L’éditeur-libraire Critic, sis rue Hoche à Rennes, a toutes les raisons de se réjouir de fêter son premier lustre. Ses cinq premières années d’existence ont en effet connu une constante augmentation des publications et tirages. Après un premier succès mérité avec le Projet Bleiberg de David S. Khara qui s’est vendu à près de 25 000 exemplaires, l’excellent Point Zéro d’Antoine Tracqui a confirmé l’année dernière le nez éditorial d’Éric Marcelin, directeur des éditions. Le nouveau né s’appelle Jeu d’Ombres. Paru le 7 mai, il est signé Ivan Zinberg, flic et trentenaire. Un ancien des stups qui sévit désormais à la brigade des personnes disparues. Un bagage propice au traitement policier de ce roman… américain.

 

Américain ? Bien qu’Ivan Zinberg soit Français, il a choisi pour ce premier roman d’en situer l’intrigue dans l’Oregon et l’État de Washington. Une certaine audace. Pari réussi : à aucun moment le lecteur n’a le sentiment d’entendre un Français décrire les États-Unis tant l’immersion est réussie.

C’est dans le comté de l’Oregon que, le mardi 24 juin 2014 (oui, juin 2014), le lieutenant Lorenzo, dépressif alcoolique à la suite d’une perte tragique, découvre un mort énigmatique. Précisément, le corps d’un homme qui a été déterré puis brûlé avant d’être à nouveau enseveli. À plusieurs centaines de miles, à l’Université de Seattle, Scott, un hacker gothique et talentueux, observe les activités du campus et ses secrets grâce à des micros et caméras cachés. Il va se révéler une pièce maîtresse dans l’enquête du capitaine Fleming qui vise à élucider l’assassinat d’un enseignant dans le sous-sol à la géométrie complexe du bâtiment principal. Des personnages peu ou prou secondaires, comme le richissime peintre Joseph Ziegler, Martin Bosc, adolescent perturbé, un sénateur très politique, une psychiatre aussi douée que séduisante, un cartel de colombiens et différentes forces de l’ordre accompagnent l’intrigue bien ficelée de ce polar psychologique.

zinberg ivan, jeu d'ombres,_critic, polarLa psychologie est naturellement centrale dans tout jeu d’ombres… Elle se traduit ici par des identitées bien campées ; mieux, elle irrigue le cœur même de l’intrigue, laquelle tourne autour du syndrome de Beckermann, une psychose meurtrière mal connue. Mal connue, voire un tantinet inventé par Ivan Zinberg… mais avec brio et consistency comme disent les scientifiques outre-Atlantique.

Voilà les principaux ingrédients d’une enquête menée tambour battant sur les traces d’un serial-killer à la personnalité en… transit. Et, si la fin accuse un léger manque de resserrement et l’ensemble un déroulé un peu trop ordonné – autrement dit sans qu’assez d’imprévu survienne exciter plus avant la curiosité du lecteur – Jeu d’ombres est bien lisible, le style performant, les données techniques fouillées tout en étant accessibles, l’histoire cohérente, pertinente et entraînante.

Un roman policier dans lequel se plongera avec plaisir, sur les bancs de ce printemps comme sur les plages de cet été, un lectorat diversifié. Un cadeau adapté notamment pour un public jeune adulte, sans doute moins pour les amateurs patentés de thrillers éprouvants, polars noirs ou scènes gores, malgré un épisode canin des plus mordants…

 

Jeu d’ombres, Ivan Zinberg, Critic, mai 2014, 19€

 

Présentation de l’éditeur : Seattle. Sur le campus d’une université, un petit génie de l’informatique assiste au meurtre d’un éminent chercheur en génétique. Sans se dévoiler, il choisit d’orienter les autorités dans leurs investigations, usant des moyens de communication les plus sophistiqués. À plusieurs centaines de kilomètres, la police de Portland est appelée en renfort après la découverte d’un corps à moitié brûlé, au cœur d’une immense forêt. Le légiste est formel : si le cadavre pourrit sous terre depuis des années, la crémation, elle, remonte à quelques heures à peine. Seul le tueur pouvait savoir qu’il était enterré là. Pourquoi revenir sur les lieux du crime ? Pourquoi exhumer un cadavre si bien caché ? Pour le lieutenant Paul Lorenzo et ses hommes commence une enquête terrifiante, la traque d’un tueur insaisissable, capable d’endosser de multiples identités.

 

Animula blandula vagula : Âme de diaphane intimité, hôtesse et compagne de mon corps, tu verses vers des lieux délavés, escarpés et dénudés, où ne résonnent tes jeux d’esprit…

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