L’HISTOIRE D’UN JOUR DE COURAGE RACONTÉ PAR BRIGITTE GIRAUD

On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans ? Brigitte Giraud nous montre que l’on peut l’être cependant, parce que trop fragile et trop fort à la fois. Tout peut basculer, parfois, et se trouver rééquilibré dans un Jour de courage !

Jour de courage

Dans la salle de classe de terminale de Mme Martel, Livio, 17 ans, présente un exposé sur les premiers autodafés organisés par les nazis lors de la montée du fascisme en Allemagne, en plein cœur des années 1930. Pour ce faire, le jeune homme a décidé de s’appuyer sur le parcours incroyable de Magnus Hirschfeld, médecin juif allemand qui lutta, en son temps, pour l’égalité homme-femme et les droits des homosexuels, dès le début du XXe siècle. « Homosexuel », voilà un mot que Livio a bien du mal à prononcer devant ses camarades de classe. Et parmi celles et ceux qui lui font face, alors qu’il déroule avec brio la façon dont les Nazis s’y sont pris pour traquer les intellectuels, les chercheurs, les défenseurs de la démocratie, les Juifs et les « homosexuels », se tient tout ouïe son amie Camille, totalement amoureuse de lui.

Magnus Hirschfeld
Magnus Hirschfeld, médecin allemand (1868 – 1935)

Mais ses sentiments sont bien différents puisqu’il est plus sensible aux silhouettes masculines que féminines. Au fur et à mesure dudit exposé, c’est sa personne qu’il va dévoiler également. Et Camille de comprendre peu à peu, blessée, meurtrie qu’il n’a pas trouvé une autre manière de le lui dire, comme s’il n’accordait de confiance qu’à lui-même.

Il ne fallait pas être bien malin pour comprendre que depuis quarante minutes, Livio parlait de lui, de sa fragilité, de son impossibilité à trouver sa place (…)  et Arthur avait été le premier à voir venir, à sentir monter en lui une violence qui devenait impossible à contenir.

Deux histoires se mêlent et s’entremêlent pour nous raconter le courage, celui d’un médecin qui résiste à la folie nazie pour protéger sa bibliothèque de recherche au nom de la science et de l’humanité, celui d’un jeune homme prêt à se livrer aux flammes de ses camarades, de son amie, de son professeur d’histoire, pour dire sa vérité.

Dans ce récit brûlant, fait d’un bloc incandescent, Brigitte Giraud, donne la parole à Livio, être dégingandé, qui va faire preuve de volonté, de courage, de ténacité comme de maladresse pour défendre son droit à la différence. Alors que d’aucuns se sont tus pendant longtemps, se taisent encore, lui se bat pour le droit à la parole libre. En utilisant une page douloureuse de l’Histoire, ce sont des milliers de personnes innocentes de tout, sauf de leur orientation sexuelle, qu’il veut réhabiliter comme Magnus Hirschfeld, cet homme de bonne volonté qui s’est érigé contre les monstres du IIIe Reich.

Autodafé Berlin
Autodafé sur l’Opernplatz à Berlin le 10 mai 1933.

Le paragraphe 175, l’article 175 du Code pénal allemand (Strafgesetzbuch), criminalisait l’homosexualité masculine, de 1871 à 1994. C’est au nom de ce paragraphe qu’environ 50 000 personnes ont été poursuivies — dont certaines, envoyées en camp de concentration sous le IIIe Reich. Ce même paragraphe a également permis, avant 1933 et jusqu’aux années 1970, de poursuivre les homosexuels devant la justice et les condamnant  parfois à des peines de prison.

Là où l’on brûle des livres, on finit par brûler des hommes.

D’une plume souvent sèche, d’un ton haletant et empressé, parce que les vérités doivent être énoncées rapidement pour pouvoir reprendre leur souffle avant que de les défendre avec ferveur et véhémence, l’auteure brille par son efficacité. Quant aux récepteurs des messages envoyés page après page, Brigitte Giraud les analyse avec justesse et sobriété. Ils sont tels que nous les rencontrons chaque jour, parfois gênés, parfois amusés ou moqueurs, souvent mal à l’aise. La question d’identité renvoie nécessairement à soi, touche à la pudeur, surtout quand on est en pleine adolescence et que l’on cherche réellement qui on est, qui sont ces autres avec lesquels on vit.

Jour de courage est un récit totalement captivant !

Jour de courageBrigitte Giraud – Éditions Flammarion – 190 pages. Parution : août 2019. 17,00 €.

 

Brigitte Giraud
Brigitte Giraud. Photo: Pascal Ito

Brigitte GIRAUD est l’auteur de dix romans parmi lesquels À présent (Stock, mention spéciale du prix Welper, 2001), L’amour est surestimé (Stock, bourse Goncourt de la nouvelle, 2007), Une année étrangère (Stock, prix Jean Giono, 2009), et Un loup pour l’homme (Flammarion, 2017).

 

Couverture : © Kyle Thompson/Agence VU – Photo auteur Brigitte Giraud © Pascal Ito

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