou de l’accident le plus bête. Ce sont des petits morceaux de vie surréalistes qui sont capturés dans ces pages que l’on dévore.

Didier Paquignon, lui, en capture l’essence dans ses monotypes. Il peint ses dessins à l’encre typographique sur des plaques non-poreuses pour les imprimer en un seul exemplaire, sur sa propre presse. Chacune de ces impressions vient illustrer une de ces histoires, en double page, au plus proche du format originel de son dessin. Avec un trait fin et précis, adouci par cette technique du monotype, il dépeint toute cette banale folie avec une certaine poésie, souvent absurde. Les animaux semblent névrosés, les humains se montrent tendres ou ridicules. Il dessine aussi bien des coucous mafieux, cigare au bec, que l’étreinte d’un homme à côté d’un éléphant, et la beauté de ces œuvres leur donne une teinte un brin mélancolique qui répond à l’acidité de ces textes qu’ils accompagnent.

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Le Coup du lapin fait partie de ses livres qu’on ouvre au hasard, qu’on feuillette, qu’on lit dans le désordre. Dans ce catalogue de l’absurde, chacune de ces 87 doubles-pages – pour autant d’histoires extravagantes – peut se prendre indépendamment des autres. Cela fait partie de ces objets que l’on a envie de se passer de main en main, pour partager un de ces bons récits, pour partager ce même rire face aux mêmes anecdotes, aussi sinistres soient-elles.

Peut-être parce que, comme l’homme qui reconnaissait le regard grivois de sa femme décédée chez un éléphant, on se reconnaît un peu soi-même dans tous ces faits divers extraordinaires.

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Le Coup du Lapin et autres histoires extravagantes, de Didier Paquignon
Éditions Le Tripode. 19€

L’Auteur

Didier Paquignon est né à Paris le 30 septembre 1958. Artiste, il est connu pour ses peintures. Une exposition lui fut consacrée au musée de l’Orangerie en 2009 : Tu rencontreras d’abord les sirènes. Lecteur omnivore, il a illustré pendant des années des couvertures pour les éditions Le Livre de Poche. De temps à autre, il s’amuse à mettre en images des faits divers absurdes. Le Coup du lapin, et autres histoires extravagantes est son premier livre publié au Tripode.

La bouteille à la mer

Un marin américain, Harvey Benett, a envoyé cinq messages à la mer dans des bouteilles en plastique. Il a reçu une réponse d’angleterre qui l’accuse de polluer les côtes.

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