LE CIEL EST PAR DESSUS LE TOIT NOUVEAU ROMAN DE NATHACHA APPANAH

Je lui dirai des mots bleus, des mots qu’on dit avec les yeux… Est-ce que la formulation des mots peut réparer l’absence de mots ? Est-ce que le Verbe comble tout le néant des non-dits ou des pas dits du tout ?

appanah rentrée littéraire

 

Parce que Loup, adolescent un peu lunaire, est incarcéré pour avoir conduit sans permis, pour avoir causé un accident alors qu’il n’est pas encore majeur, sa mère, Phénix, et sa sœur, Paloma, vont renouer et reprendre le dialogue pour le soutenir, lui venir en aide, l’épauler, l’aimer comme il se doit. Parce que l’erreur appartient aux apprentissages, parce qu’on n’est pas toujours sérieux quand on a dix-sept ans.

Mais voilà, ce n’est pas si aisé quand on a rompu l’échange depuis longtemps, quand les silences ont dévoré tout sur leur passage, ont installé une forme de grand vide que plus personne ne contrôle. Pas plus évident quand on est adolescente comme l’est Paloma et qu’on ne maîtrise pas la colère qu’on porte en soi parce que Lolita livrée à la convoitise des plus vieux, des plus suspects parfois. Pas plus évident non plus quand on est une mère comme Phénix qui ne sait plus ou pas comment s’y prendre avec ses oisillons qu’elle aime mais qui semblent hors du nid depuis un moment déjà ; parce qu’elle ne sait pas non plus comment s’affranchir de tout l’amour qu’elle a reçu, qui l’a peut-être même parfois étouffée.

Au cœur même de ce huis clos étrangement teinté par une noirceur ambiante, la plume légère, poétique, solaire de Nathacha Appanah vient mettre la lumière sur des personnages qui en ont tant besoin. Par la grâce de l’écriture, du Verbe – qui reprend sa place peu à peu -, elle conduit ce trio, cette famille, vers l’espoir, vers la douceur, vers une forme de sérénité, au-delà des drames qu’elle a traversés.

Sa mère et sa sœur savent que Loup dort en prison, même si le mot juste c’est maison d’arrêt, mais qu’est-ce que ça peut faire les mots justes quand il y a des barreaux aux fenêtres, une porte en métal avec œilleton et toutes ces choses qui ne se trouvent qu’entre les murs. Elles imaginent ce que c’est que de dormir en taule à dix-sept ans mais personne, vraiment, ne peut imaginer les soirs dans ces endroits-là. 

Ce sont les mots bleus de Christophe qui viennent aussi à la lecture de ces pages profondes…

Je lui dirai les mots bleus, les mots qu’on dit avec les yeux. Toutes les excuses que l’on donne sont comme les baisers que l’on vole. Il reste une rancoeur subtile, qui gâcherait l’instant fragile, de nos retrouvailles, de nos retrouvailles.

Nathacha Appanah est l’auteure de neuf livres qui construisent une œuvre forte et singulière. Son roman, Tropique de la violence, a reçu quinze prix littéraires.

Le ciel par-dessus le toitNathacha APPANAH – Éditions Gallimard – Collection Blanche. 125 pages. Parution : 22 août 2019. Prix : 14,00 €.

Couverture : © Gallimard – Photo auteur Nathacha APPANAH © Gallimard

Lire un extrait ici.

Le ciel est, par-dessus le toit,
Si bleu, si calme !
Un arbre, par-dessus le toit,
Berce sa palme.

La cloche, dans le ciel qu’on voit,
Doucement tinte.
Un oiseau sur l’arbre qu’on voit
Chante sa plainte.

Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là,
Simple et tranquille.
Cette paisible rumeur-là
Vient de la ville.

– Qu’as-tu fait, ô toi que voilà
Pleurant sans cesse,
Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà,
De ta jeunesse ?

Paul Verlaine, Sagesse (1881)

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