UNE BOUCHÉE DE TENDRESSE DÉROBÉE À L’IMAGINAIRE DE KALON SARDIN

Contactée par des éditeurs du monde entier, la dessinatrice pour enfant Kalon Sardin demeure fermement attachée à sa ville d’adoption, Douarnenez. De cet amour pour la Bretagne et la nature, l’artiste s’est bâtit un imaginaire onirique et empreint de douceur.

L’enfance est un sujet qui mérite d’être traité avec sérieux. Telles des bulles remontant vers la surface de l’âge adulte où elle finissent par exploser, les premières années de notre vie se heurtent irrémédiablement aux joies comme aux dangers de ce monde. Les dangers, les peurs, Anne connait bien. Elle les a découverts très tôt. Mais plutôt que de les oublier en se réfugiant dans un déni où la jeunesse est sans cesse idéalisée, elle a choisi de les décortiquer et les déconstruire. Trouvant dans le dessin un exutoire autant qu’un medium, elle s’est forgée un univers enchanté, mais aussi pétri de maturité.

Kalon Sardin, c’est le pseudonyme que s’est donné Anne. « Kalon » pour cœur en breton, « Sardin » pour l’emblème de la ville dont elle est tombée amoureuse et qui a finit par l’adopter, Douarnenez. Formée à la décoration intérieure via un cursus en arts appliqués, cette mère de famille a finalement décidé de replonger dans les abysses de l’enfance en faisant de sa passion pour le dessin un métier. Cela fait maintenant trois ans que l’illustratrice est à son compte. Comme pour nombre d’indépendants, les débuts furent laborieux et les créations de Kalon Sardin restèrent longtemps invisibles sur les écrans radar des éditeurs.

Kalon Sardin

Elle finit néanmoins par être sollicitée par les Américains de chez Chooseco qui lui proposèrent de travailler sur une série de trois ouvrages adaptés de bestsellers écrits par Raymond Almiran Montgomery, véritable référence dans le monde des livres interactifs pour enfants. Ce fut ensuite au tour de Magily, une société d’édition allemande, de faire appel à elle pour un projet ambitieux qui devrait voir le jour dans les semaines à venir. Forte de ses premières armes à l’internationale, Kalon Sardin est aujourd’hui contactée quotidiennement par une pléiade de maisons d’éditions qui espèrent décrocher une collaboration avec cette dessinatrice au trait unique.

dessin illustration Kalon Sardin douarnenez

Les créations de Kalon Sardin sont alimentées par un imaginaire extrêmement riche qui trouve un équilibre singulier entre allégresse et mélancolie. Comme souvent dans le monde des dessins pour enfants, le style est éthéré et onirique, mais l’illustratrice se démarque également par son habilité à créer une atmosphère qui, en demeurant gaie et enfantine, ne tombe jamais dans la facilité ou la niaiserie. Tout en étant empreints de douceur, les dessins de Kalon Sardin n’hésitent pas à jouer avec des thèmes plus matures, qui, sans pour autant en devenir inquiétants, frôlent parfois avec le registre de la peur. Encore une fois, l’intelligence de la dessinatrice est de parvenir à construire un univers espiègle sans tomber dans l’infantilisation et de prendre à bras le corps un panel de thématiques très large en appréhendant avec justesse des questions qui doivent être posées dès la petite enfance.

Erell contes douarnenez Kalon Sardin

Parmi elles, on pourrait citer la discrimination. Mais alors que nombre de dessinateurs aborderaient cette notion en insistant sur la diversité de leurs personnages, Kalon Sardin préfère par exemple explorer le thème de l’altérité en démystifiant la figure du monstre. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Anne se revendique et pioche dans l’imaginaire de maîtres du thriller et de l’horreur comme M. Night Shyamalan, Stephen King ou Mike Flanagan : en parcourant ses illustrations, il n’est pas rare de tomber sur des personnages issus d’univers fictifs plus sombres tels que le clown Happy, le Xenomorphe de la saga Alien ou encore Voldemort, sans oublier les traditionnels fantômes et squelettes. Contrairement à d’autres créations dédiées aux plus jeunes, les dessins de Kalon Sardin ne sombre jamais dans l’écueil d’un manichéisme entre protagoniste et antagoniste, gentils et vilains, lumière et obscurité et invitent à déceler l’humanité de figures souvent diabolisées à cause de leur apparence horrifique ou simplement différente.

Xenolovers Alien Kalon Sardin

Un message d’amour, de respect et de bienveillance que la dessinatrice véhicule aussi en travaillant d’autres thèmes qui lui sont chers, parmi lesquels l’océan et ses habitants, bien sûr omniprésents dans les créations de cette Douarneniste de cœur. Mais la mer, et plus généralement la nature, ne sont pas simplement utilisées comme une toile de fond pour habiller l’univers des personnages. C’est plutôt une osmose entre ces derniers que Anne tend à représenter : une étreinte, un regard échangé avec un géant marin, une chevelure s’entremêlant aux flots des vagues, une maison enchevêtrée dans le creux d’un arbre… Des dessins empreints de tendresse et de poésie qui peuvent aussi être interprétés comme un message sur les dangers encourus par l’environnement, preuve encore une fois que la dessinatrice n’élude aucun sujets et n’hésite pas à s’aventurer sur des terrains plus graves.

Kalon Sardin Douarnenez

Contrairement à tant de dessinateurs avant elle, Kalon Sardin ne se contente donc pas de romantiser la jeunesse. Elle préfère la décortiquer, la décrypter… Bref aller par-delà les mots en conférant à ses illustrations une valeur presque herméneutique. Le dessin n’est pas seulement un refuge pour se protéger des tumultes de l’âge tendre, c’est un mode d’expression extraordinaire, un langage permettant d’extérioriser les émotions lorsque les paroles ne suffisent plus. Anne fait partie des rares artistes qui parviennent à magnifier l’enfance sans l’idéaliser à outrance. Les créations de Kalon Sardin sont ainsi la preuve que l’on peut être innocent sans être naïf, que l’on peut être léger sans être frivole, et que l’on peut être enfant sans être insouciant…

L’horizon des prochains mois s’annonce autant radieux que chargé pour la dessinatrice. Si peu d’éditeurs français semblent encore s’intéresser à elle, Anne est réclamée par nombre de maisons à l’étranger. Parmi les projets à venir, il y a d’abord l’ouvrage commandé par Magily, qui a demandé un travail colossal puisqu’il s’agit d’un livre entièrement personnalisable. Mais le plus attendu, ce sont Les aventures fantastiques d’Erell, une série de contes qui suit les aventures d’une petite fée vivant dans une forêt mystique au cœur du pays de Douarnenez.

Erell Kalon Sardin

Si vous souhaitez croquer un morceau de tendresse en découvrant l’univers enchanté de Kalon Sardin, on ne peut que vous recommander d’aller faire un tour sur son site officiel. L’artiste est également très présente sur les réseaux sociaux Twitter et Instagram, où elle poste régulièrement ses dernières créations ainsi que des informations sur l’avancement de ses projets.

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