DÉCONSTRUIRE LE BÂTISSEUR : LE FASCISME DE LE CORBUSIER

En 2016 a été signée une convention pour la création d’un musée autour de l’œuvre de Le Corbusier, le plus fameux architecte français du XXe siècle, face à la Villa Savoye à Poissy. « Une étape décisive », souligne Antoine Picon, président de la fondation Le Corbusier. Le projet, soutenu par le Centre des Monuments Nationaux sous tutelle du Ministère de la Culture, devrait aboutir en 2022-2023. Mais il n’est pas sans soulever, à nouveau, des questions sur le trouble passé de l’architecte. Un livre signé Xavier de Jarcy en 2015, Le Corbusier, un fascisme français (éd. Albin Michel) nous en dit plus.

LE CORBUSIER UN FASCISME A LA FRANÇAISE XAVIER DE JARCY


Si Le Corbusier est « le plus grand architecte du XXe siècle », comme le proclama, à l’annonce de sa mort, André Malraux, il porte aussi de grandes parts d’ombre. Et tous les livres publiés sur l’architecte n’ont pas été des dithyrambes, loin de là. Celui de Xavier de Jarcy, entre autres, paru en 2015, Le Corbusier, un fascisme français, dévoile un homme à la personnalité ambiguë, trouble, voire détestable, quand il collabore avec des mouvements politiques d’extrême droite de l’entre-deux-guerres et le régime de Vichy.

Dans les années 1920 et 1930, Le Corbusier écrit dans différentes revues d’art et architecture et dans des feuilles politiques dirigées par ses amis et compagnons de route, tous membres actifs, et activistes, de partis de la droite la plus radicale et antisémite. Dans les revues fascisantes Plans, puis Prélude, il publie nombre d’articles qui sont autant de manifestes de ses théories urbanistiques et sociales, ségrégationnistes et autoritaires :

Classez les populations urbaines, triez, refoulez ceux qui sont inutiles dans la ville. […] Combien de milliers de parisiens, amas grouillants, sont un poids mort dans la ville, une entrave, une noire misère, un échec, un déchet ?

La ville radieuse, 1935.

ville radieuse corbusier
Le Corbusier, La ville radieuse, Éditions de l’Architecture d’Aujourd’hui, Collection de l’équipement de la civilisation machiniste, Boulogne-sur-Seine, 1935. Réédité par les Éditions Vincent, Fréal et Cie, 1964 © FLC-ADAGP.

En janvier 1941, Le Corbusier est nommé conseiller pour l’urbanisme et va travailler à Vichy auprès du Maréchal Pétain. Dans un texte de février 1941, « L’urbanisme de la Révolution nationale », Le Corbusier défend sa vieille idée de « constructions en hauteur, orientées selon la course du soleil, entourées d’espace et de verdure et complétées par des équipements favorisant l’eugénisme et la santé de la race » (Xavier de Jarcy). De toutes ces mesures naîtra, selon Le Corbusier, une éthique de « la loyauté et de la dureté », autant qu’une esthétique, « expression saine, loyale, poétique et lyrique de l’esprit de notre époque, appliquée au but le plus noble qui soit, la Révolution nationale ». Beau soutien au régime de Vichy ! Il vouera aussi une grande admiration à Mussolini, Primo de Riveira, et même Hitler.

Le Corbusier Plan Voisin
Le plan Voisin est un projet pour le centre de Paris, dessiné entre 1922 et 1925 par Le Corbusier. © FLC/ADAGP
Le Corbusier Plan Voisin
Plan Voisin, Paris. © FLC/ADAGP
Le Corbusier Plan Voisin
Plan Voisin, Paris. © FLC/ADAGP

Après la Libération, la vague de l’épuration l’épargne. Mieux, même : ses conceptions architecturales – bâtiments en béton de très grande hauteur, lignes horizontales parfaitement rectilignes…- vont être mises en œuvre dans les années 50 et suivantes avec l’appui politique et administratif des responsables de la reconstruction et de l’aménagement du territoire. Se dresseront ainsi les grands ensembles péri-urbains de l’après-guerre, « d’une uniformité désolante » (Xavier de Jarcy). Ainsi que les fameuses « Cités Radieuses » à Marseille, Rezé, Briey, Firminy et Berlin, qui fixent les populations, brisent le nomadisme urbain, qu’il a toujours détesté, et font du bâtiment un village vertical, avec son aire de jeu sur le toit, son école, ses rues intérieures, ses commerces, ses équipements sportifs, le tout créant

« des foyers capables de réaliser l’élevage -je dis bien l’élevage- de l’espèce, enfants et adultes » écrit-il dans la revue de l’INED, Population, en juillet 1948.

Ouvrage instructif et …édifiant !

Le Corbusier cité radieuse
Le Corbusier, Cité radieuse de Marseille, 1947-1952.
Le Corbusier Maison radieuse
Le Corbusier, Maison radieuse de Rezé, 1953-1955.
Le Corbusier Corbusierhaus Berlin
Corbusierhaus, Berlin, 1957.
Le Corbusier Cité radieuse de Briey
Le Corbusier, Cité radieuse de Briey, Lorraine, 1959-1962.
 
Le Corbusier Cité radieuse
Le Corbusier, Cité radieuse de Firminy-Vert, 1965-1967.

► à lire : Xavier de Jarcy, Le Corbusier, un fascisme français, Albin Michel, 2015, 288 pages.

►à lire aussi : Marc Perelman, Le Corbusier une froide vision du monde : essai, Michalon, 2015, 250 pages.

►à lire aussi la chronique très nuancée de Michel Guerrin dans le journal Le Monde.

►à lire: communiqué de la Fondation Le Corbusier

►à écouter, sur France Culture : « Soutenir l’œuvre de l’architecte, est-ce « blanchir » Le Corbusier ? »

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