LA GRANDE COURSE DE FLANAGAN, LE MARATHON AMÉRICAIN DE TOM MC NAB

Les sombres années 30 aux USA, et leur cortège de misère sociale, a fait naître des défis aussi inouïs qu’inhumains. Le roman de Tom McNab, La grande course de Flanagan, écrit en 2002, traduit en français dix ans plus tard, naît de cette période et de ce contexte. À ce titre il a quelque chose du livre puissant d’Horace Mac Coy On achève bien les chevaux, écrit en 1935.

 

Le roman de Tom McNab nous raconte l’aventure démesurée d’une grande course de fond, incroyable marathon entre Los Angeles et New York, qui n’a rien d’imaginaire. Cette folie pédestre est née, en effet, sur l’initiative de C.C. Payle, un manager de spectacles, qui lança la « Trans American Footrace » courue, à la fin des années 20, par 199 coureurs, dont 55 seulement achevèrent leur périple, en 84 jours pour les premiers concurrents arrivés au bout du périple. Cette course se perpétue de nos jours, la dernière en date ayant eu lieu en 2015.

TOM MC NAB FLANAGAN

 

Le romancier Tom McNab, ancien coureur de fond lui-même, en a fait une fiction qui eut un succès de librairie considérable aux États-Unis dès sa parution. Dans le roman, l’organisateur de la course s’appelle Charles C. Flanagan. Il donne le départ, un jour de mars 1931, de « la plus grande course de fond […] jamais courue dans l’histoire de l’humanité, une course dans laquelle l’élite des athlètes du monde entier entreprendra de traverser le grand continent américain. Chacun est un nouveau Christophe Colomb car il pénètre dans l’inconnu pour se lancer dans une conquête jamais tentée auparavant par aucun athlète ! » s’exclame-t-il avec ardeur sur la ligne de départ, entouré, pour le spectacle, de sommités du cinéma et du sport : Buster Keaton, Mary Pickford, Jack Dempsey, Douglas Fairbanks…

AMERICAN FOOTRACE

Rien n’est négligé de la partie extra-sportive non plus : une caravane publicitaire et même un cirque précéderont les concurrents ! 2000 compétiteurs et compétitrices venus de soixante pays formeront une troupe hétéroclite de champions aguerris et de coureurs du dimanche dont certains courront pour le prestige, et les autres pour les primes substantielles, véritables aubaines en ces années de naufrage économique et d’immense misère sociale. La sélection sera dure dès les premières étapes :

« Près de mille coureurs éliminés en quatre jours ! Cette course ressemble plus à un massacre qu’à une compétition » admettra Flanagan.

TOM MC NAB FLANAGAN
Tout le roman de Tom McNab va se focaliser sur quelques concurrents, « rapprochés par l’amitié », aux parcours de vie très différents : Doc Cole, « le père de la course de fond américaine », devenu athlète professionnel , Lord Thurleigh, insolite aristocrate anglais coureur de fonds, accompagné de son chauffeur qui le suivra avec la Rolls jusqu’à ce qu’elle rende l’âme sous la chaleur américaine, Hugh McPhail, chômeur et athlète de haut niveau préparé dans les lointaines landes brumeuses de son Écosse natale, Juan Martinez, appâté par les primes qui sauveraient de la misère les habitants de son petit village de la montagne mexicaine, Mike Morgan, solide ouvrier métallurgiste, chômeur et veuf, victime de la Grande Dépression, attiré avant tout par l’argent de la victoire, et la belle Kate Sheridan, une athlète au « sourire chaleureux et féminin […], Isadora Duncan du sport », à cent lieues de l’image des « viragos poilues aux cuisses épaisses », qui sera l’objet de bien des regards masculins et de bien des commentaires journalistiques.

AMERICAN FOOTRACE

Tous finiront par former un groupe soudé par de forts liens d’amitié et même de tendresse et d’amour– entre Kate et Mike, en particulier-, tissés tout au long de cette traversée homérique des USA. Une traversée ponctuée de coups de théâtre mettant constamment en péril l’organisation de la course ou la sécurité des coureurs, elle-même mise à mal par la mafia meurtrière d’Al Capone à l’étape de Chicago. Sans parler de la rivalité malsaine de coureurs allemands, drogués, venus des Jeunesses hitlériennes, de la surveillance constante du FBI, et, enfin, des pressions du Comité olympique américain qui voient dans la grande course de Flanagan une intolérable concurrence à l’approche des futurs JO de Los Angeles.

tom mc nab FLANAGAN
La petite bande de coureurs, singulière et solidaire, ira jusqu’au bout des 5063 kilomètres et résistera aussi bien au froid polaire des Rocheuses qu’aux chaleurs infernales et pluies diluviennes du désert californien. Nos athlètes, héros du livre, finiront l’aventure au cours de l’ultime étape new-yorkaise organisée en un marathon à travers la ville. Ils franchiront unis, et en vainqueurs, la ligne d’arrivée, dans un magnifique geste de fraternité, portés par l’enthousiasme d’un public gagné, tout au long de la traversée du continent nord-américain, par la fièvre de cette course hors norme.

AMERICAN FOOTRACE route 66

Tout est réuni dans ce qui est, ici, un vrai roman d’aventure, humaine et sportive, haletant comme un roman policier, qui aimante le lecteur pendant plus de 600 pages et qui pourrait devenir aussi un grand long-métrage, comme le magnifique On achève bien les chevaux réalisé par Sydney Pollack.

Tom McNab : La grande course de Flanagan [Flanagan’s Run], éditions Autrement, préface : Cécile Coulon, traduction : Jacques Polanis, paru le 13/06/2018, , ISBN : 9782746747746, 23 euros.
La petite bibliothèque du coureur, anthologie de textes sur la course à pied, concoctée par Bernard Chambaz qui nous fait (re)découvrir des auteurs, d’Homère et Hérodote jusqu’à Georges Pérec et Jean Giono, ayant tous écrit sur le sujet.

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