Avec Karen Engelmann La divine géométrie nous fait voyager… Dans l’espace et dans le temps puisque nous partons pour Stockholm. En 1791. La Révolution française est en marche et ses effets se ressentent jusque dans cette lointaine ville du nord. Même si elle n’empêche pas Emil Larsson de vivre tranquillement sa vie de jeune homme. Il travaille (enfin, il glandouille pas mal) au bureau des Douanes. Et il passe son temps libre à jouer aux cartes, notamment dans le cercle privé de Madame Moineau, qui est aussi cartomancienne et voyante préférée du roi.

Karen Engelmann La divine geometrie
Karen Engelmann La divine geometrie

Un soir, elle lui dévoile une vision promettant amour et union. Ce qui arrange bien le jeune homme, car son chef se lasse de sa vie quelque peu dissolue de célibataire et lui a posé un ultimatum pour qu’il se marie. Madame Moineau lui tire également une Octave : ce jeu de tarot inspiré de traditions anciennes, notamment liées à la divine géométrie, la magie du huit, permet de reconnaître huit personnes qui pourront l’aider à réaliser son destin.

Sauf que l’Octave est bien plus qu’un jeu et que ses pouvoirs sont plus puissants qu’il n’y parait au premier abord. Et il semble que les huit personnes à retrouver par Emil soient toutes liées les unes aux autres, comme elles le sont avec les Octaves de Madame Moineau.

Emil va ainsi faire de nombreuses rencontres. Notamment avec La Uzanne, une veuve follement passionnée par les éventails ainsi que par la politique. Elle vient de créer une école d’éventails, rassemblant tout un aréopage de jeunes filles de bonne famille qui apprennent sous sa houlette à manier le précieux objet et surtout à en comprendre tous les secrets. Car l’éventail est bien plus qu’un objet de mode superficiel, il est le pouvoir d’une femme, son bras armé comme le dit la Uzanne : « Les femmes sont armées de leurs éventails comme les hommes de leurs épées ». Les éventails recèlent un langage précis, et l’auteur nous les décrit avec une passion évidente ; on voudrait pouvoir à notre tour admirer ces objets et en apprendre le maniement ! Ils peuvent être aguicheurs, tendres, mais aussi ensorceleurs, méprisants, violents et même… tueurs… cachant sous leur fin tissu tendu et peint des poisons mortels… Les éventails portent de plus des prénoms féminins et sont véritablement personnifiés, acquièrant ainsi un caractère, une entité propre qui peuvent influencer le cours d’une vie ; ils sont pour ainsi dire vivants.

Emil rencontrera également des gens de toutes conditions. C’est une belle peinture de la Suède de l’époque que nous offre l’auteur à travers eux : la noblesse et ses fêtes extravagantes, son insouciance aveugle ; un capitaine de navire et ses magouilles ; Johanna, une servante étrange qui connait le secret des plantes et a fui un mariage imposé ; le tenancier d’une maison de jeux ; un talentueux maitre en écriture ; et un couple de marchands d’éventails, on revient toujours à cet objet qui semble être au centre de l’intrigue.

A noter que le roman vient avec un superbe jeu de cartes illustrées à l’ancienne et « Le manuel de la divine géométrie » qui explique la méthode de cartomancie de la Moineau. De plus, l’ouvrage est joliment décoré au fil des pages avec quelque figures de cartes et des illustrations qui expliquent les liens des différentes Octaves entre elles.

Le vent révolutionnaire souffle aussi sur la Suède et le règne de Gustave III semble en être à sa phase finale. Les complots sont nombreux et la Uzanne, encore elle, n’est pas étrangère à ce qui se trame. Elle est devenue la maitresse du frère du roi, qui voudrait bien le renverser et prendre sa place et à travers lui. Cette femme ambitieuse tente de s’attaquer au souverain dont le trône vacille déjà. Mais c’est sans compter l’Octave et Emil ainsi que les personnages qui l’entourent, qui feront tout pour faire échouer l’abomination qui se trame.

La divine géométrie est un habile mélange entre roman historique, thriller ésotérique, roman d’aventures, livre de magie… Son suspense est soutenu et le lecteur prend plaisir à découvrir ce pays et son histoire sous un jour nouveau. Tout comme les retentissements qu’a pu avoir la Révolution française sur ses voisins européens. Qu’on croie ou non aux forces occultes et à la magie des cartes, on ne peut qu’apprécier le mystère qui rode et se divertir de cette histoire.

Karen Engelman La divine géométrie, Editions Lattes, octobre 2013, 500 pages, 22 €

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