Chris, petit dealer minable de Dallas, aux prises avec un parrain local, décide de faire appel aux services de Joe Cooper, flic véreux et tueur à gages aussi pointilleux que névrosé. Objectif ? Éliminer sa propre mère en vue de toucher l’argent de son assurance-vie. Chris embarque son alcoolique de père et sa belle-mère qui le déteste cordialement dans l’affaire. Malgré ou à cause du professionnalisme de Joe, les choses vont tourner de mal en pis. Chris n’avait certainement pas imaginé que sa soeur Dottie, dont le léger retard mental fait d’elle le seul être bon dans ce bestial cloaque humain, se révélerait finalement être à la fois le véritable enjeu et la némésis de cette très sale affaire.

William Friedkin est le réalisateur des classiques du cinéma U.S. que sont French Connection, The Exorcist et Cruising. Autant dire un habitué de l’intrigue, de la haute tension nerveuse, de l’angoisse et de la mise en perspective abyssale de la violence humaine. Avec ce bagage et un sujet aussi tortueux que celui de Killer Joe (adaptation d’une pièce de Tracy Letts, comme l’était le précédent Friedkin, Bug), le spectateur pouvait s’attendre à un moment cinématographique fort, dérangeant et profond. Le compte n’y est pas.

Si certaines scènes sont puissantes, voire saisissantes, on regrettera que le cadre, le montage, la lumière brille ternement d’un classicisme des plus plats. Une accumulation de médiocrité, petitesse, bassesse des personnages qui ne sont jamais sauvé par aucun mouvement de désespoir, de conscience tragique de leur situation, de leur nature. Cette exhibition est étalé sur l’écran et ne parvient jamais à nous toucher tant le traitement est convenu. Les folies contradictoires de Dottie et de Joe, leurs deux solitudes, ni ne percent ni ne fonctionnent, si différentes pourtant soient-elles. Faiblesse du scénario ?

Ne connaissant pas la pièce de Letts, difficile de comparer et de mettre le doigt sur ce qui manque vraiment. Toutefois, une chose est évidente. En tant qu’oeuvre autonome, le film de Friedkin manque de profondeur comme de tension. Le personnage de Dottie, si décalé, si étrangement innocent eu égard à l’environnement morbide ne parvient pas à déranger le ronron de cette chronologie criminelle. Il est comme noyé par le conventionnel, comme l’est finalement Killer Joe lui-même.

La première partie du film laisse l’impression, agréable, que ces deux-là pourraient faire partir Friedkin vers un univers à la David Lynch. Et puis, c’est comme si la volonté morbide de la violence la plus bête, la plus cynique, la plus gratuite venait à bout des ambitions du réalisateur. Et là, pour le coup, il frappe fort. Mais que c’est long… que c’est pénible… tant cela apparaît, en particulier au vu de la scène finale, purement gratuit et tristement évident. Au final, seul le spectateur ado adepte des portait complaisamment morbides se délectera d’un univers et de personnages sordides, cruels, que l’art n’éclaire nullement ni dans leurs failles ni dans leurs causes. Friedkin s’en tient à une technicité qui n’est même pas dérangeante, c’est sans doute le plus grave. Much Blood About Nothing !

Killer Joe, de William Friedkin, avec Mathew McConaughey, Emil Hirsch, Juno Temple, septemnbre 2012

La culture est une guerre contre le nivellement universel que représente la mort (P. Florensky) Journaliste, essayiste, musicien, a entre autres collaboré avec Alan Stivell à l’ouvrage « Sur la route des plus belles légendes celtes » (Arthaud, 2013)
thierry.jolif [@] unidivers .fr

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