Loin du film de Jacques Rouland sorti en 1974, La Gueule de l’emploi donne à voir le recrutement d’un poste de commercial dans une entreprise d’assurances. Ce documentaire de Didier Cros met à nu les mécanismes violents d’un certain monde du travail. Inquiétant.

Comment notre société occidentale en est-elle arrivée là ? C’est la question que l’on se fait, à moitié groggy, après avoir vu La Gueule de l’emploi. Dans une salle de réunion anonyme, devant un jury de recruteurs, une dizaine de chômeurs sont prêts au combat. Un seul d’entre eux aura la chance d’être recruté par le GAN pour vendre des produits d’assurance en échange d’un SMIC. Deux jours à tenter de surpasser les autres au travers de tests de personnalité éprouvants et humiliants.

Dans une posture quasi sadique et assurément odieuse, les recruteurs turent à hue et à dia les candidats. Ils s’emploient à les déshabiller puis à les déconstruire afin de les déminer, croient-ils, alors qu’ils ne font que les déshumaniser. « Pourquoi transpirez-vous ? Êtes-vous vraiment vous-mêmes ? », etc.

Didier Cros filme froidement cette arène où quelques gladiateurs d’un monde en déroute sont pressés d’être combattifs pour mieux écraser les autres, autrement dit, la concurrence.

Heureusement, dans cette corrida, ce huis clos, ce théâtre de la supercherie, certains résistent et refusent cette servitude volontaire. Pour le grand bonheur des autres restant en lice. Gérard et Julie, les deux derniers candidats, triomphent sans gloire cependant. Leur lucidité est désarmante : « On n’a pas le choix : on est obligé d’être soumis […] dans le monde désenchanté dans lequel on vit ».

Le culte de la performance commence ici. Où mène-t-il ? Pour certains, au suicide. Bien entendu, ce n’est pas grave : cela libère une place.

La Gueule de l’emploi, documentaire de Didier Cros, est passé le jeudi 6 octobre à  23 h sur Antenne 2. Il ne devrait pas tarder à être reprogrammé. Produit par Félicie Roblin et Zadig productions.

Animula blandula vagula : Âme de diaphane intimité, hôtesse et compagne de mon corps, tu verses vers des lieux délavés, escarpés et dénudés, où ne résonnent tes jeux d'esprit…

Un commentaire

  1. 5 sadiques à la solde d’une « grande entreprise » française pour rabaisser, humilier et monter les uns contre les autres des candidats à un emploi (qui plus est payé au smic) . Il faut le voir pour le croire! Le GAN pourrait économiser les 2 jours payés à ses 5 sadiques et offrir un recrutement honnête et digne de ce nom. Les candidats sont faut-ils le rappeler des êtres humains prêts à échanger leur travail contre une rémunération et non pas leur dignité contre le plaisir à peine masqué d’une poignée de l’interrogatoire.

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