LA METALLO DE CATHERINE ECOLE-BOIVIN : UNE VIE AUSSI DURE QUE L’ACIER

La Métallo… Une vie aussi dure que l’acier… Honneur aux femmes de bonne volonté ! « Yvonnick a un prénom et des bras d’homme ». Après la mort de son mari, la jeune veuve et mère d’un enfant fragile prend la relève et devient métallo. Publié aux éditions Albin Michel, le roman La Métallo de Catherine Ecole-Boivin « trace le portait empreint d’humanité du monde ouvrier ».

C’est tout un art de passer de la réalité à la fiction sans la déformer. Le roman se nourrit-il toujours de la réalité ? La réalité peut-elle influencer la fiction ? L’enrichir, l’appauvrir ou la servir ? Telles sont les questions que chaque lecteur, chaque écrivain est en droit de se poser devant l’œuvre d’un auteur, devant la page blanche avant de commencer à bâtir une œuvre.

la métallo catherine école-boivin
© Léon Claude Vénézia/Roger-Viollet

Avec délicatesse autant que de célérité, on sent bien dans ce roman de Catherine Ecole-Boivin combien l’auteure a multiplié les recherches, le vrai, la précision de l’orfèvre avant de proposer aux lecteurs La Métallo, roman totalement inspiré du réel. À vous en laisser totalement sans voix, sans respiration, tellement chaque page tourne en boucle dans la tête, dans les tripes de celui ou celle qui fait l’honneur de s’y plonger. Car, à aucun moment, on n’est en capacité de décrocher… Pourquoi ? Parce que l’intrigue nous tient en haleine pendant plus de 300 pages.

Et l’héroïne, cette singulière Yvonnick, est totalement attachante, pas seulement par les coups du sort qui la guettent dès l’enfance, mais tout au long de son existence. Une existence pas comme les autres… Trimballée qu’elle est, entre mélancolie et quelques soupçons de nostalgie d’une époque pas facile facile, mais peut-être, au final, moins cynique que celle d’aujourd’hui.

la métallo catherine école-boivin

Yvonnick est métallo dans une aciérie de l’ouest de la France, du côté de Nantes. Peu banal pour une femme dans les années 1960. Et pourtant, cette jeune femme au caractère bien trempé ne laisse pas sa place aux autres, et surtout pas aux hommes qui ne manquent pas de la railler. Elle n’en a cure, elle a besoin de travailler, de ramener son maigre salaire (30 % de moins que celui d’un homme) à la maison pour élever son petit Mairobin, enfant trisomique, qu’elle a eu avec Julien, métallo lui aussi, mais mort sous les roues d’un chauffard.

Dans la chaleur de la forge, auprès de la machine à découper des plaques de métal (qui n’est pas sans rappeler une certaine « bête humaine »), Yvonnick sait faire preuve de force, de volonté, de solidarité côtoyant non sans courage des hommes qui boivent pour se donner du courage, qui pensent souvent au sexe et ne lésinent pas sur les blagues salaces ou laissent encore balader leurs mains dès que l’occasion se présente.

la métallo catherine école-boivin

Et que dire des contremaîtres vachards, des patrons au loin qui ne calculent que les profits qu’ils engrangent sur le dos des ouvriers, qui eux, se tuent littéralement à la tâche et ne profiteront pas de leur retraite, parce que bouffés par une pléiade de maladies incurables. Yvonnick n’a pas de couilles, mais elle a la place et le caractère pour (c’est elle qui le dit) et n’est pas mal à l’aise d’en découdre parfois avec les fâcheux. Au milieu de ce quotidien « germinalien », elle va aussi rencontrer l’amour ou croire parfois rencontrer l’amour, sillonnant d’illusions en désillusions. Et si la vie de quelques-uns l’entoure, la mort reste omniprésente jour et nuit et ne manque pas la mettre à l’épreuve… Il n’empêche… Elle tient bon !

la métallo catherine école-boivin
Catherine ECOLE-BOIVIN © DRPrix

« Inspiré d’un authentique témoignage, le destin d’Yvonnick fait revivre un monde aujourd’hui disparu. De l’apogée de l’industrie française dans les années 50 à son déclin en 1980, Catherine Ecole-Boivin trace dans ce roman d’une vie peuplée d’étincelles, le portrait empreint d’humanité du monde ouvrier. » Un roman incontournable de cet automne.

La Métallo – Éditions Albin Michel – 330 pages Parution : octobre 2018. 19€50.

Laisser une réponse

SVP rédigez votre commentaire
Merci d'inscrire votre nom