Roman policier-fantastique, La Nef des Damnés – sous titré : « Quand le Mal s’abat sur la Bretagne…» – est le quatrième ouvrage de l’auteur breton Jean-Paul Le Denmat. Débuté il y a plus de 2 ans et demi, cette fiction dépeint en partie l’expansion d’une épidémie mortelle de coronavirus, le MERS-CoV. Ces lignes prennent une tournure effrayamment réaliste lorsqu’elles sont lues pendant une période de confinement…. Entretien avec l’auteur.

La nef des damnés

Résumé : Sous la tempête de neige, le monde prépare Noël. Les capitaines Le Maoût et Liotard du SRPJ de Rennes sont de garde. Un cadavre nu est découvert dans la galerie d’une ancienne ardoisière près du lac de Guerlédan en centre-Bretagne. Deux squelettes d’enfants disparus depuis vingt-neuf ans gisent au fond d’un puits un peu plus loin… Le Maoût, qui s’est enfoncé dans les entrailles de la Terre pour essayer de comprendre, ne croit pas au hasard… Il a bien senti, lorsqu’il était en bas, peser sur lui un regard, il a bien remarqué cette forme luisante qui l’observait dans l’obscurité… Pendant ce temps, au-dehors, une menace grandit. Le Mal noir ne va pas tarder à se mettre à table… L’épidémie de grippe qui sévit (le MERS-CoV) semble particulièrement ravageuse. Des milliers de cercueils attendent leur heure et les autorités s’apprêtent à affronter le fléau et à faire face au chaos. Ce passionnant thriller à l’ambiance apocalyptique vous plongera dans les noirceurs de l’âme humaine. 

La nef des damnés

Unidivers – Comment est née votre envie d’écrire des romans ?

Jean-Paul Le Denmat – L’envie d’écrire des romans remonte à mon enfance, lorsque j’avais 11 ou 12 ans. Je pense que c’est la découverte du cinéma qui a alimenté celle-ci. En 1964, j’étais au pensionnat. Nous avions le droit à une soirée télé par semaine. Le film Le Lit à colonnes de Roland Tual avec Jean Marais et Odette Joyeux (1942) m’a bouleversé. Au point de me donner l’envie d’écrire et de reproduire cette émotion si violemment ressentie.

Quand j’étais enfant et adolescent, j’étais un boulimique de lecture, je passais mes jours et mes nuits à lire. Mais je ne lisais jamais des polars, des thrillers ou des romans noirs. J’aimais plutôt lire des auteurs classiques comme Steinbeck, Hemingway, Camus, Troyat.

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Unidivers – Pourquoi écrire des polars si ce n’est pas ce que vous aviez l’habitude de lire enfant ? 

Jean-Paul Le Denmat – Autant la littérature policière ne m’intéressait pas trop, autant je me suis nourri de ce genre de cinéma. Comme j’ai ressenti le besoin d’écrire plutôt que de réaliser de films, écrire des thrillers me permet de décortiquer toutes les perversions humaines, de travailler sur la société et le monde dans lesquels nous vivons sans barrière ni limite. Puisque je ne me sentais pas capable de produire de la littérature sociale comme le font déjà à merveille Zola ou Steinbeck par exemple, je trouvais que la littérature de polar/fiction était pour moi une opportunité de, malgré tout, travailler sur la société.

« Les sujets qui m’ont toujours intéressé et qui m’intéressent de plus en plus, ce sont des sujet relatifs à la société et à l’actualité. »

Unidivers – Quand avez-vous commencé à écrire ? 

Jean-Paul Le Denmat – J’ai commencé à écrire très jeune. D’abord des petites choses comme de la poésie et des nouvelles qui, jusqu’à aujourd’hui, sont toujours rangées dans mes tiroirs.

Ensuite, la vie m’a un peu rattrapé. Je suis rentré dans la vie active et familiale et donc j’ai commencé à écrire mon premier roman seulement lorsque j’avais une trentaine d’années. J’ai mis beaucoup de temps à l’écrire. Il s’agissait d’un policier/fantastique intitulé Les griffes de l’ange (2001) publié chez Liv’Éditions, une maison d’édition basée au Faouet dans le Morbihan. Je me suis amusé à relire quelques pages il n’y a pas très longtemps et pour tout vous dire, l’histoire est très intéressante, mais l’écriture n’est pas terrible. Heureusement, l’écriture, ça se travaille ! (rires)

Avec la même maison d’édition, j’ai ensuite publié Le 108e cercle (2005) qui, je trouve, est écrit dans un style beaucoup plus abouti. Le 108e siècle traite de la manipulation mentale. En théorie, ce roman ne devait pas avoir de suite, mais comme il a connu un succès relativement prononcé pour une petite maison d’édition, j’en ai fait une suite : La stratégie des ombres (2011).

Puis j’ai arrêté d’écrire pendant 7 ou 8 ans. J’ai commencé plusieurs histoires que je n’ai pas terminées, notamment parce que j’avais énormément de travail. Les seules qui ont abouti ce sont des nouvelles sur le monde rural des années 1950/1960 qui, je l’espère, sortiront d’ici quelque temps.

Unidivers – Écrire des romans n’est donc pas votre activité principale ?

Jean-Paul Le Denmat – Étant aujourd’hui à la retraite, si (rires). Mais j’ai mené une vie professionnelle assez particulière. Je suis agréé en architecture, mais j’ai fait plein d’autres choses, comme tenir une exploitation agricole. J’ai terminé ma carrière en tant que responsable de travaux à la chambre de Commerce et d’Industries des Côtes d’Armor.

Ces passions pour le cinéma et la littérature m’ont également conduit à écrire et monter le spectacle de l’abbaye de Bon-Repos, l’un des plus grand spectacle historique de France. Il se situe en Centre Bretagne, devant l’abbaye de Bon-Repos, près du lac de Guerlédan. Composé de très grands tableaux et de projections d’images monumentales, ce spectacle dure 2 heures et nécessite plus de 350 figurants. Un peu comme un mini Puy du Fou. [Retrouvez plus d’informations sur le spectacle de l’abbaye de Bon-Repos : ici.]

Pour ce spectacle, j’ai composé la mise en scène, le scénario et le texte. En d’autres termes, le spectacle m’appartient intellectuellement !

La nef des damnés
Image extraite du site du spectacle de l’abbaye de bon-Repos

Unidivers – Pourquoi avoir eu envie d’exploiter l’idée de la pandémie dans La Nef des Damnés ?

Jean-Paul Le Denmat – Entre 2012 et 2013, il y a eu un début de pandémie de Coronavirus MERS-CoV en Arabie Saoudite qui a causé de nombreux décès dans ce pays et dans les pays limitrophes. Comme la surpopulation mondiale et les effets qu’elle cause sur la planète sont des sujets sur lesquels j’avais envie de travailler depuis longtemps, j’ai cherché comment allier ces notions et l’expansion d’une pandémie. Je me suis dit que ça pouvait être intéressant de créer des personnages un peu fous, capables de créer une pandémie ou de profiter d’une épidémie en route pour faire en sorte que celle-ci devienne un fléau monstrueux.

« Le monde dérivait-il vers de noirs abîmes ou était-il le reflet de sa propre noirceur ? Probablement les deux. » P. 334 La Nef des Damnés.

Unidivers – Comment avez-vous procédé pour faire en sorte que ce vous décrivez dans votre ouvrage concernant l’expansion de l’épidémie soit aussi réaliste, au point d’être réellement en train de se produire dans notre société ?

Jean-Paul Le Denmat – Pour imaginer comment pouvait se répandre la pandémie et quelles en seraient les conséquences, j’ai fait énormément de recherches sur Internet qui est une ressource inépuisable. J’ai beaucoup approfondi l’épidémie survenue en Arabie Saoudite en 2012 puis, j’ai imaginé ce qu’il pouvait se passer, tout en essayant d’être le plus logique possible. Si une pandémie de cette virulence et de cette importance se développait, j’ai réfléchi quelles décisions seraient automatiquement prises, en prenant en compte les impacts sur les plans sanitaire, social et économique. Il faut dire que du haut de mes 66 ans, j’ai eu le temps d’analyser comment le monde tourne (rires) !

Unidivers – Quels effets cela vous fait-il de constater que votre fiction se teinte de la couleur du réel ? 

Jean-Paul Le Denmat – Effectivement, je me rends compte que plusieurs de mes descriptions fictives issues de mes recherches sont en train de devenir des réalités. Soit dit en passant, cela ne me réjouis pas vraiment, j’aurais souhaité que l’épidémie actuelle ne se produise pas. Mais par exemple dans La Nef des Damnés, il y a un passage où un personnage sort de la gare et se retrouve face à un système automatique pour prendre sa température. J’avais glissé cet élément dans mon roman parce que je l’avais trouvé en faisant des recherches, mais il n’avait jamais été employé. Aujourd’hui, cet appareil est en train d’apparaître sur le marché. Tout ceci est vraiment très étrange et excessivement perturbant pour moi…

Unidivers – Comment est née l’idée de la Nef, cet endroit si particulier hors du monde et hors du temps ? 

Jean-Paul Le Denmat – Dans chacun de mes ouvrages, surtout dans Le 108e cercle et La stratégie des ombres, il y a une notion d’enfermement qui est très présente et je suis capable, au travers de mon histoire personnelle, de m’expliquer le pourquoi du comment. Dans La Nef des Damnés, cette Nef est un lieu créé par le double personnage de Fañch et Baptiste qui n’a qu’un seul et unique objectif de vie : punir les gens qui ne l’ont pas été suffisamment. J’avais envie d’exploiter cette notion de punition, mais sans pour autant tuer ceux qui nuisent à la société. En faisant des recherches, j’ai découvert qu’il existait il y a un siècle, autour du lac de Guerlédan, des anciennes ardoisières. Je ne les ai jamais vues de mes propres yeux, mais pour mon ancien travail, j’avais eu l’opportunité de visiter les ardoisières d’Angers et de Trélazé. À partir de ces souvenirs, j’ai donc imaginé des grottes immenses, accessibles uniquement par l’eau à ceux qui en connaissent l’existence et composées de multiples passages secrets, dans lesquelles seraient enfermés des “hôtes”.

Unidivers – Comment procédez-vous pour écrire vos romans ? La Nef des Damnés suit plusieurs personnages tour à tour, avez-vous d’abord écrit chaque histoire séparément avant de les enchevêtrer ?

Jean-Paul Le Denmat – Non. Quand j’écris je ne fais jamais de plan. Je pars toujours d’une idée et d’une image de départ que je développe ensuite. Pour La Nef des Damnés, le sujet était la surpopulation mondiale. L’image était celle d’un joggeur qui tombe lors d’un footing dans les collines au-dessus du lac de Guerlédan. En tombant, il découvre une cabane abandonnée qui lui réserve bien des surprises…  Ensuite, ce sont les personnages qui me guident pour dérouler le fil de mon histoire. Parfois, j’ai le sentiment que ce n’est pas entièrement moi qui rédige mon roman, mais plutôt que ce sont les personnages qui m’obligent à orienter mon récit vers telle ou telle situation logique. Et moi je ne fais que dépeindre la situation comme je l’imagine. J’écris vraiment au fil des pages. Ma constitution spirituelle et intellectuelle m’interdit d’aller au-delà dans mon récit si l’écriture d’une page ne me convient pas parfaitement. C’est pour cette raison que j’ai mis 2 ans et demi pour écrire La Nef des Damnés !

Unidivers – Des petits secrets d’écriture ? 

Jean-Paul Le Denmat – Pas forcément. Si ce n’est que j’avais écrit mon premier roman en écoutant les musiques du film Mission réalisé par Rolland Joffé. Mais depuis, lorsque j’écris j’ai besoin d’être dans un endroit silencieux, je suis désormais incapable d’écouter quelque chose lorsque je me concentre sur mon écriture. Ma seule manie c’est de revenir sur mes phrases tant que leur musicalité, à mon oreille, n’est pas parfaite.

Les retours que je reçois sur ce roman pointent du doigt la dimension effrayamment réaliste. Surtout en ce qui concerne la pandémie et la description des lieux. Il est en effet très important pour moi que mes lecteurs puissent immédiatement se rendre compte avec précisions de l’environnement dans lequel les personnages évoluent. Et mon petit secret pour obtenir des détails très précis sur des lieux c’est d’utiliser des logiciels comme Street View. Je passe un temps fou à me promener, à visualiser, à observer les nombreux détails. Dans mes romans, lorsque je décris un lieu ou une maison, ils existent réellement, même si je n’y suis pas forcément allé. Je conseille ce genre de logiciel à tous les auteurs et romanciers !

J’aime bien aussi avoir un personnage récurrent. Cela me rassure et m’oblige à continuer à écrire ses péripéties. Ludovic Le Maoût est le personnage qui figure dans tous mes romans.

 

Unidivers – Vous travaillez actuellement sur un nouveau roman ?

Jean-Paul Le Denmat – Tout-à-fait. J’ai quasiment terminé un nouveau roman où Ludovic Le Maoût est toujours présent. Celui-ci s’intitule En attendant l’éternité. Il traite des migrants. En faisant des recherches pour mes précédents romans, j’étais tombé sur une information interpellante : plusieurs services de Police dont Europole, se sont aperçus qu’entre 10 000 et 15 000 migrants, surtout des jeunes, ont disparu de la circulation sur le territoire européen. Ceci m’a vraiment interpellé et je me suis donc demandé ce qu’il pouvait arriver à ces milliers de gens. À partir de là, j’ai créé une histoire sur l’esclavage humain, sur les trafics humains, les trafics d’organes, etc. Il sortira sûrement à la fin de l’année 2020 aux éditions Palémon. 

Sur le site Babelio, les commentaires des lecteurs concernant La Nef des Damnés parlent d’eux mêmes :

« J’ai adoré le style de cet auteur, le vocabulaire et le ton parfaitement adapté à l’histoire et aux personnages de ce roman que j’ai découvert en avant-première.
On ne peut plus vraiment parler d’anticipation quand l’auteur est rattrapé par l’actualité, la pandémie traitée de façon si réaliste est maintenant un sujet d’actualité. La surpopulation, thème plus rarement abordé et presque tabou, pourrait bien amener des fous adeptes des solutions radicales à utiliser ces moyens extrêmes. Peur de la contagion, effondrement du tissu économique, dépôts de bilan et faillites en chaîne : la gestion de la pandémie grippale est tout à fait crédible et contribue à l’efficacité de l’histoire …
Les thèmes abordés par Jean-Paul le Denmat dans cette intrigue complexe sont d’un réalisme presque perturbant.
L’atmosphère si particulière de la Nef, avec son obscurité et ses « hôtes », fait figure de monde à part, accentuant le contraste avec la frénésie et le chaos qui s’abattent à la surface. L’ambiance hostile de la tempête ajoute une dimension glaciale au danger oppressant de la pandémie.
Le contraste est aussi dans les quelques scènes familiales et l’amour qui viennent parfois éclairer ce roman et mettent encore en relief ses aspects très sombres.
Le commissaire et Baptiste ont des personnalités bien nuancées, très complexes, tourmentées par de douloureux souvenirs, des héros ni tout blancs ni tout noirs, particulièrement humains. Ceux qui gravitent autour d’eux ne sont pas oubliés, ils ont beaucoup de présence, ils sont intéressants et crédibles, pas un n’est insignifiant. Et les dialogues sont parfaitement naturels.
Les événements s’enchaînent et les pages défilent avec une facilité déconcertante.
Bref, un thriller que je conseille plus que vivement : une histoire prenante avec de multiples facettes, un scénario complexe, mais facile à suivre et bien construit, des personnages dont les destins se croisent et qui ne laissent pas indifférent, des scènes d’action percutantes, un rythme qui maintient l’intérêt d’un bout à l’autre … et la petite touche fantastique qui va si bien à la Bretagne. » Plus de commentaires à retrouver ici.

La Nef des Damnés 

ÉDITIONS PALÉMON

Prix : 10 €

Parution 14 février 2020
Format 11 x 18 cm (format poche)
Pages 648
Reliure Dos carré collé
ISBN 9782372605755

À commander sur le site des éditions Palémon : ici

Disponible en e-book.

Julie Pialot a suivi des études de Lettres Modernes. Pendant une année d'ERASMUS à Pondichéry (Inde), elle a rédigé un mémoire sur la littérature de voyage en Orient, avant de compléter sa formation à l'école de journalisme de Marseille. Passionnée de voyages et de nouvelles découvertes, c'est en Bretagne, son choix de coeur, qu'elle a choisi de mettre en valeur les initiatives culturelles locales.

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