jeff sourdin
Jeff Soudrin

 

Si l’on s’attache au postulat qu’un bon livre est avant tout une histoire transcendée par un style, peut-on prendre plaisir à lire un roman dont la priorité n’est ni le style ni même l’intrigue ? La réponse est oui. Dans Le clan des Poissards, Jeff Sourdin contourne habilement ces deux lacunes par une construction efficace tenue d’une plume ingénieuse faute d’être inventive. L’auteur est cultivé, il connaît son sujet. On lui reconnait le mérite de situer son action à Rennes, oubliée des romanciers depuis que Brest fait rayonner son influence culturelle. Rennes qui, au delà d’un banal décor, devient vite le personnage essentiel du roman ; Rennes dont Jeff Sourdin fait le centre d’un monde construit autour d’une ingénieuse chronique des années 2000. On est ravi de plonger dans un décor estudiantin éloigné de l’assommante jeunesse post-soixante-huitarde, souvent parisienne, en tout cas rarement provinciale et jamais bretonne. Ce n’est pas tous les jours qu’une histoire vous téléporte de Villejean-Kennedy à la rue Saint-Michel.

jeff sourdinLe clan des poissards se lit comme une étude sociologique. Il est question du sentiment intime qui, une jour, bascule chacun de nous vers le monde adulte. Une charnière difficile assez joliment décrite par l’auteur. Jeff Sourdin a travaillé son texte. Il faut lui reconnaître une dynamique nourrie par un foisonnement sans redondance. Les chapitres se suivent avec enthousiasme et ce n’est déjà pas si mal lorsqu’il s’agit d’évoquer le malaise d’une génération. Un livre agréable, donc, malgré une intrigue réduite au strict minimum. Mais peut-être est-ce précisément grâce à ce manque de rebondissement que Le clan des poissards s’inscrit dans la lignée des romans qui marquent un lieu et son époque. Reste l’incontournable bémol : on reprochera à l’éditeur de facturer 16,00 € un format poche (12×17), réduisant de fait son accès aux plus modestes, c’est à dire aux plus jeunes, lectorat auquel il semble en partie destiné.

Jerome Enez-Vriad

Le clan des poissards de Jeff Sourdin aux éditions La Part Commune, 215 pages – 16,00 €

Un commentaire

  1. Tout d’abord, un grand bravo Jeff, pour ton roman « Rippeur » très apprécié par tous nos lecteurs de bibliothèque.
    Quant au « Clan des poissards, » ce n’est pas la poisse de te lire. Tu possèdes un réel talent d’écrivain. @ + pour le troisième !

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