1957, Alger. Le capitaine André Degorce retrouve le lieutenant Horace Andreani avec lequel il a affronté l’horreur des combats puis de la détention en Indochine. Désormais, les prisonniers passent des mains de Degorce à celles d’Andreani, d’un tortionnaire à l’autre : les victimes sont devenues bourreaux. Autour de Tahar, figure étonnamment christique de la rébellion, les deux hommes devront trouver les armes pour affronter leurs trahisons intimes.

À travers trois personnages inoubliables, rassemblés dans la douleur par les injonctions de l’Histoire, Jérôme Ferrari, avec une magnifique intransigeance et dans une écriture somptueuse, invite le lecteur à affronter l’intimidante souveraineté de l’épreuve au prix de laquelle se conquiert toute liberté digne de ce nom.
Le tableau pour vous faire une idée : roman court, donc, deux personnages, deux soldats en pleine guerre d’Algérie, une amitié forte, une concentration de sentiments et de temps assez prenante.
L’histoire se déroule en à peine trois journées. Journées pendant lesquelles chacun des deux personnages va se découvrir des émotions, des envies, des convictions, des combats, des rancunes et des espérances.  Une analyse de ce qu’ils sont, ce qu’ils font et deviennent à l’intérieur de cette guerre.
Chacun y va de son récit avec force, intensité et sincérité. L’action devient ainsi de plus en plus poignante au fil des pages. L’émotion nait et envahit le lecteur. La densité du propos accentue la force avec laquelle cette écriture va nous parcourir. Une certaine ambivalence nous pousse parfois à davantage comprendre l’un des héros du roman pour,  au final, préférer l’attitude plus réelle du second.
La qualité rédactionnelle de l’œuvre est grande tant le lecteur est possédé par la narration. La tension a rendez-vous jusqu’avec notre échine pour ne nous quitter que bien après la dernière page lue.
Merci à Bertrand « Truz » Guillot pour ce bon conseil de lecture. Surtout, je ne doute pas un instant que ce billet soit collectif.

Août 2010, 160 pages, 17,00€, Grand Prix Poncetton SGDL – 2010, Prix Roman France Télévisions – 2010

Né à Paris en 1968, Jérôme Ferrari, après avoir été, durant quatre ans, professeur de philosophie au lycée international d’Alger, vit actuellement en Corse où il enseigne depuis 2007. Chez Actes Sud, il a publié quatre romans : Dans le secret (2007), Balco Atlantico (2008), le très remarqué Un dieu un animal (2009, prix Landerneau 2009) et Où j’ai laissé mon âme (parution août 2010).

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