13 000 Juifs ont été arrêtés puis internés les 16 et 17 juillet 1942 lors de la rafle du Vél’d’Hiv. On a longtemps cru qu’il ne restait de ces journées qu’une seule et unique photo, quelques documents administratifs, et de trop rares témoignages. Récemment, au Mémorial de la Shoah, Karen Taïeb, responsable des archives, a découvert une poignée de lettres écrites dans l’enceinte même du Vélodrome d’Hiver et sorties clandestinement. Tous les auteurs de ces lettres ont été déportés. Parmi eux, seule une femme est revenue. Réunies ici pour la première fois, reproduites en fac-similé et retranscrites, ces lettres nous plongent de façon saisissante dans la réalité de cet épisode tragique de la Seconde Guerre mondiale. Je vous écris du Vél’ d’Hiv : Les lettres retrouvées.

 

Voilà ce qu’il arrive lorsque la responsable des archives du Mémorial de la Shoah, Karen Taïeb, retrouve quelques lettres écrites lors de la rafle des 16 et 17 juillet 1942 à Paris : un recueil de témoignages poignants, de photographies qui rendent terriblement vivant ce douloureux évènement.

Avec une préface de Tatiana de Rosnay, l’auteure d’Elle s’appelait Sarah adapté au cinéma en 2010, cet ouvrage se révèle intéressant par sa mise en page et sa construction.
Dans Je vous écris du Vél’ d’Hiv : Les lettres retrouvées, quatorze chapitres mettent en scène des individus, hommes, femmes ou enfants, qui témoignent malgré eux de leur arrestation et des conditions de vie dans le Vélodrome d’Hiver. Ce lieu retenu pour parquer les juifs lors de la Rafle de mi-juillet 1942. Ce qui touche, c’est de lire ces mots, ceux-là mêmes que l’on connaît (chaleur, puanteur, manque d’hygiène, vacarme, etc.) mais qui prennent une tout autre dimension lorsqu’ils sont écrits par ceux qui en sont les victimes. Ce qui frappe et déstabilise également, c’est la mention des êtres chers, mais liés à des considérations (« Je ne sais pas si je vais la revoir ») qui font comprendre au lecteur que personne n’est vraiment dupe de l’avenir…

Ces lettres sont des demandes de colis avec de la nourriture, mais aussi des sollicitations plus fortes : s’occuper d’un enfant, ne pas en affoler un autre en lui mentant sur ce qui arrive à sa famille, récupérer les affaires dans les appartements avant que les autorités s’en chargent, etc. Mais pour certaines, ce sont aussi, sans aucun doute, des lettres d’adieu : « Je vous dis adieu, je regrette tout le mal que j’aurais pu vous faire et les soucis que je vous ai occasionnés » (p. 25).

Les lettres sont reprographiées telles quelles, puis retranscrites (parfois corrigées) en italique. Les témoignages sont ainsi rendus plus proches du lecteur, plus dramatiques aussi. D’autant que Karen Taïeb ne manque pas d’informer du devenir des protagonistes : date du transfert dans les camps transitoires français (notamment Drancy) ainsi que la déportation dans les camps d’extermination : Auschwitz-Birkenau, Bergen-Belsen. Phrase de conclusion : « Aucun d’entre eux n’est revenu […] Aucun n’est rentré de déportation ».
En fait, parmi tous ses témoins, un seul d’entre eux, une femme, est revenu.

C’est court, incisif, émouvant. Le carnet de photographies au centre de l’ouvrage ne fait qu’accentuer ce sentiment de proximité.

Des annexes en fin d’ouvrage présentent, entre autres, le témoignage d’une infirmière qui officiait au Vél’ d’Hiv, la copie de la circulaire pour l’arrestation des juifs ainsi que des dessins.
Une bibliographie référencée offre au lecteur d’approfondir le sujet. Elle contient une entrée cinématographique, avec quelques titres de documentaires et de fictions, parmi lesquelles Elle s’appelait Sarah et La Rafle, deux longs-métrages sortis en 2010.

Je vous écris du Vél’ d’Hiv : Les lettres retrouvées est un ouvrage de référence sur ce terrible épisode de la collaboration durant la Seconde Guerre mondiale.

Je vous écris du Vél’ d’hiv : Les lettres retrouvées,
Karen Taieb
Robert Laffont (24 mars 2011)
217 pages
18,50€

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