Le banquet céleste, un joli nom que celui de cet ensemble de musique baroque créé à Rennes par le contre-ténor Damien Guillon en 2009. Il nous invite à abandonner les nourritures terrestres et leur pesanteur afin de nous consacrer à des nourritures plus spirituelles. Plusieurs fois, nous avons répondu aux invitations de cet ensemble lors de ses productions locales ; franchement, le niveau de qualité atteint par le groupe, malgré une courte existence, méritait un examen plus approfondi.

Rien de plus normal dans ce cas que de rencontrer le responsable. C’est ce que nous avons décidé, et nous lui avons fait subir la question pendant une heure et demie, Il a fait preuve d’une belle résistance, mais a fini par craquer et nous a tout avoué !

banquet céleste
Damien Guillon du Banquet céleste

C’est à l’âge où les jeunes garçons sont encore qualifiés de bambins, qu’il a fait ses premières armes de chanteur. Sélectionné pour faire partie de la prémaîtrise, il lui faudra attendre la classe de sixième pour intégrer la maîtrise de Bretagne, remarquable formation créée et toujours dirigée par Jean-Michel Noël, laquelle, faut-il s’en étonner, est une véritable mine de talents, qui se diluent dans le monde du chant, mais dont on ignore souvent qu’ils ont été modelés par ce méticuleux chef de chœur. Les années d’innocence passent et la voix de Damien attend traîtreusement les représentations de la Flûte enchantée de Mozart, à l’opéra de Rennes, où il chante un des trois garçons, pour manifester quelques velléités de transformation. Il faut donc quitter le cocon rennais et c’est à Versailles, au sein de la maîtrise du centre de musique baroque, sous la houlette de Olivier Schneebeli, que notre jeune breton explore à la fois un registre qui le passionne, le baroque, et les méandres mystérieux des possibilités vocales. Il travaille sa voix de tête et entretien des aigus qui lui venaient assez facilement, pour devenir un haute-contre. La première audition d’une telle voix a toujours quelque chose d’assez déroutant, pourtant Damien Guillon est formel, tous les hommes la possèdent, mais faute d’un entraînement particulier, ne la développent pas. En 2004, c’est presque un bâton de maréchal qu’il reçoit, en intégrant la Schola Cantorum Basiliensis, puisque cela signifie qu’il se place sous l’aile d’un des maîtres du genre, le contre-ténor Andréas Scholl.  Musicien complet, Damien est aussi organiste et claveciniste, en recherche de perfection permanente, il ne manque jamais de consacrer du temps à ces deux instruments emblématiques de l’époque baroque.

banquet céleste

Franc sujet de fierté pour son public rennais, il a été remarqué par les plus grands, et dans son parcours musical, il croise des noms aussi prestigieux que ceux de Jean-Claude Malgloire, Jordi Savall, Philippe Herreweghe, William Christie, etc. la liste des orchestres est tout aussi flatteuse, quant aux lieux où il a eu l’occasion de se produire…il y  a de quoi faire pâlir d’envie, bien des artistes du monde lyrique : Carnegie hall de New-York, Tokyo city Opéra Hall, théâtre de la monnaie à Bruxelles. De toute évidence, si le créateur du Banquet Céleste est souvent invité aux bonnes tables, ce n’est pas le fruit du hasard.

Nous voici donc en 2009, Damien Guillon rassemble autour de lui une sélection d’artistes avec lesquels il a des affinités et qui partagent son goût pour approfondir leurs connaissances du domaine de la musique baroque. L’ensemble musical, en fonction des partitions proposées, est à effectif variable, mais on y retrouve immanquablement, luth, viole de gambe, clavecin et autres cordes, mais d’époque, le tout soutenu par les voix, de soprano à baryton, sans oublier basse et haute-contre. ! Le Banquet Céleste est né ! Rapidement la qualité du travail fourni, conduit le groupe au succès, et à peine porté sur les fonts baptismaux, l’ensemble enregistre son premier disque chez Outhere en 2012. Consacré à l’Anglais John Dowland, ce disque est unanimement salué par la critique et reçoit le prix Alfred Deller de l’académie du disque lyrique. Même destinée pour son enregistrement des sonates 35 et 170 de Jean-Sébastien Bach, cette même année 2012. En 2016, nouveau disque chez Glossa, avec l’excellente soprano belge Céline Sheen,  Jean-Sébastien Bach est à nouveau mis l’honneur avec son psaume 51 ainsi qu’Antonio Vivaldi et son Misi Dominus.

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En 2018, plus précisément le 2 février, nous avons eu le plaisir de saluer l’avènement de son quatrième opus, consacré au grand musicien italien Girolamo Frescobaldi. Étonnant de qualité, il serait étrange que ce travail ne trouve pas l’assentiment du monde de la musique comme l’ont connu, les productions précédentes du Banquet céleste. C’est musical, c’est beau, c’est un travail extrêmement soigné et très réfléchi dans sa progression. Par un ordonnancement élaboré, l’intensité musicale du disque monte avec une grande régularité et nous tient en haleine. Tout y est beau, de la présentation de la jaquette, à l’exigeante qualité instrumentale, sans oublier bien entendu les qualités vocales. Et tout cela, grâce au travail d’un jeune Rennais, qui a vu le jour en notre belle cité en 1985. N’est-ce pas là l’occasion de pousser un cocorico breton ? Le Banquet Céleste est en résidence à l’opéra de Rennes pour une saison encore, c’est l’occasion d’aller vous faire une opinion. C’est possible le 21 février 2018 à Rennes avec Médée, dans le cadre du programme « révisez vos classiques » puis le 10 avril 2018, même programme, avec « Didon et Énée » à l’opéra de Rennes bien entendu.

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Pour les plus curieux, c’est jeudi 22 février 2018 à 12h30, chez l’excellent disquaire « Aux enfants de bohème » situé au 2 rue du Maréchal Joffre à Rennes, que Damien Guillon se produira accompagné d’un claveciniste et vous donnera un aperçu de son talent. Un rendez-vous à ne pas rater. Et si vous l’ignorez encore, vous saurez ce qu’est un contre-ténor.

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